Josie Desmarais/Métro AfrotroniX, alias Caleb Rimtobaye, sera vendredi 20 juillet, à 21h, au Ministère (4521, boulevard Saint-Laurent).

AfrotroniX, alias Caleb Rimtobaye, fait danser les foules depuis 2014 avec sa musique qui mêle rythmes traditionnels africains, blues touareg et sonorités électroniques.

Avant chaque représentation, le Montréalais d’origine tchadienne enfile son uniforme aux lignes épurées et son Afrotron, variante moderne d’une coiffe traditionnelle remise aux jeunes de sa tribu (le peuple Sara) pour souligner leur passage à l’âge adulte.

Ses spectacles, qui le mènent des États-Unis au Maroc, en passant par le Mexique et Cap-Vert, allient art numérique, DJ set et danse africaine urbaine. Comme il le dit lui-même, on est loin du cliché du musicien africain «avec son boubou et son djembé».

«C’est un concept musical afrofuturiste. Je me projette 150 ans dans l’avenir et je donne à l’Afrique une place de leader grâce à la force de ses valeurs tribales, pour offrir un projet de société alternatif à ce qu’on vit aujourd’hui», exprime Caleb Rimtobaye, qui arborera son casque futuriste le 20 juillet au Ministère dans le cadre du Festival Nuits d’Afrique.

Présent dans la culture pop afro-américaine depuis les années 1960, l’afrofuturisme a été remis au goût du jour par le méga-succès du héros de Marvel Black Panther. Décliné tant en musique, qu’au cinéma et dans les arts visuels, ce mouvement est pour les artistes noirs un moyen de reprendre possession du passé et du présent en imaginant un avenir plus radieux, à la croisée de la science-fiction et du fantastique.

«Je suis convaincu que, dans l’avenir, le monde aura besoin de l’Afrique. C’est un continent qui va beaucoup donner.» – Afrotronix

Retour vers le futur
Dans l’avenir défini en chansons par AfrotroniX, «ce ne sont pas les lois du marché qui dictent nos gestes». Le monde est un endroit où «l’on peut se développer sans la peur et la méfiance de l’autre».

L’Afrique y a retrouvé la pleine maîtrise de son destin et des technologies.

«Je voudrais que la technologie nous serve, vraiment, et sur une longue portée, insiste celui qui est aussi chanteur et guitariste pour le groupe H’sao, formé avec deux de ses frères. On imagine un futur super-développé, mais en respectant la nature autour de nous. Pour que l’humain soit bien sans forcément être un super-capitaliste».

«Où est la place de l’Afrique dans l’évolution technologique? Comment la culture africaine peut-elle l’influencer. Est-ce que la technologie de demain sera seulement la suite de la culture occidentale? C’est le genre de questions que je pose.»

Définir l’avenir demande aussi de tirer des leçons du passé, selon Caleb Rimtobaye.

«Il faut d’abord se purifier de la vision apocalyptique de l’Afrique que l’Occident nous renvoie. Vision Mondiale, ce n’est pas l’Afrique que je connais. Si on veut proposer un projet de société pour les Africains, la première question à se poser est: qui étions-nous avant? Avant l’arrivée des envahisseurs? Afin de proposer quelque chose de différent.»

«Nous avions une forme de spiritualité qui s’étendait sur toute la culture et la civilisation, en profondeur, qui nous permettait de prospérer sans forcément détruire ce qui nous entoure. Sans tomber dans le cliché new age, l’afrofuturisme, c’est un retour à l’essentiel.»

Inspirations
Caleb Rimtobaye a eu la chance de présenter son projet à quelques reprises sur le continent noir. Chaque fois la réponse a été enthousiaste.
«La réponse que j’ai eue de la salle… j’en avais les larmes aux yeux, raconte-t-il à propos de sa première performance dans son Tchad natal. J’ai été très bien reçu et ç’a été pour moi comme une bénédiction des Anciens».

Une réaction d’autant plus importante qu’AfrotroniX s’adresse en premier lieu aux Africains eux-mêmes.

«La nouvelle génération est fatiguée de ce regard apitoyé de l’Occident sur l’Afrique. On veut présenter dans cette Afrique utopiste un continent qui se prend en main, qui s’occupe de ses enfants.»

Paradoxalement, c’est à Montréal, bien loin des rives du continent africain, que le projet a pu voir le jour. Une contradiction avec laquelle vit très bien le musicien.

«Je donne le crédit au Canada, au Québec, de m’avoir permis de développer ce projet. Je ne sais pas si j’aurais pu le faire dans d’autres pays. Ici, le multiculturalisme est très encouragé. Ça m’a amené à me demander ce que j’apporte à la société québécoise, qui demande que chacun apporte du sien. Ça m’a amené plus loin. Au Tchad, j’avais tendance à chercher ce qui venait d’ailleurs. En arrivant ici, dans une société si ouverte, curieuse de connaître ta différence, ça m’a poussé à me questionner sur qui j’étais.»

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