Métropole films Sarah Polley, petite, et son papa

Au cours de sa vie, Sarah Polley a parfois entendu des blagues sur le fait que son père n’était pas son vrai père. Il y a quelques années, elle a décidé d’analyser la question en profondeur. Et qui de mieux que les membres de sa propre famille pour mettre au clair cette rumeur?

De cette quête est né Stories We Tell. Un documentaire audacieux et sensible porté par la signature unique de Sarah Polley. La cinéaste et actrice torontoise y mène l’enquête et intègre les souvenirs de ses proches pour éclaircir une question restée trop longtemps sans réponse. Entretien.

Durant un Q&A enregistré que vous avez donné au Festival de Toronto, vous avez dit que vous ne saviez toujours pas pourquoi vous aviez fait ce film. Est-ce que la raison vous semble plus claire à mesure que les jours passent?
C’est difficile de savoir pourquoi on a voulu faire quelque chose qui nous a causé tant de douleur! (Rires) Pendant le tournage, j’étais menée par une force créatrice, mais, en même temps, j’étais vraiment triste. Ce qui me rend très heureuse toutefois, maintenant que le film est sorti, c’est qu’après l’avoir vu, les spectateurs repensent à leur propre historique familial plutôt qu’au mien. Peut-être que c’était ça, l’élan qui m’a poussée à faire ce film : créer un espace où les gens pourraient examiner les événements qui ont fait de leur famille ce qu’elle est.

Sentez-vous que vous auriez pu raconter cette histoire différemment?
Je ne pense pas. Pas moi, en tout cas! La seule manière dont j’envisageais de la raconter, c’était en incluant les versions de chacun de mes proches afin de faire éclore la vérité dans tout ce désordre.

Peu importe l’histoire ou la famille, chaque personne qui est impliquée dans un événement est convaincue que sa version des faits est la bonne. Était-ce une expérience intéressante pour vous de mettre plusieurs versions d’une même histoire côte à côte et de pousser les membres de votre famille à se questionner sur ce qui était réellement arrivé?
Absolument! Je sens que, dans ma famille, il y a très peu de tabous. On parle de tout, assez ouvertement, mais c’est rare qu’on passe de longues journées à discuter comme ça et à poser toutes les questions qu’on a toujours rêvé de poser. C’était amusant de pouvoir le faire… mais aussi vraiment étrange!

Est-ce que certaines révélations étaient difficiles à entendre? Je pense par exemple à votre tante qui vous dit : «Je ne pense pas que ta mère était transportée de joie à l’idée d’être enceinte de toi.»
(Rires) Je n’ai aucun problème avec ça! Même lorsque j’ai entendu dire que ma mère avait songé à avorter de moi, ça ne m’a pas trop affectée. J’ai simplement trouvé ça intéressant de pouvoir découvrir tant de détails sur la vie de mes parents. Même les fragments d’information qui étaient moins plaisants à entendre ont ajouté de la richesse à ma vie et m’ont donné de nouveaux angles sous lesquels contempler mon existence.

Dans le film, votre frère dit que, dans un couple, il y en a toujours un qui est plus amoureux que l’autre. Le croyez-vous?
Je ne sais pas si je suis d’accord avec lui, mais je crois savoir de quoi il parle. Je crois qu’au fil du temps, dans une relation, les gens ressentent différentes formes d’amour l’un pour l’autre. Chaque fois que je vois le film, je réfléchis à cette phrase…

Dans vos deux premiers longs-métrages, vous présentiez pourtant des couples dans lesquels une personne aimait mieux l’autre, non?
Je dirais plutôt qu’elles s’aimaient de manières différentes!

Stories We Tell
En salle vendredi

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