Collaboration spéciale Hubert Lenoir

Après un violent incendie qui avait laissé craindre le pire pour la survie du Festival en chanson de Petite-Vallée, suivi d’un second brasier huit mois plus tard, le directeur général Alan Côté et son équipe de feu ont montré du 28 juin à samedi dernier de quel bois ils se chauffaient devant l’adversité.

Vendredi, Marie-Pierre Arthur, «passeuse» de la reconstruction avec Louis-Jean Cormier, donnait un concert en famille sur le pont couvert du petit village d’environ 1200 âmes de Grande-Vallée sous le ciel de ce coin de pays où la beauté déborde du cadre.

Voilà en une image tout l’esprit de ce festival qui tire ses origines d’une fête familiale née il y a 36 ans et où, désormais, les vedettes de notre star-system local côtoient les festivaliers.

Où les légendes vivantes prodiguent des conseils, entre deux bières gaspésiennes, aux «chansonneurs» qui, chargés de mots et de rimes, rêvent de voir un jour leur nom en haut de l’affiche.

Encore une fois, les organisateurs peuvent dire «mission accomplie». Si les statistiques ne peuvent se comparer avec l’année record qu’a été 2017, qui coïncidait avec le 175e anniversaire de la municipalité voisine de Grande-Vallée, soit 25 ans de plus que le Canada, la fréquentation en cette année charnière surpassait celle de l’an dernier avec 15 000 visiteurs et 10 000 billets vendus.

Bien sûr, les habitués ont tous eu le cœur gros en voyant, du haut de la péninsule qui offre une vue imprenable sur la mer, un immense chapiteau en lieu et place du mythique Théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée.

Le pincement au cœur était tout aussi manifeste en découvrant que l’ancienne Maison Lebreux, le gîte où avaient dormi tant d’artistes et de festivaliers, était désormais occupée par… des voitures.

Qu’à cela ne tienne, Alan Côté et Marc-Antoine Dufresne, les deux piliers du festival, ont su, en bons Gaspésiens résilients, se «retourner sur un 10 cents» grâce aussi à l’immense élan de solidarité que ces feux ont allumé partout au Québec.

Le buzz Lenoir
Pour ce périple de 10 jours, nous avons au moins pu constater de visu pourquoi se propage en ce moment un tel buzz autour de Hubert Lenoir.

S’il n’avait pas semblé convaincant lors de ses passages au petit écran, c’est en spectacle que se déploie la salvatrice audace et l’énergie vivifiante de cet androgyne aux refrains contagieux.

Tantôt en robe de chambre satinée rouge, tantôt torse nu, il était notamment accompagné au chœur et à la guitare par une des «chansonneuses» primées de l’an passé, Lou-Adriane Cassidy, qui mène depuis une belle carrière solo en parallèle.

Côté «chansonneurs», c’est-à-dire cette cuvée de huit jeunes artistes qui, au fil des ans, viennent se frotter à un public d’aficionados de chansons et donner un certain sens au festival, cette année aura été celle du tâtonnement. Mis très en avant lors des précédentes éditions, ils auront eu un peu moins de visibilité que par le passé.

Cela dit, leur spectacle collectif du 4 juillet a sans doute été un des plus réussis des dernières années, foi d’habitué, notamment parce que le traditionnel va-et-vient a cédé la place à une œuvre commune bien plus organique. Séparés en deux groupes de quatre pour deux parties successives, ces cinq filles et trois garçons se sont mutuellement accompagnés sur le plan musical. À refaire.

Les festivaliers ont pu découvrir et savourer Marion Cousineau (Prix du public), qui s’inscrit dans une tradition de gouaille française de qualité, Adélys, une Normande qui fait dans une pop aux accents eighties pas piquée des vers, Jeanne Côté, la fille du coin qui nous berce de ses complaintes maritimes, l’introvertie Alicia Deschênes, qui gagne à être écoutée, sans oublier Nicolas Gémus, qui veut se perdre dans le «bunker de tes bras», et Pierre-Hervé Goulet qui, manifestement, sait manier le stylo.

Happenings
Côté happenings, soulignons la réussite très probante du concert 1 fois 6. Clin d’œil évident au légendaire spectacle 1 fois 5 de 1976, il a été imaginé par les deux «passeurs» et Alan Côté, qui souhaitaient réunir un groupe de feu où tous s’accompagneraient sur différents instruments, en plus d’assurer une parité hommes femmes générationnelle.

Immense joie de voir ainsi réunis Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur, Ariane Moffatt, Salomé Leclerc, Fred Fortin et Olivier Langevin.

Résultat? Un statement convaincant où tous ont été mis en valeur ainsi que des pièces de chacun des répertoires avec, en prime, Fermez les Honky Tonks de Stephen Faulkner (faudrait l’inviter comme «passeur») par Fred Fortin. Jouissif.

Tout comme Jonquière, l’hymne à la joie de Plume, repris par les deux Bleuets de circonstance, Fortin et Langevin à la voix, ainsi que Qu’est-ce que ça peut ben faire? de Ferland par Salomé Leclerc.

Ce même Ferland qui, 4 jours plus tôt, avait relevé le défi avec brio du haut de ses 84 ans bien sonnés. Bien sûr, les inévitables «mononclitudes» inhérentes au personnage étaient au rendez-vous, mais l’artiste était en forme et il nous a rappelé que, malgré quelques chansons plus faibles, il demeure un des plus grands créateurs de la chanson francophone.

Ce qui a suscité un petit débat entre le représentant de Métro et Alain St-Yves, le coordonnateur du jury pour les prix des «chansonneurs», afin de savoir qui, de Ferland ou de Desjardins, est le plus imposant. On s’est entendus pour… Jean Leloup!

En rafale
Parmi les autres moments forts qui laisseront un parfum de bonheur musical imprégné de vents salins, notons les performances convaincantes d’Émile Proulx-Cloutier, le spectacle des Charbonniers de l’enfer en prélude à la classique Veillée de danse traditionnelle «callée» par l’excellente Yaëlle Azoulay, le piétinage de casquettes à l’effigie du Canada par l’enthousiasmante Klô Pelgag et la maturité nouvelle de Philippe Brach.

Quant à Marjo, elle demeure au Québec ce que Mick Jagger est au rock anglo. Ce qui n’est pas rien. Et que dire de la «Caravane Country» de Laurence Jalbert, sinon que cette icône de la chanson populaire nous a transportés vers le large? Que dire aussi de l’envoûtant Florent Vollant et de ses invités? Moments précieux comme on n’en voit qu’en Gaspésie. Rendez-vous en 2019 sous le chapiteau qui parvient à recréer la magie de la Vieille Forge, avant de découvrir la nouvelle Forge, qui sera probablement inaugurée en 2020 par le lauréat d’un concours d’architecture ouvert à tous.

Coups de cœur de ce 36e Festival en chanson de Petite-Vallée…

  • Entendre la formation Quartom interpréter Ginette (Beau Dommage) en plein milieu du restaurant La Marée Haute de Grande-Vallée, après avoir dégusté une pizza gratinée aux fruits de mer.
  • Danser une valse et un set carré (en babouches) pendant l’incontournable et chaleureuse Veillée traditionnelle.
  • Savourer un club sandwich débordant de homard à la Cantine du Pêcheur, près du quai de Cloridorme, en piquant une jasette avec le propriétaire Denis, un typique Gaspésien à la fois avenant et généreux de ses anecdotes.

Et quelques coups de gueule…

  • On aime les shows hommage, mais près de quatre heures avant d’arriver au moment charnière, c’est beaucoup. Formule Hommage aux passeurs à revoir.
  • Dans un festival qui promeut la beauté de la langue, il est parfois dommage que les mots se noient sous une musique au volume trop élevé.

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