Yan Turcotte/Les Films Séville Jean-Carl Boucher dans 1991

Après avoir appris à mentir dans 1981 et tenté de perdre sa virginité dans 1987, le réalisateur Ricardo Trogi revisite, dans 1991, son voyage initiatique en Italie, pays de ses ancêtres.

Bon, ce n’est pas vraiment son intérêt pour la culture italienne qui amène Ricardo, 21 ans et toujours interprété à l’écran par Jean-Carl Boucher, à s’inscrire dans une université d’été de Perugia pour apprendre la langue de Dante.

C’est beaucoup plus pour retrouver la «femme de sa vie», la belle Marie-Ève Bernard (Juliette Gosselin). Léger détail, celle-ci ignore encore qu’elle lui est destinée…

Ricardo étant Ricardo, il vivra lors de ce premier voyage outre-Atlantique une série de mésaventures, dont la perte de ses papiers et de tout son argent (catastrophe à l’époque pré-internet), des nuits à la belle étoile en compagnie d’Arturo (Alexandre Nachi), le voyeur bohème qui veut refaire le monde, un presque «trip» à trois dans un train avec deux Allemandes et son début de la calvitie. Les voyages forment la jeunesse, non?

Comme dans ses deux films biographiques précédents, le cinéaste a directement puisé dans son passé pour bâtir l’intrigue.

«Dans la vraie vie, je suis allé à un seul cours d’italien en 30 jours. Ce n’était pas ma priorité. C’était trop tôt le matin. Le soir, j’étais occupé à faire la fête le plus fort possible. Je trouvais que l’école nuisait à mes loisirs», se souvient en riant le réalisateur de Québec-Montréal et Le Mirage.

Ce voyage fut tout de même formateur pour celui qui, quelques années après les événements évoqués dans 1991, a participé à La course destination monde.

«Ç’a m’a donné confiance en moi à l’époque, alors que j’étais dans la jeune vingtaine. J’avais la volonté de voyager seul, j’ai compris que j’en étais capable. Après avoir vécu toutes ces aventures, j’ai compris que j’étais en mesure de me sortir d’à peu près n’importe quoi. Quand tu anticipes que rien ne va aller comme prévu, ça t’enlève beaucoup de pression.»

Pour une troisième fois, Jean-Carl Boucher interprète le personnage du réalisateur avec son mélange unique de nonchalance, de romantisme et de gros bon sens.

«C’est toujours un grand plaisir de rentrer dans cet univers. Mais les trois films sont tellement différents que ce n’est jamais tout à fait le même personnage, affirme l’acteur de 24 ans. Dans 1991, il est plus observateur que dans 1987. Il est davantage confronté et choqué par tout ce qu’il voit. C’est un personnage quand même gâté par la vie, mais qui pense qu’il ne l’est pas. C’est ce contraste qui crée le côté comique. Il n’y a rien de si grave que ça qu’il lui arrive, mais pour lui, c’est la fin du monde».

Suivant les conseils de son ami Ricardo, Jean-Carl Boucher a lui aussi enfilé son sac à dos pour un voyage en solo sur les routes d’Europe après le tournage de 1987.

«Le début de la vingtaine, c’est l’âge parfait pour partir seul en voyage. Je l’ai écouté et je l’ai fait. La France, l’Allemagne, Amsterdam… C’est vraiment comme dans le film. C’est la première fois que tu es confronté à ce que tu es et à ce que tu es capable de faire. En étant obligé de te débrouiller seul, tu apprends tellement de choses sur toi. Ça peut être confrontant. On apprend qu’il y a toujours moyen de s’en sortir.»

«je ne me suis jamais assis pour écrire un film populaire. Je n’ai jamais utilisé de formules. Je raconte mes histoires comme je les raconterais à des amis.» – Ricardo trogi, réalisateur de 1991

Campé dans les lieux mêmes où Ricardo Trogi a mis les pieds en 1991, le tournage du film fut somme toute moins rocambolesque.
«Au début, ça m’effrayait de tourner à l’étranger parce que les Italiens n’ont pas la même façon de voir le temps que nous. Mais finalement, je me colle à leur système. Ils travaillent moins d’heures que nous sur un plateau. Je ne suis pas un fainéant, mais après 10 heures de tournage, on a le droit d’être fatigué. Au Québec, on pousse parfois à 12-13 heures, des fois c’est trop. Le soir, tu n’as pas le temps de préparer ta journée du lendemain. Sur 1991, on avait encore l’énergie d’aller prendre un verre ou de manger ensemble. D’autant plus que toute l’équipe était réunie au même endroit.»

«Le tournage était encore mieux que ce que vous pouvez vous imaginer, renchérit Juliette Gosselin, qui, la chanceuse, a profité de ses congés pour visiter Florence, Venise et Rome. Il y avait quelque chose dans l’ambiance et le décor qui rendait le tout encore plus magique. En finissant la journée, au lieu de prendre une bière dans un parking un peu déprimant, on prenait une bière sur une terrasse qui donnait sur une vallée magnifique. C’était une expérience surréelle.»

Une expérience qui a aussi été enrichie par la méthode Trogi, selon l’interprète de Marie-Ève.

«Avec Ricardo, le film évolue constamment. Il n’y a presque pas de préparation avant, pas de répétition ou de lecture. Mais en tournage, il réécrit les scènes chaque jour. Il est tout le temps en train de p

aufiner le scénario. Le film n’est pas figé dans sa tête. Au contraire, il veut qu’ensemble, on trouve la façon d’aborder la scène.»
«Ricardo sait que l’équipe a du fun, ça se transmet dans le film», fait remarquer Jean-Carl Boucher.

«Les films de Ricardo sont faits avec bonté, avec générosité», ajoute Sandrine Bisson, qui joue pour une troisième fois sa mère Claudette, celle qui frôle pratiquement la crise de nerfs à chaque réplique.

«Il n’est pas racoleur. Il n’a pas de recette pour aller chercher du monde au box-office. Il fait des films parce que ça vient de son cœur. Il les fait avec humour, il n’a pas honte de son passé. Il divertit, mais avec intelligence, sans calcul. C’est un des seuls au Québec qui allie la critique et le public. Pour moi, son intégrité a beaucoup de valeur.»

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