Mélissa Trépanier/Collaboration spéciale Cœur de pirate a présenté une facette lumineuse de sa personnalité taciturne.

C’est le cœur rempli de moments rares et les yeux cernés qu’on revient de la 15e édition du Festival Musique du bout du Monde (FMBM) qui se déroulait la semaine dernière à Gaspé.

«On est vraiment très content, car on a misé sur l’audace pour cette 15e édition, lance Philippe Fehmiu, porte-parole du festival. Depuis la venue en 2015 d’Angélique Kidjo, alors inconnue du grand public, on sait que les gens qui se rendent au FMBM sont prêts à s’abandonner dans les découvertes. Le cas de l’Ensemble Alash, avec son chant de gorge et ses instruments traditionnels, est particulièrement éloquent à cet égard. Nous sommes également ravis d’avoir pu offrir du rap québécois avec Alaclair Ensemble et son approche à la fois ludique et cabotine. Voilà mes deux gros coups de cœur de cette année», confiait l’animateur radio-canadien juste après la prestation, au soleil levant, du trio polyphonique originaire de la république de Touva, située dans l’extrême sud de la Sibérie.

Une formation qui a emmitouflé les amateurs venus dimanche au Cap-Bon-Ami d’une caresse spirituelle propice au recueillement et à l’introspection. Le genre de moment où, les yeux qui piquent et le cœur gonflé, on se dit qu’il fait bon être vivant ici et maintenant. Grandiose et majestueux, comme le soleil qui venait se cogner sur la falaise aux reflets de mer.

Si on l’associe souvent à la mélancolie et à une posture je-m’en-foutiste, Cœur de pirate a présenté en ouverture, jeudi dernier, une facette lumineuse de sa personnalité taciturne. Mature, autodérisoire et, surtout, visiblement heureuse d’être là, elle a offert aux veinards qui étaient présents la seule et unique prestation estivale de son nouveau spectacle.

Enchaînant les tubes et les nouvelles chansons, elle ne restait pas «scotchée» à son piano, mais elle se déplaçait d’un bout à l’autre de la scène d’une façon gracieuse et chorégraphiée, sexuée, mais non sexuelle, qui, à certains moments, n’était pas sans rappeler Christine and the Queens.

«Je n’en reviens pas comme cela a été magique et fabuleux. Je ne m’y attendais pas», a-t-elle lancé après avoir demandé si, dans la salle, il s’en trouvait pour s’étonner qu’elle en fasse autant sur scène. Belle artiste qui explore et n’a pas fini de nous surprendre avec sa variété de qualité, n’en déplaise aux puristes.

Bon mot pour la Dame Blanche, la fille du directeur artistique du Buena Vista Social Club, qui assurait la première partie de notre pirate nationale. La Cubaine exilée en France, légèrement «badass» avec sa langue constamment tirée et ses fringues style Madonna période Like a Virgin, jongle agilement avec les références à la santeria et aux symboles phalliques, comme la flûte traversière, dont elle joue très bien, et le cigare (non allumé), qui viennent ajouter à son look d’aguicheuse assumée. Sa musique? Rap, cumbia, dancehall et reggae parsemés de chaloupes arabisantes.

Efficace, mais peut-être trop fabriquée dans la démarche.

«Parfois, on est happé par des moments de folie sur la rue de la Reine, tandis que les spectacles au soleil levant sur le Cap-Bon-Ami permettent de faire voyager des images sublimes partout sur la planète. N’est-ce pas une folie que de se lever à 3 h du matin pour venir voir un spectacle?» – Philippe Fehmiu, porte-parole du FMBM

Le lendemain, vendredi, c’est la formation hip-hop québécoise Alaclair Ensemble et son «post rigodon» qui ont allumé la foule sous le chapiteau avec une approche aussi fédératrice que juvénile. Bonne façon pour le festival de prendre un virage jeune en introduisant du hip-hop souriant pour assurer une relève côté public. Soulignons l’absence de Claude Bégin, aussi membre du collectif, et la feuille d’érable inversée sur le t-shirt d’un des membres de la formation en guise de pied de nez au Canada tandis qu’au même moment, la ministre du Tourisme Mélanie Joly serrait des mains dans la zone confort (VIP).

Ministre qui a d’ailleurs souligné, lors d’une table ronde sur l’industrie, que le tourisme représente près de 360 M$ en retombées annuelles en Gaspésie. Avec quelque 25 000 personnes qui assistent chaque année au FMBM, ce festival est devenu un acteur économique incontournable de la région qui a su, au fil des ans, combiner le tourisme et la culture, là où ces deux champs d’activités s’entrechoquaient.

Qui aurait pu imaginer qu’un jour une formation qui remplit des stades de 100 000 personnes et dont les billets se détaillent autour de 200$ jouerait sous le chapiteau de Gaspé, comme ç’a été le cas avec Celso Piña, alias le rebelle de l’accordéon? Fidèle à sa réputation, le vieux pirate, spécialiste du mélange des rythmes latinos, et ses huit corsaires, dont quatre membres d’une même famille, ont littéralement téléporté l’assistance dans une transe extatique. Un Mexicain de passage n’en revenait pas qu’une telle formation joue dans un contexte aussi accessible pour quelques malheureux dollars.

Si la volonté des organisateurs, de jeunes Gaspésiens de retour après avoir étudié à Montréal, était à l’origine de «mettre la Gaspésie sur la map» et de consolider un fort sentiment d’appartenance, tout en offrant une baie vitrée sur le monde, 15 ans plus tard, force est de constater que la qualité relevée des invités n’en fait pas des cautions folklorico-exotiques et qu’ils apportent bel et bien une plus-value magistrale à cette Gaspésie qui a déjà tant à offrir.

En plus des artistes susmentionnés, pensons aux Italiens hypnotisants de Kalàscima, un groupe très connu dans la Botte, et à leur mélange de rythmes traditionnels et modernes (devant une foule trop mince, imputable au nouvel emplacement de la scène Loto-Québec), ou encore à la formation «trad métal» coréenne Jambinaï, qui a subjugué toutes les personnes qui l’ont vue.
C’est épuisé, mais heureux et éreinté par l’absence de sommeil imposée par des voisins en goguette, que le journaliste s’apprête à prendre le bus vers un retour à la réalité montréalaise qui prendra… 14 heures! Qu’à cela ne tienne, les voyages forment la jeunesse, paraît-il.

Rouler vert
C’est pour se joindre à quelques collègues, artistes et autres organisateurs musicaux que Métro s’est rendu à l’île des Sœurs, mercredi dernier, afin de faire connaissance avec les propriétaires d’une dizaine de Tesla et de prendre place à bord d’un de leur véhicule. La longue caravane s’est ébranlée vers cette lointaine contrée qu’est Gespeg, qui signifie terre du bout du monde en langue micmaque, pour un voyage «zéro émission» de plus de 920 km et 3 recharges.

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