Alliance films Jacques Languirand fait face à un personnage créé à partir du corps du mime Jean Asselin et de la tête, version hologramme, de Robert Lepage, qui ne pouvait pas se libérer durant les dates de tournage. «Martin a ce don incroyable de toujours utiliser les écueils pour en faire des tremplins vers quelque chose de nouveau», explique Paul Ahmarani.

Le Festival du nouveau cinéma présente aujourd’hui le premier long métrage de Martin Villeneuve, Mars et Avril, une première incursion québécoise dans le film de science-fiction à grand déploiement.

Martin Villeneuve peut être fier de sa persévérance. Il lui aura fallu sept ans de travail acharné pour finalement offrir son premier long métrage, Mars et Avril, adapté de son photo-roman en deux volumes du même titre. Après une première mondiale remarquée au festival de Karlovy Vary, le film est finalement présenté ici. «Ç’a été particulièrement complexe, vu les ambitions qu’on avait comparativement au petit budget dont on disposait, explique le réalisateur. Le résultat est pas mal à la hauteur de ce que je voulais. Comme c’était le combat que je menais depuis sept ans, le contraire aurait été surprenant!»

Dans un Montréal futuriste; un célèbre musicien octogénaire (Jacques Languirand) amoureux d’une jeune photographe (Caroline Dhavernas); un instrumentiste (Paul Ahmarani) s’inspirant de corps féminins pour fabriquer ses instruments; le père de celui-ci, un cosmologue dont la tête n’est plus qu’un hologramme (Robert Lepage pour la tête, Jean Asselin pour le corps) – autant d’éléments qu’il n’a pas été aisé de transposer au grand écran.

Et pour ce faire, la solution était de s’entourer des meilleurs, souligne Martin Villeneuve, qui a pu compter, entre autres, sur Guy Laliberté, sur le bédéiste François Schuiten (conception visuelle), sur le compositeur Benoît Charest et, bien sûr, sur Robert Lepage, associé au projet depuis le tout début.

À l’exception de Caroline Dhavernas, dont le personnage, Avril, avait le visage de Marie-Josée Croze dans le photo-roman, les autres comédiens principaux étaient dans les livres, Jacques Languirand inclus. Le personnage de Jacob Obus est devenu le premier rôle important de l’animateur radio au grand écran. «J’avais rencontré Jacques en 1998, je pense, quand je faisais un topo pour une émission à Radio-Canada, et il m’avait beaucoup marqué, se souvient le réalisateur. J’ai rapidement pensé qu’il ferait un bon Jacob Obus.»

Un choix délicat, rappelle-t-il, puisque l’octogénaire vit dans le film une histoire d’amour avec une jeune femme d’une trentaine d’années. «C’était le gros défi, cette relation. Ça pouvait facilement avoir l’air très bizarre si c’était fait de la mauvaise façon, fait remarquer Martin Villeneuve. Si la chimie était mauvaise, le film ne fonctionnait pas. L’équilibre de tout ça était très fragile, surtout parce que, quand tu fais un film de genre, tu ne peux pas t’appuyer sur le réalisme. Il faut que les choses soient codées d’une façon précise. Et Jacques a exactement le genre d’énergie qui fait que tu ne peux pas penser que c’est un vieux pervers. Il a une espèce de naïveté, un regard assez jeune. Au final, c’est une fable sur la jeunesse et la vieillesse.»

Et une fable, Villeneuve insiste, qui se devait d’avoir lieu à Montréal… et en français. «On me dit souvent que j’aurais dû tourner mon film en anglais pour aller chercher un plus grand public, dit-il. Peut-être, mais ça n’aurait pas été le premier film de science-fiction québécois! Il faut bien que quelqu’un en fasse un en premier. Et ça n’a jamais été une question; j’ai pensé, écrit une histoire en français. Je veux que les Québécois aient envie d’aller voir un film de science-fiction québécois, parce que je l’ai tourné en français pour eux!»

Retour vers le futur
Créer la trame sonore d’un film dans lequel la musique – cette musique unique que joue Jacob Obus (Jacques Languirand) prend autant d’importance – n’était pas une mince affaire. Mais ce n’est pas le genre de défi qui arrête Benoît Charest (Les triplettes de Belleville).

«Du fait qu’on est dans la science-fiction, j’ai voulu créer une musique qui fonctionnerait avec l’univers, explique le compositeur. J’ai voulu faire quelque chose qui s’inspire des premiers synthés des années 1940-50, ce qu’on a en tête quand on pense à des films de science-fiction.»

Le musicien soutient que «c’est dangereux parfois d’essayer d’être moderne». «J’ai voulu revenir à l’optimisme qui émane des musiques de films comme Forbidden Planet, dit-il. Aujourd’hui, on a une vision plus pessimiste du futur; à l’époque, il y avait beaucoup plus d’espoir en l’avenir.»

Mars et Avril
En salle dès vendredi
À l’Impérial dans le cadre du FNC ce jeudi à 18 h 30

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