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La douloureuse histoire des pensionnats autochtones canadiens est portée au grand écran dans Indian Horse, réalisé par le Montréalais Stephen Campanelli.

Originaire de Notre-Dame-de-Grâce, Campanelli s’est fait un nom à Hollywood, où il est devenu le caméraman attitré de Clint Eastwood, depuis The Bridges of Madison County jusqu’à The 15:17 to Paris.

Il réalise avec Indian Horse (Cheval indien en version française) son premier long métrage en sol canadien, qui réunit justement deux composantes clés de l’identité du pays: le sort des peuples autochtones et le hockey.

Tiré du roman du même titre de l’auteur anishnabe Richard Wagamese, le film évoque le parcours de Saul Indian Horse, jeune Ojibwé du nord de l’Ontario, qui, dans les années 1960, est arraché à sa famille pour être envoyé dans un pensionnat religieux.

Battu, humilié et agressé en compagnie d’autres jeunes autochtones, il trouvera dans le hockey un exutoire. Doté d’un talent rare, il gravira les échelons, mais sera sans cesse ramener à sa condition d’«Indien». Le racisme et la discrimination dont il sera victime finiront par le faire sombrer dans un cycle d’auto-destruction.

«J’étais en colère de ne même pas connaître cette histoire, de ne pas savoir ce qui était arrivé aux Autochtones dans ces pensionnats, raconte le cinéaste à propos de sa réaction lorsque le producteur Roger Frappier lui a mis entre les mains ce livre «puissant et si émouvant».

Sa méconnaissance de ce drame national aura finalement eu ses avantages.

«Ne connaissant pas l’histoire des pensionnats, je n’avais pas de préjugés, ou d’idées préconçues. Je me suis mis au service de l’histoire de Richard Wagamese».

«Les producteurs et moi ne sommes pas membres des Premières Nations. Nous nous sommes demandé si c’était correct que des Blancs racontent cette histoire. Mais nous avons reçu la bénédiction de Richard Wagamese, qui nous a dit que nous étions les bonnes personnes pour raconter cette histoire, que nous avions la passion et la sensibilité nécessaires.»

«On a la responsabilité de connaître cette histoire et d’en parler.» – Le réalisateur Stephen Campanelli, à propos de de l’importance de faire connaître l’histoire des pensionnats autochtones aux Canadiens.

Le tournage, qui impliquait un bon nombre de scènes difficiles avec des enfants, a évidemment demandé beaucoup de doigté.

«Indian Horse était une première expérience à l’écran pour beaucoup d’acteurs. Il a fallu créer pour eux un environnement où ils se sentaient en sécurité, en confiance. On ne veut pas traumatiser un enfant pour le reste de ses jours. On a dû être très prudent, rire et s’amuser entre les prises.»

«Ce fut un tournage touchant. Il y a eu beaucoup de pleurs. C’était un film très dur à tourner, mais nous avons tenté de garder un esprit de légèreté sur le plateau, tout en respectant la culture autochtone.»

Pour ce faire, Stephen Campanelli a pu compter sur l’appui d’Edna Manitowabi, qui interprète la grand-mère de Saul. Aujourd’hui âgée de 77 ans, elle a elle-même séjourné dans un pensionnat ontarien.

«À six ans, on l’a enlevé à sa famille pour l’amener à l’école résidentielle. Elle a traversé tout ce qui est présenté dans le film. Pour elle, c’était nécessaire de raconter son histoire, mais aussi de nous aider à raconter celle des autres. Elle nous a conseillés sur plusieurs aspects. Elle a un cœur en or.»

Même si le film est parfois difficile à regarder, Indian Horse suscite des réactions positives partout où il est projeté.

«La plus belle chose, avec ce film, ce sont les survivants qui viennent nous voir après les visionnements. Nous avons ravivé des sentiments douloureux, ce qui est souffrant pour eux, mais au final ils nous remercient de les avoir transposés à l’écran et de participer au processus de guérison. C’est le plus grand compliment qu’on puisse recevoir. D’avoir capté les difficultés, mais aussi l’espoir et la résilience des Premières Nations.»

L’empreinte Eastwood
Le vénérable Clint Eastwood apparaît au générique de Indian Horse en tant que producteur exécutif.

«Il a vu le film et il a été très touché, mentionne Stephen Campanelli, qui considère le réalisateur de Unforgiven et Gran Torino comme un mentor. Il nous a demandé comment il pouvait aider à ce que le film soit vu par le plus de gens possible. Il nous a prêté son nom et il est devenu l’ambassadeur du film en quelque sorte. Je travaille avec lui depuis 24 ans, c’est certain que son travail m’a influencé. Dans tous ses westerns, il était conscient de la réalité des autochtones, il les a toujours traités avec respect.»

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