Collaboration spéciale Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier et Isabelle Nélisse dans Mama

Cinéaste qui nous a donné des œuvres aussi marquantes que poétiques, comme Le Labyrinthe de Pan ou les deux volets de Hellboy, Guillermo del Toro est également un producteur influent qui associe souvent son nom aux projets de réalisateurs débutants. «Dans la carrière d’un cinéaste, les œuvres les plus importantes sont le premier et le dernier film. Et j’aime beaucoup mieux produire le premier que le dernier!» s’esclaffe-t-il au bout du fil. Le prolifique producteur mexicain fait cette fois équipe avec Andrés Muschietti qui, avec le film d’horreur Mama, signe son premier long métrage.

Sympathique et généreux, del Toro nous parle de ce projet auquel il a collaboré intensivement et qui met en scène des planchers qui craquent, des enfants qui disparaissent et Jessica Chastain dans le rôle d’une rockeuse.

Dans le film – qui nous a fait drôlement peur –, l’horreur n’est ni brutale, ni graphique, ni violente. Vous avez plutôt incorporé des éléments classiques, comme la lumière qui clignote et les enfants qui chantent doucement dans le lointain. Trouvez-vous ces choses beaucoup plus terrifiantes que le gore pur?
De nos jours, les deux choses que les réalisateurs de films d’horreur mettent de l’avant, c’est ou bien la violence extrême, ou bien le found footage [les archives retrouvées, comme dans Blair Witch Project ou Paranormal Activity]. Et moi, je ne m’intéresse ni à l’une ni à l’autre. Ce qui m’a plu dans le projet Mama, c’est que l’approche d’Andy est néo-classique. En gros, c’est un film de maison hantée, mais avec de l’élégance, des performances d’acteurs soignées et un gars derrière la caméra qui s’intéresse non seulement au style, mais aussi à la substance. Ç’a été une expérience très gratifiante.

Vous dites parfois que «la famille est source des plus grandes joies… et des pires horreurs». Mama est une autre preuve de ce dicton, non?
Exactement! Lorsqu’on dit [dans l’accroche publicitaire du film] qu’une «mère aime pour toujours», ça peut être vu soit comme une belle promesse, soit comme une terrible menace! (Rires) Ce qui me plaisait avec le fantôme de Mama, c’est qu’il représente ce qui arrive quand quelqu’un aime de façon si obsessive que ça devient suffocant.

L’histoire commence avec un drame familial. Un père qui veut s’enlever la vie tente d’abord de prendre celle de ses deux petites filles. En se préparant à agir, il dit d’ailleurs : «Les mamans et les papas, ils essaient très, très fort, mais des fois, ils échouent.» Cette scène, tristement actuelle, vous a-t-elle été inspirée par ce que vous avez pu voir aux nouvelles?
Dernièrement, il y a eu beaucoup de cas de gens qui ont tout perdu et qui ont eu recours à un type de meurtre tragique : l’infanticide. Ils ont dit avoir agi ainsi «pour que les enfants ne souffrent pas». C’est horrible que quelqu’un pose un geste aussi extrême. Nous voulions commencer par une expérience tout aussi extrême, avec un père qui a tout perdu et qui pense qu’en raison de cela, ses filles sont mieux de mourir.

Une autre forme d’amour obsessif?
Oui, tout à fait.

Dans Mama, on apprend qu’un fantôme, c’est «une émotion tellement tordue qu’elle a perdu sa forme initiale». Est-ce une définition que vous approuvez?
C’est moi qui l’ai écrite, cette définition! (Rires) Oui, absolument, je suis totalement d’accord. Je trouve que c’est exactement ça, un fantôme! Ce n’est pas un être complexe. C’est plutôt l’incarnation menaçante d’une seule émotion.

Il y a un côté très rock à ce film. Le personnage de Jessica Chastain, bien sûr, qui porte des t-shirts des Misfits, et la bande-son, sur laquelle on retrouve Jack White. Comme prémisse, ça fait changement des films d’horreur avec des ados blonds et magnifiques qui vont faire la fête. Trouviez-vous que cela permettait au public de mieux se reconnaître dans les personnages?
En fait, lorsque l’histoire commence, les personnages de Jessica et de Nikolaj [Coster-Waldau, qui joue son amoureux] sont encore des ados dans leur tête, malgré leur âge. Jessica est incapable de concevoir qu’elle pourrait prendre soin de quelqu’un d’autre que d’elle-même lors­qu’elle se voit obligée d’accueillir chez elle les nièces de son copain. On a d’ailleurs fait très attention à ce qu’elle ne devienne pas une figure maternelle pour les deux petites filles [incarnées par Megan Charpentier et la Québécoise Isabelle Nélisse]. C’était important pour Andy et moi qu’au départ elle soit une femme un peu froide, très extrême, qui ne veut personne d’autre dans sa vie et qui, avec le temps, finit par aimer ces enfants.

Justement, au sujet des enfants, la jeune actrice de Pan’s Labyrinth disait autrefois que «le film avait été super à tourner, mais très épeurant à regarder». Était-ce encore le cas avec les jeunes actrices cette fois-ci?
Je ne sais pas encore comment les petites filles ont réagi au film, mais c’est vrai que la plupart des gens s’inquiètent de voir des enfants prendre part à des tournages. Pourtant, ce n’est pas inquiétant! Sur le plateau, ils s’amusent, ils voient ici un gars avec une drôle de perruque, là un gars avec un costume un peu ridicule… Tourner, c’est amusant! Regarder, c’est autre chose.

On sait que vous n’aimez pas les films d’horreur qui finissent par trop en révéler sur les causes du mystère. Est-ce un élément que vous avez insufflé à Mama? Parce que l’explication arrive seulement à la fin…
Oui et, même là, on ne vous donne que des parcelles d’explication, afin que vous puissiez construire votre propre interprétation! Plusieurs questions finissent par rester ouvertes et ça, c’est une règle d’or en matière de films d’horreur pour moi. Je crois que, pour que la peur existe, il faut du mystère. Sans mystère, il n’y a pas de peur.

Dans le film, il y a un fantôme sous le lit ou caché dans l’armoire… Toutes ces choses qui nous font peur lorsqu’on est petit. Croyez-vous, du coup, que la peur est universelle?
Je pense que certaines peurs sont universelles, oui, mais que d’autres ne le sont pas. Reste que LA peur, en tant que telle, est universelle.

Outre la frayeur, bien sûr, qu’aimeriez-vous que les gens ressentent en voyant Mama?
Vous savez, nous avons essayé que le tout soit très esthétique et que ça ne ressemble pas à un film d’horreur normal. Par exemple, la fin est très originale! Elle est davantage digne d’un conte de fées poétique que d’un film d’horreur. Je trouve qu’Andy a adopté une approche unique. Avec un peu de chance, les gens sortiront du film apeurés, mais aussi, je l’espère, émus.

Mama
Réalisé par Andrés Muschietti et produit par Guillermo del Toro
En salle dès vendredi

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