MONTRÉAL – Et de trois: pour la troisième fois en autant d’années, un film québécois est sur les blocs de départ pour la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Cette année, c’est le film «Rebelle» qui s’est taillé une place parmi les cinq finalistes. Et son réalisateur, Kim Nguyen, ne sera pas le seul Québécois à fouler le tapis rouge, puisque Yan England a lui aussi mérité une mise en nomination pour son court métrage «Henry».

Dans les bureaux montréalais de la maison de production Item 7, c’était l’euphorie, jeudi matin, lorsque l’animateur de la soirée des Oscar, Seth MacFarlane, a prononcé les mots «War Witch» (le titre de la version anglaise de «Rebelle») en présentant les nominations en direct de Los Angeles.

«C’était la folie furieuse ici! On avait convié tous les membres de l’équipe de ‘Rebelle’. (…) Le seul qui s’est fait tirer l’oreille, c’est Kim, qui voulait être dans un petit café, tout seul en train d’écrire un autre scénario (…) Mais on l’a évidemment conscrit», a lancé le producteur Pierre Even en conférence téléphonique.

Kim Nguyen s’était montré réticent à être de la partie, car l’angoisse le rongeait.

«Il y avait beaucoup d’attentes par rapport à ce film et les nominations aux Oscar (…) Ça se termine en beauté», a-t-il dit avant de se raviser: bien, en fait, c’est pas encore fini, mais… quelle belle nouvelle inimaginable.»

Le cinéaste et ses producteurs ont confiance en leur «Rebelle», qui a eu une carrière prolifique dans les festivals.

Le long métrage a été primé à l’étranger, notamment à la Berlinale et au Festival du film de Tribeca, et la jeune actrice congolaise Rachel Mwanza, l’interprète principale du film, a remporté le prix de la meilleure actrice dans ces deux festivals.

«On est très conscients des défis, mais on n’aurait jamais fait le film si on n’avait pas pensé qu’on allait vaincre contre toutes les adversités possibles», a fait valoir M. Nguyen, qui signait avec «Rebelle» un quatrième film.

«On est très conscients que c’est David contre Goliath. Mais parfois David gagne», a poursuivi le réalisateur.

Goliath, dans ce combat cinématographique, est incarné par l’oeuvre «Amour». Signé Michael Haneke, le long métrage a remporté la Palme d’or à Cannes et il est considéré par de nombreux critiques de cinéma comme le grand favori — d’ailleurs, en plus d’être cité dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, il est finaliste dans celle du meilleur film.

«Tout le monde sait qu »Amour’ est le favori, on ne s’en cache pas, mais là il est en nomination dans deux catégories, on pense que ça peut nous aider, peut-être», a souligné Pierre Even.

C’est la troisième année consécutive qu’un film signé par un Québécois se retrouve dans les hautes sphères de la planète cinéma à Hollywood.

Au cours des derniers jours, Kim Nguyen s’est d’ailleurs tourné vers ses prédécesseurs, les réalisateurs Philippe Falardeau et Denis Villeneuve, afin d’obtenir des conseils.

Ceux-ci lui en ont fourni deux: d’abord, de débarquer à Hollywood avec un bon film, mais ensuite, de donner une chance à la chance en s’alimentant de céréales Lucky Charms.

«J’ai demandé à ma fille de faire la même chose; je l’ai forcée, elle m’a dit que c’était trop sucré, mais je lui ai dit: ‘Mange tes Lucky Charms sinon papa ne va pas aux Oscar!’»

Impossible de savoir si les céréales riches en fructose et ses guimauves multicolores y sont pour quelque chose dans la nomination de «Rebelle».

Mais les qualités cinématographiques de l’oeuvre, elles, ne sont certainement pas passées inaperçues aux yeux du comité de sélection, selon les producteurs.

«C’est un sujet qui a été traité auparavant au cinéma, mais jamais de la façon dont Kim l’a fait», a suggéré Marie-Claude Poulin à l’autre bout du fil.

«Tout le monde, quand on leur parlait du sujet, s’attendait à un film lourd, difficile, mais le film les surprend par la façon dont Kim a traité son sujet et la façon dont il a été filmé, mis en scène, acté», a complété son collègue Pierre Even.

Yan England à Hollywood

Kim Nguyen n’est pas le seul cinéaste québécois à avoir eu la main heureuse jeudi: le court métrage «Henry», de Yan England, a été sélectionné comme finaliste dans sa catégorie.

Le comédien et réalisateur était toujours sous le choc, jeudi, après avoir appris la nouvelle alors qu’il coanimait son émission de radio matinale.

Yan England, qui a habité cinq ans à Los Angeles, admet avoir toujours regardé du coin de l’oeil les mythiques marches rouges du Kodak Theater — rebaptisé depuis Dolby Theatre —, où se déroule la cérémonie des Oscar.

«J’allais un peu rêvasser devant ça, a-t-il raconté en conférence téléphonique. Je me suis toujours refusé de monter ces marches-là, parce que je me suis toujours dit: si un jour, j’ai l’infime possibilité de pouvoir les monter, je les monterai en tant que nommé aux Oscar.»

Il pourra dire mission accomplie au lendemain du 24 février, date à laquelle aura lieu la 85e cérémonie des Oscar. La soirée sera pilotée par le créateur de la série d’animation humoristique «Family Guy», Seth MacFarlane.

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