Josie Desmarais/Métro Consentement, avec Anne-Élisabeth Bossé (photo), Patrice Robitaille, Marie Bernier, Véronique Côté, David Savard, Mani Soleymanlou et Cynthia Wu-MaheuxAnne-Elisabeth Bosse, sera jouée du 12 décembre au 2 février au théâtre Duceppe

Pertinente, juste, habile, complexe, actuelle, moderne, intelligente, tragique, triste, drôle. C’est par ces mots que la comédienne Anne-Élisabeth Bossé décrit la pièce Consentement, dans laquelle on pourra la voir dès la semaine prochaine chez Duceppe.

Consentement met en scène un groupe d’amis majoritairement formé d’avocats. Lors de soirées bien arrosées dans le luxe de leur foyer, ceux-ci commentent avec cynisme et condescendance les dossiers auxquels ils travaillent, dont un cas d’agression sexuelle.

Un exemple des commentaires qu’ils émettent? «Mon violeur a mieux performé que ta victime!» dit Edward à son collègue, Tim.

La dynamique du groupe basculera rapidement quand certains événements rattraperont les membres dans leur vie personnelle.

«On a des opinions super tranchées quand on n’est pas lié émotivement à une situation, mais quand ça se retrouve dans notre salon, on n’a plus du tout le même discours», remarque Anne-Élisabeth Bossé, qui personnifie Kitty, femme d’Edward et jeune mère qui se démarque par son empathie et sa bienveillance.

Mais attention, «personne n’est plus blanc que blanc», prévient celle qui donnera la réplique à Patrice Robitaille, à Mani Soleymanlou et à Marie Bernier, notamment.

«Plus la pièce avance, plus Kitty se rend compte qu’elle évolue dans un monde de tricheurs et que, pour ne pas être le dindon de la farce, elle doit se faire justice et accepter une part d’ombre.»

Consentement explore également la froideur du processus judiciaire. On le constate lorsque Tim explique à Gayle, une victime de viol, ce qu’est un contre-interrogatoire. «Ça va ressembler un peu à une visite chez le dentiste, rien de très amusant», lui résume-t-il.

Afin de bien préparer la pièce, l’équipe a eu droit à une formation 101 en droit.

Anne-Élisabeth Bossé dit avoir été particulièrement marquée par les épreuves que doivent traverser les victimes pour espérer obtenir justice. «Il n’y a rien de guérisseur en ce moment dans notre système pour une victime, se désole-t-elle. Ce n’est pas du tout thérapeutique comme démarche.»

«Ce n’est pas tous les jours qu’on a une parole si forte à tenir et qu’on est autant entre de bonnes mains.» – Anne-Élisabeth Bossé, à propos du texte de Nina Raine et du travail du metteur en scène Frédéric Blanchette

En confiance
Cette pièce tient particulièrement à cœur à Anne-Élisabeth Bossé. «La raison principale, c’est parce que je capote sur le texte», dit-elle d’emblée, saluant bien bas la plume de la dramaturge britannique Nina Raine.

La comédienne, qui avait déjà travaillé avec le metteur en scène Frédéric Blanchette pour L’obsession de la beauté, devait il y a quelques années le retrouver dans une autre pièce écrite par Nina Raine, Tribus. Malheureusement, le projet n’a pas pu se concrétiser pour elle. «Je l’avais sur le cœur. Là, on dirait que je vis des retrouvailles vraiment intenses avec Fred et avec le texte. Donc oui, j’ai une grande fierté. Après ça, ce n’est pas garant du succès qu’aura la pièce! Mais moi, je me sens en confiance dans ce projet.»

Pour rester le plus fidèle au texte original, la traduction de Fanny Britt a conservé les quelques références à l’Angleterre dans sa version québécoise, comme les perruques que portent les avocats.

«La pièce est tellement forte qu’elle n’a pas besoin d’être adaptée, dit Anne-Élisabeth Bossé. Ce n’est pas comme décider de transposer du Hamlet en 2018 avec des iPads. C’est facile quand c’est bien écrit, toutes les nuances sont déjà dans le texte.»

Avant #MoiAussi
Consentement a été jouée pour la première fois à Londres, en 2017, avant la vague de dénonciations #MoiAussi. Ainsi, malgré ce que son nom pourrait laisser croire, la pièce ne s’inscrit pas dans ce mouvement.

«C’est une parole qui porte sur la zone trouble du consentement. Avec #MoiAussi, on a senti le besoin de dire qu’il n’y a pas de zone trouble. Non, c’est non. Alors que la pièce gratte plutôt l’envers de la médaille; c’est moins net comme parole.»

Sans prendre position, l’œuvre va au-delà du concept de bien et de mal. «Ça ne dicte aucune pensée, c’est pour ça que c’est brillant. Sinon, ça aurait été comme du théâtre d’intervention comme on en montre dans les écoles», souligne Anne-Élisabeth Bossé, précisant être elle-même une «fervente défenderesse» du mouvement #MoiAussi.

D’autant plus que Consentement ne traite pas que d’agression sexuelle. La pièce aborde plusieurs facettes du mot qui lui donne son titre. «C’est toutes les petites limites qu’on peut bafouer chez quelqu’un, détaille la comédienne. Par exemple, quelqu’un qui ne veut plus de vin et à qui on en verse quand même. Tu ne vas pas poursuivre quelqu’un parce qu’il t’a versé du vin, mais pourquoi le “non” ne s’est pas rendu?»

La notion de consentement est même appliquée au concept d’infidélité, thème très important dans la pièce. «Ça amène l’idée qu’être infidèle dans son couple, c’est ne pas respecter le consentement de l’autre, parce que c’est intégrer quelqu’un d’autre dans son intimité à son insu», poursuit-elle.

Porte-parole malgré elle
Depuis qu’elle a joué une scène d’agression sexuelle dans la série Les Simone (dont le dernier épisode sera diffusé ce soir, voir plus bas), Anne-Élisabeth Bossé est malgré elle devenue porte-parole non officielle du mouvement #MoiAussi.

«Comme interprète, ça m’a valu toutes sortes de témoignages et d’entrevues qui portent sur le sujet. Je ne suis pas Aurélie Lanctôt ou Léa Clermont-Dion, donc j’ai eu à développer un discours à ce sujet», dit-elle.

Un discours qu’elle préfère porter en tant que femme et non comme artiste, puisque tous les milieux ont été touchés par cette vague de dénonciations. «Je me réjouis que ce soit dans l’air du temps. #MoiAussi a libéré une parole et des expériences, et ça ne peut qu’être positif. Personnellement, ça m’amène à me faire davantage confiance, à m’écouter plus et à avoir moins de pudeur à partager ces histoires.»

Comment vit-elle avec le fait d’être questionnée régulièrement à ce sujet? «Ça arrive à une bonne période dans ma vie. Ça fait bientôt 12 ans que je suis sortie de l’école; c’est plus facile pour moi de me prononcer et de m’affirmer à 34 ans qu’à 24. J’ai plus confiance en ma parole, je m’assume. J’imagine que si on me pose ces questions, c’est parce que je suis capable d’y répondre.»

La finale des Simone

Le tout dernier épisode des Simone sera présenté ce soir à 21h30 sur ICI Radio-Canada Télé. La comédienne Anne-Élisabeth Bossé aura incarné pendant trois saisons Maxim, personnage principal de cette série qui aborde la quête identitaire d’une jeune trentenaire.

«J’en aurais pris encore, ça a fini vite! dit la comédienne, visiblement fière d’avoir participé à ce projet. Cette série a été un vent de liberté pour moi. C’était complexe, on ne jouait pas des héroïnes, mais des filles normales.»

«On a exploré toutes les facettes d’une femme à travers quatre personnages, ajoute-t-elle. On s’identifie tous un peu à chacun d’eux.»

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