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Youssou N' Dour l'ambassadeur

Geneviève Vézina-Montplaisir - Métro

Au Sénégal, tout le monde connaît Youssou N’ Dour. Il est une véritable vedette dans son pays et sa musique afropop trouve aussi écho un peu partout sur la planète. Artiste engagé, Youssou N’ Dour n’hésite pas à prendre la parole pour parler des problèmes qui secouent le continent africain aux Nations unies.

Pour la réalisatrice Elizabeth Chai Vasarhelyi, cet ambassadeur culturel était le parfait sujet pour son documentaire sur l’Afrique, qu’elle voulait porteur d’espoir.

«Si les films montrant les problèmes qui subsistent sur le continent noir sont nécessaires, le monde a aussi besoin de voir les choses positives qui s’y passent», affirme-t-elle.

Frustrée par la situation politique aux États-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, et outrée de la représentation de la religion musulmane dans les médias, la cinéaste américaine est renversée quand elle entend, en 2002, Egypt, un album inédit de Youssou N’ Dour. L’artiste y chante la beauté de sa religion, l’islam, et montre ainsi un nouveau visage de celle-ci.

C’est le projet le plus personnel du chanteur et il devient le point d’ancrage du documentaire I Bring What I Love.

La controverse

Mais en plein tournage, en 2004, alors que l’album est lancé au Sénégal, la controverse éclate. Les Sénégalais sont outrés que leur idole chante des airs sacrés sur des rythmes pop et ce, en plein ramadam.

Avant même que quicon­que n’écoute vraiment l’opus, le débat fait rage à la radio : 50 000 cassettes sont retournées à la maison de disques et les pubs télé sont retirées des ondes.  

«Il y a toujours de la peur quand il est question de religion, note la cinéaste. À l’époque, on a suggéré qu’il y avait quelque chose de mal dans le fait de chanter les préceptes de l’islam. Le disque est devenu un objet tabou. Mais Youssou n’a jamais eu la chance de se défendre et d’expliquer ce qu’il essayait de faire avec cet album.»

Ce qu’il essayait de faire en fait, était de chanter ses croyances et de faire comprendre au monde entier les messages de paix de l’islam.

«Malgré la controverse, il a toujours cru que le public allait comprendre un jour, souligne Chai Vasarhelyi. Il ne pouvait pas être en colère contre l’ignorance. Avec son album, il voulait pousser la société plus loin.»

L’histoire racontée par la documentariste finit bien. Cette année-là, Youssou N’ Dour a gagné un Grammy pour Egypt, une première pour un artiste sénégalais. L’effet a alors été le même que si le chanteur avait remporté une médaille olympique.

«Ce prix a forcé les gens à vraiment écouter l’album, et ils ont vu qu’il n’y avait rien d’offensant là-dedans, assure Chai Vasarhelyi. Par la suite, quand il a collaboré avec Musta­pha M’baye [un chanteur dépositaire des traditions religieuses] pour un duo, ç’a aussi été une grosse affaire. M’baye est un des artistes les plus respectés au Sénégal,  et quand il a décidé d’endosser Youssou, le public a compris ce qu’il essayait de faire.»

Avec I Bring What I Love, Chai Vasarhelyi souhaite faire connaître l’histoire de Youssou N’ Dour et le pouvoir de sa musique à un plus large public.

Pendant deux ans, elle a multiplié les allers-retours entre New York et le Séné­gal, suivant le chanteur dans ses tournées nord-américaine et européenne. Elle a découvert un homme qui, envers et contre tous, se bat pour ses convictions. Un homme qui fait la fierté de  tout un continent.

Youssou N’ Dour : I Bring What I Love
En salle le 24 juillet

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