Archives Métro Un trophée de l'ADISQ.

D’anciens présidents de l’ADISQ – et son leader actuel – ont lancé un cri du cœur mardi, dans une lettre ouverte sentie, pour inciter le grand public à consommer la musique d’ici, au profit des géants numériques de l’écoute en ligne comme YouTube, Spotify ou Apple Music, qui menacent, selon eux, la pérennité de l’industrie musicale québécoise.

Les anciens présidents signataires sont Guy Latraverse, Michel Gélinas, Denys Bergeron, Alain Paré, André Ménard, Michel Sabourin, Rosaire Archambault, Michel Bélanger, Pierre Rodrigue, Jacques K. Primeau, Yves-François Blanchet, Paul Dupont-Hébert et Claude Larivée. Le président actuel de l’institution, Philippe Archambault, s’ajoute lui aussi au groupe. Ils seront réunis mardi soir à Montréal, au Club Saint-James dès 18h, afin de faire le point sur le 40e anniversaire de l’ADISQ.

Ensemble, ils lancent un appel au public pour le mobiliser «dans un moment charnière» de l’histoire de la musique québécoise, disent-ils, souhaitant collective donner «le pouvoir de la faire entendre».

Mais de nos jours, la consommation musicale se transforme profondément, écrivent les signataires, les grands joueurs donnant accès, parfois gratuitement, à des dizaines de millions de chansons.

«Ce modèle, fabuleux pour les mélomanes, pose des défis sans précédents à tous les créateurs et producteurs de contenus.» – Propos tirés de la lettre ouverte intitulée «L’avenir de notre chanson : une inquiétante sensation de déjà-vu»

Ils ajoutent que de «faire découvrir une chanson» demande de nos jours «plus de travail et de connaissances que jamais», à une époque où les revenus sont en chute libre partout dans l’industrie. Les nouveaux intermédiaires numériques, qui ont le pouvoir de populariser la musique québécoise, «sont étrangers […] et échappent aux lois et aux règles que nous avons adoptées pour assurer la vitalité de notre culture», croient les membres de l’ADISQ. «Ils nous connaissent mal», déplore-t-on.

Voulons-nous vraiment nous en remettre à leur bonne volonté pour assurer la pérennité de notre chanson? demandent les auteurs. «En ce moment, des lois-clés sont révisées. Ces processus sont cruciaux. Exiger que nos contenus trouvent la place qui leur revient sur des plateformes étrangères et instaurer des mécanismes de financement de contenus adaptés […] est essentiel», plaident-ils. Des gestes qui demandent, selon eux, «du courage politique»; une flèche envoyée directement au nouveau gouvernement caquiste.

Renverser la tendance
Il y a 40 ans, date de création de l’ADISQ, le Québec a créé un écosystème musical «unique» pour le rayonnement de nos artistes, croit Philippe Archambault. «Aujourd’hui, on demande en quelque sorte au public de renouveler ses vœux avec la chanson d’ici. Parce que le courage politique que out le milieu appelle, certainement, s’en trouvera renforcé», explique-t-il.

Le créateur du gala lui-même, Guy Latraverse, abonde dans le même sens. On pourrait croire, selon lui, que tout a changé en musique, mais son message demeure relativement le même qu’en 1979, quand il avait signé le premier Programme souvenir de l’ADISQ.

«Aujourd’hui, mon message demeure identique. Ayons à nouveau le courage de se doter des outils nécessaires pour conserver le pouvoir de faire entendre notre chanson.» – Guy Latraverse

Il y a quelques semaines, Ottawa a annoncé être parvenu, lors des négociations entourant l’Accord États-Unis Mexique Canada (AEUMC) avec Washington, à préserver l’exemption culturelle. Une annonce qui a été chaudement accueillie par l’ADISQ et le milieu culturel. «Perdre cet acquis aurait été dramatique, concède l’organisation de l’ADISQ dans un communiqué. Mais l’avoir conservé sans poser, maintenant et ici, les gestes politiques forts nécessaires pour permettre aux créateurs et producteurs de contenus de revenir à un marché équilibré et équitable serait inconséquent et irresponsable.»

Parlant d’une même voix, les 14 signataires de la lettre concluent par une conviction forte: «Les Québécois souhaitent que les créateurs et les producteurs de contenus locaux continuent de leur présenter des œuvres professionnelles, originales, diversifiées, qui s’adressent avant tout à eux, qui les touchent et dans lesquelles ils se reconnaissent», rédigent-ils.

Dans les années 1970, l’industrie de la musique québécoise est née du désengagement de grandes multinationales étrangères de notre marché, affirme l’ADISQ, d’où l’importance de le gérer.

La plupart des anciens présidents de l’ADISQ oeuvrent toujours dans le secteur culturel, soit en télévision, en théâtre, en recherche ou en musique. La lettre paraît quelques jours à peine avant le gala de l’ADISQ, qui arrive à grands pas, le 28 octobre prochain.

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