Quand on est un homme, écrit-on de la même façon lorsque notre personnage principal est une femme? Dans son dernier roman, La femme au miroir, Éric-Emmanuel Schmitt a dû admettre que non… trois fois plutôt qu’une. Il y raconte en parallèle les histoires de trois femmes, l’une vivant à Bruges à la Renaissance, la seconde à Vienne au temps de Freud, et l’autre à Hollywood de nos jours. Trois femmes dont les destins semblent étrangement liés… «Je n’ai jamais écrit avec autant de sensualité et de corps que dans ce livre, croit-il. C’est très curieux. Je pense qu’on a tous intérêt à exploiter le féminin et le masculin en nous. Les usages font qu’on déve­loppe l’un ou l’autre, et ce faisant, on s’ampute, on reste à l’abri d’une exploration du monde passionnante et intéressante. L’écriture, ou la lecture, permet de se livrer enfin à l’analyse de l’autre continent.»  Métro s’est entretenu avec l’écri­vain français à quel­ques jours de son passage au Salon du livre de Montréal.

Quelle est la genèse de La femme au miroir?
Le point de départ, c’était de faire un portrait de l’éternel féminin, de la beauté et de la difficulté d’être une femme. Je trouve que la nature est très généreuse avec les femmes, alors que la société est très avare. La nature est généreuse puisqu’elle leur offre la possibilité de la maternité. Pour nous, hommes, la paternité n’est pas une expérience vécue dans notre corps, dans notre chair. Mais la société est avare, puisqu’à toutes les époques, on veut réduire les femmes à leur rôle d’épouse, de mère ou d’objet de plaisir.

Dans votre livre L’évangile selon Pilate, vous avez écrit : «La seule chose que nous apprend la mort est qu’il est urgent d’aimer». Le même constat vaut pour La femme au miroir. Vous écrivez toujours au sujet de l’amour?
Semble-t-il! Il y a récem­ment eu, en France, un sondage qui a été réalisé par le Figaro pour savoir qui étaient les écrivains français contemporains qui parlent le mieux d’amour. J’étais dans les cinq choisis, et ça m’a beaucoup surpris, parce que j’ai assez peu écrit sur la relation amoureuse… mais en fait, je parle tout le temps d’amour. Effectivement, mes trois héroïnes ici sont disposées à aimer. Elles sont rebelles, pas du tout par tempérament, mais par nécessité. Elles sont tournées vers les autres, aimantes, généreuses… et ce sont les hommes et les esprits de leur époque qui ne sont pas prêts pour elles. Mais attention : je ne voulais pas dire que la solution de la vie soit de se passer d’amoureux!

En lisant ce genre de roman, au fil de l’intrigue, on a souvent hâte de retrouver les per­sonnages parallèles. Était-ce aussi votre cas en écrivant?
Oui! J’ai écrit dans le même ordre que le public lit le roman. Je voulais que mon cerveau découvre les informations en même temps que celui du lecteur allait les enre­gis­trer, pour être sûr qu’il y ait des effets de reflet d’une femme à l’autre, qu’il y ait des correspon­dances. Ça m’a pris beaucoup plus de temps que si j’avais fait autrement! Mais j’adorais ressentir cette impatience.

Est-ce que vous savez au fur et à mesure où vont vos personnages, ou vous laissez-vous surprendre par eux?
Je sais comment ça finit, où j’ai rendez-vous; et au milieu de tout ça, j’essaie de me surprendre. À
l’occasion, je suis simplement obligé d’obéir aux personnages. Parfois, ils s’imposent, et il faut alors les laisser vivre.

Éric-Emmanuel Schmitt
Salon du livre de Montréal
Demain de 19 h à 20 h
Vendredi de 19 h à 21 h Samedi et dimanche de 13 h à 15 h

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