Collaboration spéciale Charlotte Gainsbourg

C’est avec un cinquième album sous le bras, Rest, réalisé par le musicien électro SebastiAn, que Charlotte Gainsbourg se présentera au MTelus mardi et mercredi.

Métro s’est entretenu avec la chanteuse et comédienne qui vit désormais à New York avec ses enfants.

Qu’est-ce que Montréal pour vous? Cette ville a-t-elle une signification particulière dans votre carrière?
Je suis souvent passée par Montréal sans nécessairement bien connaître la ville. Ç’a souvent été des rencontres avec des gens plus qu’avec la ville et le paysage. De plus, je n’ai pas eu l’occasion de me balader à la campagne.

Montréal est cependant associé à différentes étapes de ma vie. J’y ai tourné mon tout premier film, Paroles et musique. On y a tourné quelques scènes où on faisait croire que Montréal était une ville américaine. J’avais à l’époque 12 ans, et je suis partie directement à New York afin de retrouver mon père pour enregistrer Lemon Incest. Cela relie donc Montréal à mes toutes premières impressions professionnelles.

Après, j’ai fait un autre film où Yvan [Attal, son mari] et moi étions officiellement ensemble. J’ai aussi fait un autre film que j’ai adoré, I’m Not There, sur la vie de Bob Dylan, et nous avions tourné des scènes à Montréal.

Il y a un autre film auquel j’ai travaillé et qui a été très difficile pour moi. C’était un film de Wim Wenders où, entre le début et la fin du tournage, j’ai perdu ma sœur [Kate Barry]. L’histoire

traitait de la mort et le prénom de mon personnage était Kate. Montréal a jalonné ma vie en fin de compte et j’ai une vraie tendresse pour cette ville, mais je regrette de ne connaître que Montréal et pas le reste du Québec. 

Pourquoi avoir attendu ce cinquième album pour écrire vos propres chansons?
Tout simplement parce que je m’en jugeais incapable jusque-là et que ce que j’écrivais finissait directement à la poubelle… En fait, ç’a été très long pour moi d’accepter que je ne serais jamais mon père [Serge Gainsbourg].

C’est quelque chose qui est très évident, et moi, j’avais beaucoup de mal et je me débattais avec cette idée. Je n’avais peut-être pas la modestie qu’il fallait et c’est peut-être pour cela que je me suis vite placée en anglais: je ne voulais pas subir la comparaison. Il y avait de la frustration et, en même temps, j’ai eu la chance de découvrir des talents avec lesquels j’ai pu travailler, que ce soit Jarvis Cocker, Beck et Air. 

Ils me faisaient oublier la frustration et l’idée d’échec un tout petit peu. C’est grâce à Connan Mockasin [musicien néo-zélandais qui a contribué à l’album et accompagné Charlotte en tournée] que j’ai entrepris l’exercice. Je me suis enfermée en studio avec lui pendant quelques jours; j’écrivais et il composait des mélodies à la guitare. Cela m’a aidée quelque peu, mais ce n’était pas encore tout à fait satisfaisant. C’est quand j’ai rencontré SebastiAn et que je lui ai dit que je voulais qu’on travaille ensemble que j’ai tranquillement réalisé que je voulais écrire et interpréter mes chansons. Je voulais que ce soit moi, avec mes erreurs et mes maladresses, que je puisse le revendiquer complètement.

Est-ce que le travail de comédienne et celui de chanteuse sont deux choses complètement à part?
Je trouve qu’ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, et c’est cela qui me plaît. L’industrie du cinéma et l’industrie de la musique ne se rencontrent jamais et cela me plaît beaucoup. Je m’amuse ainsi à avoir une personnalité différente. Dans un film, je suis totalement au service d’un metteur en scène et je trouve mon plaisir ainsi, à ne pas être trop responsable. Tandis qu’en musique je sens que je suis plus responsable et que c’est mon choix. En fait, c’est très, très différent.

J’aimerais que vous me décriviez la scène de Lying With You, notamment le moment où vous dites vous coucher à côté du corps froid de votre père. Est-ce tiré de votre propre vie?
C’est un des premiers textes que j’ai écrits et je voulais absolument écrire à propos de mon père parce que c’est la personne que j’ai le plus aimée. Comme je l’ai perdu lorsque j’avais 19 ans, je me sentais complètement démunie. Pour écrire sur lui, je voulais que ce soit une déclaration d’amour horrible parce que je n’aime pas le mélodrame.

Je voulais que ce soit cru et vrai. La chose à laquelle je me suis accrochée pendant des jours, c’était à lui mort. Il fallait que je passe par là, j’avais envie d’écrire à propos de cela, sur le rapport à la mort, le fait de me sentir abandonnée. Tout cela traduisait un amour absolu. C’est en ces termes que je voulais parler de lui; je ne voulais pas partager des souvenirs de petite fille, je tenais à être plus choquante que cela. 

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