AFP Hirokazu Kore-Eda

Le 71e Festival de Cannes a sacré samedi un de ses habitués, le Japonais Kore-Eda, pour sa bouleversante chronique familiale « Une affaire de famille », au terme d’une édition sous le signe des femmes dont la clôture a été marquée par une intervention d’Asia Argento, une des accusatrices d’Harvey Weinstein.

La star australienne Cate Blanchett et son jury ont par ailleurs récompensé deux des trois réalisatrices en compétition, ainsi que Spike Lee, pour « BlacKkKlansman », un pamphlet anti-raciste, et Jean-Luc Godard, qui reçoit une Palme d’or spéciale. 

La Palme d’or, elle, est revenue à Kore-Eda, l’un des favoris: « La décision a été difficile. Nous avons été transportés par le jeu d’acteur et la mise en scène. Nous ne sommes pas là pour juger mais pour choisir », a estimé Cate Blanchett: « Mais il n’y a pas eu d’effusion de sang », a-t-elle ajouté en souriant.

« Il y a une grâce dans ce film, dans la mise en scène », a commenté le réalisateur Denis Villeneuve, membre du jury, à propos de cette Palme d’or à même de séduire un assez large public.

Sélectionné cinq fois en compétition et plusieurs fois distingué, Kore-Eda, auteur de « Nobody knows » et « Tel père tel fils », prix du Jury en 2013, a fini par remporter la récompense suprême pour son long métrage: l’histoire d’une famille de marginaux qui recueille une fillette maltraitée.

Il a souhaité partager son prix avec le Russe Kirill Serebrennikov et l’Iranien Jafar Panahi, tous deux interdits de sortie du territoire. Ils faisaient partie des 21 réalisateurs dont les films étaient en lice pour la Palme d’or mais n’ont pas pu venir.

«J’ai été violée par Weinstein»

Engagé, le jury a également récompensé l’Américain Spike Lee, qui a fait son retour en compétition, vingt-sept ans après « Jungle fever », avec une charge contre l’Amérique de Trump et le racisme aux Etats-Unis. 

Mais c’est surtout sur la question des femmes que le jury était attendu. Sont récompensées la Libanaise Nadine Labaki (prix du jury pour « Capharnaüm »), que certains voyaient remporter une Palme d’or, et l’Italienne Alice Rohrwacher, prix du scénario pour « Heureux comme Lazzaro », ex aequo avec Jafar Panahi (« Trois visages »).

La Libanaise a bouleversé la Croisette avec un gamin des bidonvilles qui poursuit en justice ses parents pour lui avoir donné la vie. Un film interprété par un impressionnant réfugié syrien de 13 ans.

Cette année, les femmes ont été visibles comme rarement, notamment lors d’une montée des marches de 82 femmes du 7e Art pour réclamer « l’égalité salariale ». Et samedi soir, c’est l’arrivée sur scène de l’actrice Asia Argento, qui a symbolisé une nouvelle ère pour le plus grand festival de cinéma au monde. 

« En 1997, j’ai été violée par Harvey Weinstein (…) Je souhaite prédire quelque chose: il ne sera jamais plus le bienvenu ici », a lancé l’Italienne, devenue une figure du mouvement de libération de la parole qui a suivi le séisme Weinstein, avant de finir son discours le poing levé. Un discours virulent prononcé au moment où on apprenait que Luc Besson, était visé par une plainte pour viol, accusations que le réalisateur et producteur français dément catégoriquement. 

Du côté des acteurs, c’est l’Italien Marcello Fonte qui a remporté le prix d’interprétation pour « Dogman » de Matteo Garrone où il incarne un toiletteur pour chiens qui montre les crocs, ne supportant plus l’humiliation.

L’actrice kazakhe Samal Esljamova, inconnue du grand public, s’est faite un nom en décrochant le prix d’interprétation féminine pour « Ayka » de Sergueï Dvortsevoï.

Godard énigmatique

Le Festival de Cannes a également décerné le prix de la mise en scène au Polonais Pawel Pawlikowski pour « Cold War », l’histoire d’un amour tourmenté en pleine Guerre froide.

Figure de la Nouvelle Vague et vétéran de la compétition avec ses 87 ans, Jean-Luc Godard a  reçu une Palme d’or spéciale. Il était en compétition pour « Le livre d’image », une oeuvre énigmatique, qui a laissé plus d’un festivalier perplexe. 

Le mythique cinéaste n’avait pas fait le déplacement sur la Croisette mais il a donné une conférence de presse improbable, par smartphone, appelée à rester dans les mémoires.

La 71e édition a été sévèrement critiquée par certains pour l’absence de stars hollywoodiennes, hormis la projection de « Solo », le nouvel épisode de la saga « Star Wars ». Le magazine Hollywood Reporter a ainsi jugé le Festival « sur le déclin ».

Pour d’autres cependant, comme Vanity Fair, Cannes « s’est réaffirmé comme la première destination pour un cinéma international audacieux et provocateur ». Les sections parallèles ont ainsi fourmillé de découvertes, dont « Girl », du jeune Belge Lukas Dhont, Caméra d’or du premier film.

Avant de remballer le tapis rouge, les festivaliers devaient – enfin – voir « L’homme qui tua Don Quichotte » de Terry Gilliam, longtemps considéré comme un film maudit.

Voici le palmarès du 71e Festival de Cannes: 

– Palme d’or: « Une affaire de famille » du Japonais Hirokazu Kore-Eda 

– Grand Prix: « BlacKkKlansman » de l’Américain Spike Lee

– Prix du jury: « Capharnaüm » de la Libanaise Nadine Labaki

– Palme d’or spéciale: le réalisateur Franco-Suisse Jean-Luc Godard, qui était en compétition avec « Le livre d’image »

– Prix de la mise en scène: le Polonais Pawel Pawlikowski pour « Cold War »

– Prix du scénario ex aequo: la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher pour « Lazzaro Felice » et les Iraniens Jafar Panahi et Nader Saeivar pour « Trois visages »

– Prix d’interprétation féminine: la Kazhake Samal Esljamova pour son rôle dans « Ayka »

– Prix d’interprétation masculine: l’Italien Marcello Fonte pour son rôle dans « Dogman »  

– Camera d’or: « Girl », du Belge Lukas Dhont

– Palme d’or du court métrage: « All these Creatures » de l’Australien Charles Williams

– Mention spéciale du court métrage: « Yan Bian Shao Nian » du Chinois Wei Shujun

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