Josie Desmarais/Métro Monique Simard

Monique Simard, ancienne dirigeante de la SODEC et du programme francophone de l’ONF, est cette année présidente du jury des prix Numix, qui récompensent l’innovation et la création numérique au Québec. L’occasion est belle pour discuter de son combat de longue date pour le financement des formats numériques.

Comment définissez-vous le numérique à l’heure actuelle?
Aujourd’hui, tout est numérique! L’appellation numérique, au fond, désigne tout ce qui est diffusé sur des plateformes numériques et conçu pour être interactif. En définitive, c’est tout ce qui sort de la production classique qui était conçue pour le petit écran, la télévision ou le cinéma. Votre téléphone et votre ordinateur sont des éléments de cette technologie numérique et il existe des contenus qui sont produits précisément pour être diffusés sur ce type de plateforme. C’est avec la démocratisation de l’informatique qu’est apparue la nécessité de créer des formats pour ces nouvelles technologies.

Quelle est la situation du financement pour le numérique au Québec?
Aujourd’hui, tous les programmes de soutien à la production (ou presque) sont conçus pour le modèle à deux écrans (cinéma-télévision) alors que la notion même d’écran est obsolète. On doit aujourd’hui parler de plateformes multiples. Personnellement, je suis agnostique, je n’ai aucune préférence. Les programmes de soutien public n’ont pas suivi l’évolution des technologies. Les citoyens ont dépassé très vite les institutions en s’appropriant les appareils offerts bien avant qu’on mette sur pied les programmes gouvernementaux.

Au Québec et au Canada, nous avons des systèmes de soutien à la production assez élaborés. En général, on va soutenir la culture et les arts. Avec cette montée de nouveaux formats et de nouvelles créations, il faut que les institutions suivent et s’adaptent. On a pourtant un fonds des médias canadiens, qui, au tournant des années 2010, a lancé une révolution et est devenu un précurseur mondial. Ç’a été une mesure très audacieuse de leur part, car ils voulaient que l’industrie canadienne s’ajuste. Cela a été brusque, presque brutal, mais efficace. Il y a eu bien des récalcitrants et puis les ajustements sont arrivés.

Les télévisions ont bougé de façon timide et les institutions gouvernementales ont été encore plus timides. Puis, tranquillement, elles ont ouvert leurs enveloppes à ce qu’elles appelaient alors les nouvelles clientèles.

On est à un moment charnière, comme entre deux mondes. Il y a encore un vieux modèle d’affaire qui a cours, mais qui n’est pas adapté au monde numérique. Si on ne fait pas le saut vite, on risque de tomber dans la crevasse; on va vite se faire dépasser.

Comment organiser le financement des contenus numérique?
Il faut que les capteurs de valeur contribuent à ces contenus. Ce que je nomme ainsi, ce sont les fournisseurs de lignes téléphoniques portables et ce sont les ventes d’appareils numériques. Comme à l’époque de la révolution câblée, alors que les distributeurs avaient été forcés de donner 5% de leur chiffre d’affaires. Une contribution à l’achat serait aussi très intéressante, avec une partie de la TVQ ou de la TPS qui serait redirigée vers les financements de ces contenus numériques.

La plus grosse dépense en culture aujourd’hui est l’achat de matériel, ce qui dénote un intérêt pour voir du contenu.

Tous les modèles d’affaires ont évolué et se sont transformés, mais les systèmes de financement de la production culturelle ne se sont pas encore ajustés. Les façons de consommer la culture ont changé.

Vous êtes la présidente du jury des prix Numix cette année. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
Tous les galas plus traditionnels ajoutent des catégories web parce qu’ils ont boudé pendant longtemps cette façon de faire. C’est un gala qui prend de plus en plus d’importance. Une leçon que je retiens après avoir vu l’ensemble de la production en nomination chez Numix, c’est qu’il est désormais interdit de penser le récit et la narration de façon linéaire. Il faut aujourd’hui être en mode d’adaptation de façon perpétuelle.

Prix Numix

La neuvième présentation du Gala Numix se tient jeudi soir au MTelus.

Vingt-trois prix regroupés dans cinq grandes catégories seront remis pour récompenser l’excellence des contenus numériques québécois.

Le jury compte 33 membres sous la présidence de Monique Simard.

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