Metropole films Épaulé par sa famille, Luciano (Aniello Arena) se lance dans une quête de succès, de reconnaissance, de fausse Reality.

Avec Reality, Matteo Garrone voulait explorer les thèmes de l’illusion, du capitalisme, du destin. Mais beaucoup n’y ont vu qu’un commentaire somme toute léger sur l’univers de la téléréalité. «C’est un film qui a été très incompris», déplore le cinéaste et scénariste italien.

«L’Italie est un pays rempli de contradictions, affirme Matteo Garrone. Bon, d’accord, la plupart des pays occidentaux le sont! Mais chez nous, les liens que la population entretient avec la télévision sont probablement plus forts et plus viscéraux que n’importe où ailleurs. C’est une contagion. Avec mon film, je voulais montrer cette relation malsaine qui affecte notre société. Tous ces gens qui pensent qu’ils existent uniquement le jour où on les voit à la télé.»

Comme Gomorra, qui nous plongeait dans l’univers du crime organisé, Reality a valu à Garrone le Grand Prix du jury à Cannes. En apparence, l’histoire de Reality semble simple. Et plausible. «C’est réellement arrivé à un de mes proches», confirme Garrone. Pourtant, les couches de sens qui composent cette comédie noire sont vastes.

Poussé par sa famille insistante, ses filles, ses cousines, ses amis, Luciano, propriétaire modeste d’une poissonnerie, décide de participer aux auditions de Big Brother. Gentil magouilleur qui n’a pas peur de faire le clown, ce Napolitain a du bagout et de la motivation. Mais ce qui le motive tout particulièrement, c’est Enzo, un ancien participant de Big Brother qu’il croise parfois. Dans un mariage, au centre commercial, dans une fête endiablée où il vole par-dessus la foule (!). À chacune de ces rencontres éclair, Enzo lui lance le mantra des gagnants : «Never give up!» «N’abandonne jamais!»

Soudain, ce qui n’était que le rêve de ses enfants et de ses cousins devient un but à atteindre pour Luciano. Coûte que coûte. «Le rôle que la famille joue dans cette histoire est très important!» affirme Garrone. Car la pression que le clan met sur les épaules de l’aspirant candidat devient vite insupportable pour lui. Et Luciano commence à perdre ses repères, son esprit, le soutien de sa famille.

Les spectateurs pourront d’ailleurs voir le moment précis où cette rupture se produit. Chez le personnage, comme dans le ton du film. C’est lorsque Luciano est appelé pour passer l’audition officielle afin de participer à l’émission au célèbre studio Cinecittà. En sortant de son entretien, qui au final aura duré une petite dizaine de minutes, il lance à sa femme, extatique : «J’ai raconté des choses à ces juges que je n’ai jamais racontées à personne!» À partir de là, c’est le point de non-retour. La légèreté cède la place à l’ambition dévorante, le jeu devient vraiment dévastateur. «Devant ces gens, la confiance que Luciano a en lui s’évapore complètement, remarque Garrone. Il sent qu’il doit s’inventer un personnage. Devenir quelqu’un d’autre. C’est le début de la tragédie. À partir de ce moment, il commence à perdre son identité et à s’enfoncer dans un cauchemar. J’aime cet aspect du récit. C’est cette scène, cet instant précis, qui m’a vraiment donné envie de raconter cette histoire.»

Reality
En salle dès vendredi

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