Lindsey Byrnes Les jumelles Tegan et Sara

Les rockeuses indie canadiennes Tegan et Sara affichent de grandes ambitions sur Heartthrob, un nouvel album de pop des plus léchées.

Après 6 albums et 13 années couronnées de succès sur la scène indépendante, les sœurs jumelles Tegan Rain Quin et Sara Keirsten Quin, originaires de Calgary, s’apprêtent à tourner une nouvelle page de leur collaboration musicale. Sur Heartthrob, leur nouveau disque, les deux frangines délaissent l’indie-rock intimiste et le folk aux jolis accents emo qui les a mises sur la map – et qui a fait le grand bonheur de téléséries américaines comme Grey’s Anatomy, The L Word et GIRLS. Cherchant très ouvertement à renouveler leur public et à courtiser les radios commerciales, les sœurs Quinn s’adonnent pour la première fois à une synth-pop ambitieuse, aux arrangements plus soignés et à la facture léchée.

L’idée a d’abord germé dans leur esprit en 2008, se souvient Sara lorsqu’on la joint à New York, où les répétitions en vue de leur tournée nord-américaine tirent à leur fin. Après avoir participé au festival Bonnaroo à la demande de l’incontournable producteur de trance Tiësto (le David Guetta de la Hollande), c’était indéniable : elles avaient eu la piqûre. «Bonaroo a été une de nos plus belles expériences en live, tellement c’était différent de tout ce que nous avions vécu. En constatant le mariage réussi de nos voix et de cette musique, ça nous a donné le goût de composer de la pop plus grandiose, un peu à l’image de Robyn, d’Alicia Keys et du producteur The Dream.»

C’est alors qu’elles ont fait appel au super-producteur Greg Kurstin, reconnu pour avoir appliqué sa recette gagnante aux stars du firmament pop que sont Ke$ha, P!nk, Kelly Clarkson et Lily Allen. «Lorsque tu rencontres quelqu’un dont le CV regorge de succès hyper pop, c’est normal de se remettre en question, de se demander si on prend un virage trop radical. Mais on a rapidement compris qu’on voyait les choses du même œil! On n’était pas à la recherche de quelqu’un pour nous dire : ‘‘J’ai enregistré pour Kylie Minogue, alors ne vous en faites pas, je vais appliquer la même formule à vos chansons.’’ Ce ne fut heureusement pas le cas avec Greg! »

Ces nouvelles chansons ont beau avoir des mélodies accrocheuses et des arrangements musclés, les filles n’ont pas pour autant abandonné les thèmes qui leur sont chers : les peines amoureuses et les désirs non assouvis. Et ce, même si elles se disent toutes deux très épanouies en amour. «Je ne qualifierais pas mes textes de fiction, mais c’est surtout ce type de sujet qui m’intéresse, précise Sara. Chanter à pleins poumons à propos de grands bonheurs romantiques, très peu pour moi! Je trouve infiniment plus intéressant de replonger dans certains de nos moments émotifs les plus douloureux. Surtout qu’on se demande sans cesse si on sera appelé à les revivre un jour… C’est ce cycle de la vie qui me fascine comme artiste. Je ne pense jamais m’en lasser! »

Deux poids, deux mesures: Homophobie, misogynie, hypocrisie
Tegan et Sara ne se sont jamais gênées pour dénoncer l’hypocrisie du deux poids, deux mesures qui se manifeste encore beaucoup trop souvent, à leur avis, lorsque des artistes au discours haineux comme le rappeur Tyler, The Creator sont pourtant encensés par l’industrie. Sara, qui se souvient d’une époque où les médias ne s’intéressaient qu’à l’homosexualité des sœurs jumelles, reconnaît que le chemin parcouru en 13 ans est énorme. «Il y a eu beaucoup de progrès, mais je crois qu’il existe toujours dans l’industrie un discours misogyne, des propos très offensants sur le viol et une homophobie qui est institutionnelle, puisque bien des gens ne reconnaissent même pas qu’ils y participent. Ce qui me dérange le plus, c’est que des gens considèrent encore ça inacceptable de mépriser certains groupes, mais pas certains autres.»

Heartthrob
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