Universal Music Canada Catherine Ringer sera en spectacle mardi au Théâtre Maisonneuve à l’occasion des Francos 2018. Première partie: Fanny Bloom

Toujours aussi pimpante à 60 ans, l’iconique chanteuse des Rita Mitsouko est de passage chez nous, à l’occasion des Francos 2018, afin de présenter son deuxième album solo, le très éclaté Chroniques et fantaisies.

«Comment ça va?» demande l’auteure-compositrice-interprète sur Como Va, une pièce au rythme latin qui rappelle un peu l’énergie du méga-succès Marcia Baila.

«Ça va beaucoup mieux», répond-elle, un sourire dans la voix. «Ne baisse pas les bras, la lumière reviendra», répète-elle comme un mantra.

Si la mort de son compagnon Fred Chichin (disparu en 2007), avec qui elle a porté les Rita Mitsouko pendant presque 30 ans, plane toujours sur l’album, il émane de Chroniques et fantaisies un bonheur tranquille et une détermination à toute épreuve.

«J’ai divorcé du brouillard», proclame-t-elle sur La grande lessive. Et on la croit, tant son énergie est contagieuse.

Sur Senior, elle chante le bonheur de vieillir («Senior? J’adore!») sur des rythmes électro. La presque rockabilly Obstination se veut une ode à la résilience, celle des réfugiés comme celle des endeuillés, devant le «malheur [qui]ne fait pas dans la douceur».

Tantôt rock (Essaouira-Paris), tantôt ballade (Leur amour), Catherine Ringer se risque même à pousser la note en anglais sur Intermittent Lover et à tenter une comptine (La petite planète).

Chroniques et fantaisies est composé de plusieurs vignettes parfois légères, parfois graves, qui explorent divers styles musicaux. Cette volonté de créer plusieurs univers était-elle présente dès le départ?
J’ai toujours aimé créer des univers, voyager d’un monde à l’autre tout en gardant une unité d’interprétation.Comme en cuisine, où on passe d’un plat à l’autre tout en gardant la même façon de cuisiner. J’aime pouvoir créer de petites histoires, parler de faits de société ou transposer en musique des émotions et de la poésie.

Dans quel état d’esprit l’album a-t-il été composé?
J’avais la volonté de continuer et de faire des chansons, tout simplement. C’est simpliste, mais c’est ça. Je sais ce que je sais faire. J’ai composé musiques et paroles toute seule avant de créer les arrangements avec mon ingénieur et producteur [Azzedine Djelil]. Je n’ai pas eu beaucoup d’échanges avec d’autres musiciens. C’était un travail un peu solitaire.

Plus solitaire que votre premier album solo, Ring n’ Roll [2011]?
À cette époque, c’était le producteur américain Mark Plati, avec qui on avait travaillé sur le dernier album des Rita Mitsouko [Variéty], qui m’avait convaincue de continuer. J’étais plutôt perdue à ce moment et il m’avait dit: «Allez, on va faire de la musique ensemble.» Cette fois, c’est ma tournée avec des membres du groupe tango Gotham Project qui m’a relancée et m’a fait comprendre que j’avais toujours envie de faire des chansons pop-rock.

L’album s’ouvre avec Senior. Qu’est-ce qui vous a donné envie de parler du fait de vieillir en chanson? Ce n’est pas exactement le sujet le plus populaire...
Je veux défendre l’idée qu’il est valable d’avancer en âge, que c’est intéressant et non seulement une tristesse: «Zut, je ne suis plus jeune et je perds l’intérêt de la vie!» Non, c’est faux. Ça me semblait important de témoigner et de raconter qu’avancer dans la vie, c’est comme avancer sur un chemin. On fait un voyage. Et il n’y a pas que le début du voyage qui vaut le coup.

Sur Tristessa, vous abordez le deuil que vous avez vécu après la mort de Fred Chichin…
C’est une chanson qui parle du deuil en général, du temps qui passe, qui répare et qui soigne. C’est mon expérience personnelle, mais la chanson l’a fait évoluer. Si c’est intéressant, ça vaut le coup de partager une expérience personnelle. Les autres peuvent être touchés et se reconnaître dans le fait d’avoir perdu une personne chère.

Votre fils, Raoul Chichin, participe à l’album en tant que guitariste. Était-ce naturel pour vous de faire appel à ses services?
Je joue un peu de guitare, mais je ne suis pas experte. Je recherchais un bon guitariste, quelqu’un de bien qui pouvait aussi faire des solos. J’en connaissais un pas loin de moi, un ancien musicien. C’était naturel. C’était une joie. Il ne faut pas faire de la musique ensemble uniquement parce qu’on est des membres de la même famille, mais quand ça se passe bien, c’est très agréable. Il faut que ce soit d’abord la musique qui commande. Je choisis mes collaborateurs selon les affinités musicales que j’ai avec eux, tout simplement.

Vous vous produisez sur scène depuis presque 40 ans. La scène vous nourrit toujours?
C’est vraiment la base pour moi de chanter sur scène. C’est quelque chose que je fais depuis l’âge de 17 ans. Lorsque je suis sur scène, je sens que je suis utile, que je sers à quelque chose pour les gens qui écoutent. C’est ce qui me porte, en dehors de mon plaisir personnel. Si je ne chantais que pour mon plaisir personnel, je ne serais pas obligée de le faire sur scène, je pourrais le faire chez moi, dehors, dans la rue, en marchant, ou dans un petit café, comme ça. Mais au fil du temps, j’ai bâti une relation avec le public qui fait que je me sens utile. Je crois que le suis.

Quelle relation avez-vous avec les chansons des Rita Mitsouko? Vous aimez les revisiter en concert?
Même si le groupe est mort avec Fred Chichin, les chansons sont toujours vivantes. À partir du moment où on les joue ou que quelqu’un les écoute, elles sont en vie. Si vous mettez un disque des Beatles, même s’il y en a deux qui sont morts dans le groupe, la chanson est toujours vivante pour celui qui l’écoute. Et ce sont mes chansons aussi. Elles n’appartiennent pas à un autre monde, au contraire. On les a composées tous les deux. On faisait la musique ensemble. J’écrivais les textes, Fred faisait la production du son. Je suis heureuse de pouvoir les interpréter en tant que chanteuse. Le public aussi est heureux de les entendre. C’est bien ainsi.

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