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Les Trois Accords: Elle s’appelait Corinne

Photo: Josie Desmarais/Métro

Après Serge devenu Bianca, Jean, Louis-Félix-Antoine, Youri, Lucille et Manon, les Trois Accords nous présentent Corinne, qui donne son nom au premier extrait de leur nouvel album à paraître cet automne.

Mais qui est Corinne? «Corinne, c’est pas grave, c’est juste un accessoire», analyse le plus sérieusement du monde son auteur, Simon Proulx, assis sur un banc de parc. (Ne vous inquiétez pas, bien que la rencontre de Métro avec deux des quatre musiciens des Trois Accords se soit déroulée dans un parc, personne ne s’est touché dans ledit parc ni n’a fait de remarques, et les policiers ne sont pas débarqués.)

«Je me souviens d’une discussion avec Gus [Van Go, réalisateur de ce nouvel album] où il me demandait: “Corinne, elle fait quoi?” poursuit le chanteur. Finalement, on ne le sait pas ce qu’elle fait. C’est à partir de ce constat que le chemin vers la chanson s’est trouvé. Il fallait que ce soit purement linéaire. Il n’y a rien d’autre que le gars qui danse. Il n’y a pas de lien avec Corinne. La seule motivation est de danser.»

Le résultat, à écouter sur repeat, est une chanson pop-rock accrocheuse, hyper rythmée (merci à la cloche à vache), aux rimes mémorables et, à l’instar de ses paroles, très dansante. Bref, un ver d’oreille comme savent si bien en composer Les Trois Accords. «Corinne, il n’y a pas de remède, le rythme me possède, je souffre d’une dépendance. Corinne, rien d’autre ne m’importe, le tempo me transporte, je suis victime de la danse», chante Simon Proulx dans le refrain.

Le sont-ils, eux aussi, parfois, victimes de la danse? Souvent, assurent Alexandre Parr et son collègue d’une même voix. «Dans la vie, quand je vais au supermarché… Surtout quand je fais laver ma voiture, là où je suis à l’abri des regards», avance le guitariste.

«C’est vrai que souvent, les gens dansent sans réfléchir, c’est un élan», reprend Simon. «… C’est un besoin, un cri primal du corps pour s’exprimer», complète Alexandre.

Plus sérieusement, Corinne donne un très bon avant-goût du prochain album des Trois Accords (qui n’a pas encore de titre), selon les principaux intéressés.

«C’est vraiment un bel échantillon de l’esprit de l’album, ainsi que de son instrumentation. C’est un album super ensoleillé, enregistré au bord d’un lac, sans réseau cellulaire», détaille Alexandre Parr.

«Être con, c’est une qualité à beaucoup d’égards.» – Simon Proulx, au sujet de ceux qui qualifient ses textes de «cons» et de «niaiseux».

Retraite fermée
Pour le groupe habitué d’enregistrer dans de grandes villes (les précédents albums ont été faits en studio à New York), cette expérience a été quelque peu déstabilisante, mais elle s’est avérée extrêmement positive.

«Habituellement, j’ai toujours mon cellulaire dans ma poche; là, je l’ai laissé dans ma voiture pendant une semaine. Je ne fais jamais ça», mentionne en exemple le guitariste. Pas de téléphone, pas d’internet, ça signifie que les gars n’ont pas pu vérifier de références musicales en ligne, comme ils le font parfois – «il fallait utiliser notre mémoire» –, en plus de ne carrément pas pouvoir entrer en contact avec le monde extérieur pendant deux périodes d’enregistrement de deux semaines chacune. Un contexte inédit pour la formation très sollicitée.

Comment ce huis clos créatif au bord d’un lac a-t-il changé le travail des Trois Accords? «C’était vraiment spécial. Ça fait une grosse différence sur le plan de l’intensité, explique le chanteur. Lorsqu’on enregistrait à New York, on sortait après nos journées, on profitait de la ville, on était hyper stimulés. Là, c’était l’inverse. C’était très cool d’être ensemble et de ne faire que ça. C’était très chouette, d’autant plus que ça a changé notre processus de travail. On est arrivés sans aucune préproduction, sans vue d’ensemble de l’album. On a pris vraiment une toune à la fois, et ça donne un travail plus spontané, bien que ce soit quand même périlleux…»

«Parce que tu ne sais pas ce que sera l’avenir, reprend Alexandre, terminant la phrase de son collègue. Pour ma part, dans l’instrumentation, ça veut dire que je fais un riff de guitare sans avoir le souci de me répéter d’une chanson à une autre, parce que je n’ai aucune idée de ce qui va arriver après. On y est vraiment allés sans filet», résume-t-il.

Les musiciens se disent très satisfaits du résultat, bien qu’il reste encore quelques arrangements à peaufiner pour finaliser ce sixième disque des Trois Accords. Cette nouvelle méthode de travail va créer «une cassure avec les trois derniers albums», selon Alexandre. «On a rebrassé les cartes un peu et je pense que ça va vraiment marquer une autre époque.»

Tant mieux, parce que le groupe qui roule sa bosse depuis déjà 15 ans a horreur de la répétition. «Dans l’essence du groupe, il y a la notion d’étonner, d’essayer d’aller ailleurs et plus loin, avance Simon Proulx. Un peu comme quand on est arrivés avec Dans mon corps, il y avait eu ce sentiment que le band avait changé. Il y avait un autre son, on était sur une autre track. Il y a ce sentiment avec ce nouvel album, que c’est comme une nouvelle avenue qu’on n’a pas explorée.»

Longévité
Après 15 ans de chansons absurdes, abordant des thèmes aussi variés que l’esthétique corporelle, l’amour intergénérationnel et l’hygiène capillaire, Les Trois Accords ont-ils peur d’un jour tomber en panne d’inspiration?
«C’est infini, répond d’emblée Alexandre. D’après moi, il ne doit pas y avoir de fin. Sur le coup, on pense que oui, mais il y a toujours de nouvelles idées.»

Son collègue chanteur, qui compose la plupart des textes du groupe, abonde dans le même sens. «Le test est la réaction des gars. Si je leur joue une nouvelle chanson et qu’ils aiment, souvent c’est parce que ça nous amène ailleurs. Si ça ne marche pas, ils vont le pointer assez vite.»

Si un jour cette panne survenait, aurait-on droit à un album des Trois Accords aux textes introspectifs ou encore engagés? Après avoir partagé un grand éclat de rire, les deux musiciens se renvoient la balle.

«Ce serait surprenant, mais on ne sait pas, honnêtement», lance Simon.

«L’avenir le dira, mais ce serait difficile de ne pas être nous», renchérit Alexandre.

«Il y a une part d’instinct et de travail dans l’écriture. Si j’essayais d’écrire une chanson triste, il y aurait quand même une twist dedans. C’est difficile de s’en sortir…»

Les quatre amis de Drummondville ont fait du chemin depuis Hawaïenne et Saskatchewan, les deux hits de leur premier album Gros mammouth album turbo, ceux-là mêmes qui les ont propulsés au rang de vedettes au Québec et qui leur ont permis de vivre de leur musique. Quinze ans plus tard, le groupe joue toujours sur scène ces deux morceaux, qui restent parmi les préférés de leur public.

«Plus on s’éloigne de cette époque, plus je trouve que c’était des chansons très peu pop, observe Simon Proulx. Saskatchewan, c’est une ballade pas standard, qui n’a pas de refrain… C’était une drôle d’affaire. On n’avait pas conscience de ça à l’époque. Beaucoup de gens nous disaient que ça ne pourrait jamais jouer à la radio. Je sais pas… On était innocents, mais on y croyait. Il fallait quand même être motivé pour approcher des gens avec une toune qui s’appelle Hawaïenne

Et pourtant, les fans, littéralement âgés de 7 à 77 ans, sont restés fidèles au groupe, sans contredit un des plus populaires au Québec. «C’est parce qu’on est gentils en personne», explique Simon Proulx, tentant de comprendre cet engouement pour Les Trois Accords, qui vient tant du grand public que de la critique musicale et des mélomanes aux goûts plus nichés.

«C’est un concept très cérébral, Les Trois Accords, poursuit-il. Moi, je me disais qu’on aurait un public dans les radios universitaires. Je ne sais pas ce qui a fait notre succès, mais on est assurément chanceux.»

Avec désormais six albums sous le bras et à la barre de deux festivals, les musiciens ont pu rassurer leurs parents, qui n’étaient pas convaincus au départ de la réussite de leur plan de carrière.

La poutine en fête

Pour une 11e année, Les Trois Accords organisent le Festival de la poutine de Drummondville, qui se tiendra en fin de semaine. La diversité aura une place de choix dans le volet gourmand – qui propose plusieurs variantes du mets québécois par excellence –, mais également au menu musical, concocté par le batteur du groupe, Charles Dubreuil.

Sur scène, des artistes établis comme Marjo et Robert Charlebois côtoieront de jeunes talents tels qu’Hubert Lenoir et Matt Holubowski. «Notre but a toujours été de ratisser large dans la programmation, le tout dans une même journée. On ne fait pas une soirée thématique par genre musical; nous, on mélange, et jusqu’à maintenant, ç’a été un pari très réussi», commente Alexandre Parr.

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