Josie Desmarais/Métro Benoit Philie, Simon Larose et Charles Blondeau

Musique. En 2018, à l’heure du rap et des projets éphémères, pourquoi se lancer dans l’aventure d’un groupe rock? Pour en discuter, Métro s’est assis avec Simon Larose, chanteur et guitariste de Zen Bamboo, ainsi qu’avec Charles Blondeau et Benoît Philie, membres du duo Babylones.

Les deux bands partageront demain la scène de la maison de la culture Maisonneuve dans le cadre de la série Relève la relève. Conversation croisée sur l’état du rock, de la création et des réalités de la scène musicale indépendante.

Pourquoi avez-vous choisi le rock?
Charles Blondeau: On ne l’a pas choisi. Le rock, c’est large. On a toujours écouté du rock jusqu’à ce qu’on écoute d’autres types de musique à l’âge adulte. C’est ce qu’on a appris à jouer adolescent. Si on avait écouté du rap quand on était jeune, peut-être qu’on jouerait du rap en ce moment. Mais moi, j’ai commencé à écouter du rap quand j’avais 20 ans. Je ne me serais pas vu essayer de devenir un rappeur.

Je posais la question parce que j’ai l’impression que le rock n’est pas exactement au sommet de sa popularité en ce moment…
Simon Larose: En termes de popularité non, mais en termes de créateurs passionnés, je pense qu’il se porte très bien. En ce qui concerne l’engouement du public, on est dans un drôle de creux, on le sait tous. Mais toutes les autres étapes du processus sont aussi passionnément remplies qu’à n’importe quelle époque depuis les années 1960. Juste à Montréal, il y a tellement d’affaires débiles qui se passent: Corridor, Fuudge, Jésuslesfilles…

Benoît Philie: On ne choisit pas notre style en fonction de ce que les gens aiment. C’est le rock qui nous a choisis.

SL: Comme la baguette qui choisit son sorcier. De toute façon, quand tu crées, tu n’es pas en train de réfléchir aux perspectives historiques qu’on utilise après pour discuter de musique entre nous. Ça ne fait pas partie du processus créatif.

«Le mot rock est associé à une culture de gros machos. Les classiques du rock and roll life style, c’est du cuir, des groupies, du poil, Robert Plant qui se fait aller le paquet. C’est galvaudé. Moi, je préfère dire qu’on fait du grunge.» – Simon Larose, membre de Zen Bamboo. Le groupe a récemment fait paraître son quatrième EP, Retour aux sources, et travaille présentement sur un premier long jeu.

Vous chantez tous les deux en français. Encore là, est-ce un choix conscient?
CB: C’est conscient, dans le sens qu’on est conscients qu’on est fucking poches en anglais. [Rires]

SL: Soyons honnête, ça n’a jamais été un obstacle pour personne.

BP: C’est comme ça que je m’exprime le mieux et j’ai le goût que les gens me comprennent. Je ne suis pas certain en anglais. En français, c’est juste plus simple. Je me sens mieux avec moi-même quand je chante en français.

SL: Du moment que ton projet est habité par une envie minimale de te sonder, de dire quelque chose de puissant, c’est contre-productif de ne pas y aller dans ta langue maternelle. On n’écrit pas juste des paroles pour remplir trois minutes et demie de musique, de guitares et de drums. Je suis pas pire en anglais, mais ce ne serait pas aussi bon. Être conscient que je ne travaille pas à mon plein potentiel en chanson, ce serait ne pas faire honneur à une tradition que je respecte plus que tout au monde.

Est-ce que pour vous la création passe nécessairement par un geste collectif?
SL: Jouer tout seul, c’est ce que j’ai le plus fait dans ma vie, sauf que c’était devant personne. Chaque toune que je présente au band, j’ai dû la jouer 20 fois dans 20 permutations différentes avant de trouver celle qui me plaît. Au final, j’ai fait l’équivalent de 500 shows tout seul dans ma chambre. Je suis capable de le faire seul. Mais je suis vraiment une personne angoissée, donc si je n’avais pas mes trois psychologues/bandmates pour me soutenir, je n’y arriverais pas.

BP: Du point de vue de la création, ça se passe souvent tout seul avec ma guitare. C’est là que je crée le mieux, que c’est le plus efficace. Mais j’aime l’énergie d’un band, j’aime jouer avec du monde. La chanson que je peux jouer tout seul à la guitare, elle peut prendre une énergie différente avec un band. C’est là que je suis le mieux. Ce que j’aime, avec Charles, c’est que je peux arriver avec une petite toune tranquille, et lui, il rend ça rock. Ça donne des dimensions nouvelles.

Est-ce qu’il y a des inconvénients à être dans un groupe?
CB: Ça fait tellement longtemps qu’on se connaît, Benoît et moi, on a fait tellement de musique, ça peut pas être tough, ça peut juste être facile. Mais en même temps, on est un collectif de 2, on n’est pas une PME de 10 personnes!

SL: J’ai trois meilleurs amis et ce sont les trois gars avec qui je fais de la musique. Je pense qu’un bon groupe, c’est comme une meute de loups. Tu travailles simultanément sur deux plans qui sont tous les deux cruciaux: la création, le travail musical, puis l’amitié elle-même. Les deux sont aussi importants et co-dépendants. En même temps, lorsque Fleetwood Mac a enregistré Rumours, ils voulaient tous se décapiter les uns les autres, et c’est l’un des meilleurs albums de pop de tous les temps…

«La persévérance, c’est quelque chose de très important dans la musique, surtout au Québec. Ça peut prendre des années avant de percer. Il faut juste continuer. C’est ce qui détermine si c’est une passion ou un hobby.» – Benoît Philie, membre de Babylones, dont le premier album, Le désorde pour le style, est sorti à la fin de l’été.

Quelles sont vos ambitions pour vos groupes respectifs?
BP: Notre mission, c’est de continuer à faire de la musique, à faire le plus de shows possible, à créer. Écrire des chansons toutes les semaines, pour le reste de ma vie, ce serait ça mon ambition.

SL: Moi, j’aime faire des shows. Et dans mes shows, j’aime ça provoquer des larmes et de la danse simultanément. J’aime répandre ce sentiment-là chez le plus de gens possible. C’est l’ultime catharsis. C’est comme du sport et du théâtre en même temps. Comme aller au hockey et écouter Titanic en même temps.

Les artistes, particulièrement les musiciens, sont souvent dans une situation financière précaire. Comment durer dans ces conditions?
CB: On pratique dans le même local depuis 10 ans. De tous les groupes qui y sont passés, plus du trois quarts n’existent plus. Les gars et les filles de ces bands ne font même plus de musique. Nous, on ne vit pas totalement de notre musique encore, mais on a quand même continué. La persévérance, c’est la clé pour accéder au luxe de ne faire que de la musique.

BP: J’ai mis la musique de côté pendant un certain temps, notamment pour avoir une carrière plus stable. Mais ça ne me rendait pas plus heureux. Je préfère avoir cette instabilité qui me rend encore plus productif créativement. Cette instabilité me force à être discipliné et raisonnable dans ma vie. Plus que si j’avais une discipline qui vient de l’extérieur.

Maudite boisson

Glamour, le monde de la musique indépendante? Pas tellement, selon Charles Blondeau.

«On vénère quand même la débauche dans l’industrie musicale au Québec. Je bois de l’alcool, mais ça me gosse de me faire accueillir par des salles de spectacle qui veulent me payer en caisse de 24 plutôt qu’avec un vrai cachet. Comme si on était des animaux à qui on pouvait fermer la gueule à coups de Boréale Blonde, explique celui qui travaille aussi avec Simon Kingsbury et KROY. Beaucoup d’amis me disent qu’ils n’ont jamais fait de show sobres. C’est quand même fou. Dans les autres disciplines artistiques, le théâtre, le cinéma, on ne boit pas avant d’entrer sur scène ou de tourner un film. Tu vas voir des musiciens travailler et les trois quarts sont chauds raides.»

Babylones et Zen Bamboo seront en spectacle vendredi à 20h30 à la maison de la culture Maisonneuve (4200, rue Ontario Est).

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