Jason Hradi/Collaboration spéciale Laura Pergolizzi, alias LP

L’auteure-compositrice-interprète américaine LP (Laura Pergolizzi de son vrai nom, mais appelez-la par ses initiales) a trimé pendant près de 20 ans avant de connaître le succès critique et populaire qu’elle obtient aujourd’hui. À 37 ans, elle vient de lancer son cinquième album, Heart to Mouth, un condensé d’émotions vives réunies dans 12 titres à la frontière la pop, du folk et du rock.

Comme son titre l’indique, Heart to Mouth s’écoute comme si un fil reliait directement le cœur de la chanteuse à sa musique. Elle décrit elle-même ce chemin comme une autoroute qui lui permet de communiquer ses émotions à l’état pur.

Bien qu’elle se distingue par ses mélodies accrocheuses et sa voix incomparable – qui passe par plusieurs registres, au point où on a l’impression qu’elle chante parfois en duo avec elle-même –, c’est par sa plume que LP s’est fait connaître, notamment en écrivant des succès pour des artistes populaires comme Rihanna, les Backstreet Boys, Cristina Aguilera et Cher.

En 2016, les honneurs sont finalement revenus à cette artiste de l’ombre. Sa puissante ballade Lost on You a été une des chansons les plus recherchées de l’année dans l’application Shazam, tandis que la tout aussi évocatrice Muddy Waters a accompagné l’émouvante finale de la saison 4 de la série Orange is the New Black.

Ce succès tardif ne lui a apporté que du bon, assure l’artiste d’une sincérité désarmante, qui n’hésite pas à employer le mot commençant par «f» à plusieurs reprises en entrevue.

On dit de Heart to Mouth que c’est votre album le plus personnel à ce jour. En aviez-vous beaucoup sur le cœur?
Ce n’est pas particulièrement mon album le plus personnel, c’est plutôt un autre album personnel, je dirais… Je ne suis pas très intéressante, c’est simplement encore la même chose.

Il y a une puissante charge émotive dans votre musique. Comment réussissez-vous à transposer vos sentiments en chansons?
Bien honnêtement, je ne sais pas… C’est le même principe qu’un broyeur dans un lavabo de cuisine: je jette tout dedans, et ça se transforme.

Et comment on se sent en extériorisant toutes ces émotions?
Ça fait du bien! Ça m’était nécessaire. Vous savez, quand des chansons sont vides d’émotion, quand on ne ressent rien, le public s’en rend compte tout de suite. C’est la même différence qui existe entre baiser et faire l’amour. 

«C’est Bob Dylan qui me ressemble, soyons honnêtes! (Rires) Ça ne m’agace absolument pas, Bob Dylan est une fucking légende. Déjà, il n’y a pas grand-chose de cool à faire, d’une façon rock and roll, avec des cheveux frisés comme les miens! Alors j’accepte la comparaison.» – LP, au sujet de la comparaison qui est souvent faite entre elle et Bob Dylan

Vous chantez ouvertement à propos de relations de couple lesbiennes, ce qu’on entend encore rarement dans la musique populaire. Est-ce important pour vous de représenter cette réalité?
Je ne parle pas de relations lesbiennes, je parle de relations, tout simplement. Il s’avère que je suis une femme et que je dis «elle» dans mes chansons… Hé bien, oups! Le chat est sorti du sac. Je parle de relations en général, j’en ai aussi eu avec des hommes. C’est pas mal exactement la même fucking chose. Cela étant dit, tant mieux si ça peut permettre à des personnes de se reconnaître.

L’extrait Recovery compare la fin d’une relation amoureuse à une convalescence. Croyez-vous qu’il est aussi difficile de se remettre d’une peine d’amour que d’une maladie?
Absolument, c’est vraiment une maladie! J’ai vu des hommes que je n’avais auparavant jamais vu exprimer la moindre émotion pleurer toutes les larmes de leur corps lors d’une rupture. Lorsqu’on vit une peine d’amour, on fucking pleure! Ça nous fait ressentir des émotions ­extrêmement puissantes.

J’écris des chansons d’amour parce que, d’une certaine façon, il n’y a que l’amour d’universel. Et je ne parle pas nécessairement d’amour grandiose, profond ou passionnel. Mais tout le monde cherche l’amour, même Donald fucking Trump. Il le cherche dans les poubelles, car c’est un trou de cul. Mais c’est la force qui nous anime tous. Quand on se fait enlever sa source d’amour, c’est comme si on devait soudainement se sevrer d’une drogue dure.

La pochette de votre album est d’un orange éclatant. Qu’est-ce que cette couleur évoque pour vous?
Je sens que cet album représente un nouveau départ. Et comme pratiquement tout ce que j’ai fait depuis le début de ma carrière est dans les tons de noir et de blanc, j’ai voulu changer. J’aime que la couleur orange ne permette pas de détourner le regard. Elle saute aux yeux. C’est comme une explosion d’émotions vives. Et puis, contrairement à d’autres couleurs, l’orange n’est pas associé à une émotion en particulier. Le rouge c’est l’amour, le vert c’est l’envie, l’orange c’est… euh… hum! (Rires) C’est une couleur polarisante, je crois. Les gens aiment ou détestent la couleur orange. Ça me plaît!

Sentez-vous que vous êtes une artiste polarisante?
Peut-être… Je peux sembler polarisante en surface, mais quand on creuse, ce que réussit à faire mon public – qui est incroyable parce qu’il est tellement diversifié –, on passe par-dessus et on voit que c’est juste moi. Le public peut se reconnaître chez moi, même si je suis une gouine vêtue de orange.

Vous êtes reconnue pour votre talent d’écriture. Dans quel état d’esprit êtes-vous quand vous composez une chanson?
Ça varie. Quand j’écris pour d’autres, je n’ai pas le luxe de choisir dans quel état je suis. Quand je me présente à une séance d’écriture, personne ne me demande: «Te sens tu inspirée aujourd’hui?» ou ne me dit: «Je veux que tu te sentes bien à l’aise.» Ça, c’est ce qu’ils disent à la vedette. Aux auteurs, ils disent: «Salut tas de merde, installe-toi et ponds une chanson!» C’est comme à l’école, les profs ne demandent pas aux élèves s’ils ont envie d’apprendre. Quand est-ce que c’est arrivé? Donc, je suis devenue très bonne pour «pleurer sur commande», que ça me tente ou non.

J’imagine que c’est différent quand vous écrivez vos propres chansons?
Hum… C’est un peu la même chose, mais pour mes chansons, je porte une plus grande attention aux détails. Je fais plus de finition, je suis très minutieuse, je m’impose des paramètres très spécifiques. Quand j’écris pour d’autres artistes, je suis un peu moins pointilleuse.

Écrivez-vous toujours pour d’autres maintenant que vous avez plus de succès?
Oui. Je suis un peu trop occupée ces jours-ci, mais je continue de le faire, j’aime ça. C’est une belle façon de prendre des vacances de moi-même, de mes préoccupations, de mon quotidien… Ça me fait parler d’autre chose que de moi et de ma fucking vie. Et c’est bien de voir ce que les autres en font.

Ça vous a pris du temps avant d’obtenir la reconnaissance que vous avez aujourd’hui. Quelle différence ça fait d’avoir connu le succès plus tard dans votre carrière?
C’est incroyable et c’est très précieux, parce que ça me donne du recul. J’ai travaillé avec beaucoup de gens qui ont connu du succès sans avoir conscience de ce que ça prend pour réussir et pour que ça dure. C’est souvent dans ces cas-là que les choses tournent mal. Ça me permet de comprendre à quel point c’est difficile, et à quel point je suis chanceuse, et d’apprécier ce qui se passe. Ça n’a pas de prix. C’est immense de pouvoir avoir autant de marques d’appréciation de son vivant, c’est très cool. J’ai souvent vu des artistes très jeunes perdre complètement la boule en raison du succès, au point où ils ne pouvaient même pas en profiter. C’est dommage.

Donc, vous n’avez aucun regret?
Non, aucun regret du tout. Je suis comme Frank Sinatra!

Infos

LP sera en spectacle au MTelus le 11 février.

L’album Heart to Mouth est disponible.

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