Métropole films Lambert Wilson et Fabrice Luchini sont à la fois amis et adversaires dans Molière à bicyclette (Alceste à bicyclette en France).

Philippe Le Guay fait équipe avec Fabrice Luchini pour une quatrième fois dans Molière à bicyclette, un film dont le comédien lui-même a inspiré la prémisse au cinéaste.

On se souvient du succès qu’a connu, il y a deux ans, la collaboration entre Fabrice Luchini et Philippe Le Guay pour Les femmes du 6e étage. Et pourtant, convaincre le comédien d’embarquer dans le projet n’avait pas été une mince affaire. «Il n’arrêtait pas de perdre le scénario partout où il allait, dans le taxi, au restaurant, relate Le Guay. Finalement, au bout d’un mois, je suis descendu lui porter le scénario du film à l’île de Ré.»

Alors que le réalisateur et le comédien se baladaient à vélo à l’occasion de ce séjour, Philippe Le Guay avait fait remarquer à Luchini qu’il vivait «comme un misanthrope, tout seul au bout de son île». Et ce simple mot a «déclenché» l’acteur, qui s’est mis à réciter la scène 1 de l’acte 1 du Misanthrope de Molière, qu’il connaît par cœur – en fait, «il connaît presque toute la pièce par cœur, sans jamais l’avoir jouée au théâtre, pourtant», précise Le Guay. «Et c’est là que j’ai vraiment vu la rencontre du théâtre et du cinéma, explique le réalisateur. On était sous les nuages, avec les mouettes, le soleil couchant, les marais… mais en même temps, je voyais un acteur qui disait un texte avec toute la théâtralité des alexandrins et de la scénographie de Molière. Et je me suis dit : “On a un film.”»

C’est ainsi que Luchini en est venu à incarner, dans Alceste à bicyclette (devenu Molière à bicyclette au Québec), Serge Tanneur, un ancien acteur qui s’est retiré du métier et vit en ermite sur l’île de Ré. Jusqu’à ce qu’un autre comédien, la vedette du petit écran Gauthier Valence (Lambert Wilson, que Le Guay a choisi pour son aisance autant comme acteur de scène que de cinéma), vienne lui faire une proposition : retrouver les planches pour jouer avec lui Le misanthrope, de Molière. Afin de convaincre Tanneur, les deux acteurs répéteront en incarnant à tour de rôle le personnage d’Alceste (le misanthrope du titre) et de son ami Philinte. Une collaboration qui mettra en lumière leurs démons et leurs insécurités respectives par rapport à leur métier, et qui mettra aussi à l’épreuve leur amitié.

«Au fond, l’argument est très simple : un type vient en trouver un autre pour lui demander de jouer avec lui, et à partir de là, est-ce qu’il va accepter ou non? résume Philippe Le Guay. À partir de là, il y a un rapport de forces qui s’installe, avec même parfois une certaine cruauté, de la manipulation, de la séduction. Un souci très fort que j’avais, c’était d’instaurer un climat de légèreté, de creuser les rapports entre les deux personnages de façon à ce qu’il y ait à la fois une complicité et un affrontement entre eux. Et que l’histoire tienne entre les deux même si on n’a jamais entendu parler de Molière et du Misanthrope.»

Il y avait aussi derrière le film une envie de rendre hommage à son acteur fétiche. «C’est notre quatrième film ensemble, et c’était un peu comme le couronnement de cette collaboration qui, je l’espère, n’est pas finie, s’exclame Philippe Le Guay. Et je trouvais bien que, pour une fois, Fabrice soit associé à un projet qu’il a nourri avec sa personnalité, parce que, même si Serge Tanneur n’est pas lui, il y a beaucoup de lui dans le personnage.»

L’envers de la médaille
Molière à bicyclette rend hommage aux acteurs, mais se penche sur certains aspects moins reluisants de leur réalité – l’envie de l’autre, la honte des contrats plus alimentaires… Cependant, Philippe Le Guay soutient que le regard qu’il pose sur ses collègues ne doit pas être perçu comme une critique.

«Même les acteurs qui ont bien réussi gardent une fragilité, et une exigence envers eux-mêmes aussi, souvent, observe-t-il. Ils ont l’exigence de la note juste. Ils y mettent quelque chose de leur vie. Tout à coup, il n’y a rien de plus important au monde que de bien dire un vers. C’est beau, il y a une forme de noblesse là-dedans. C’est pour ça que j’avais envie d’aller de l’autre côté, dans la cuisine, de voir comment ils fabriquent les essais, les sentiments, comment ils travaillent le rythme… cette face cachée. On voit toujours le résultat et très rarement la fabrication. Et j’avais envie que le public se rende compte de l’exigence et des difficultés qu’ils peuvent rencontrer.»

Molière à bicyclette
En salle dès vendredi

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