Brian Bowen Smith Ethan Hawke

«Tiens, si on s’donnait rendez-vous dans 10 ans», chantait Patrick Bruel. Jesse et Céline, les amoureux incarnés par Ethan Hawke et Julie Delpy, ont visiblement suivi son conseil, se retrouvant à l’écran chaque décennie depuis Before Sunrise. Tradition oblige, toujours sous la direction de Richard Linklater, ils nous reviennent aujourd’hui dans Before Midnight. Ensemble, heureux. Ou peut-être pas tant que ça… Le point avec M. Hawke.

Dans le film, vous faites rigoler et rager votre femme en prenant les accents italien, espagnol, français et même soufflé à l’hélium. Lequel allez-vous prendre aujourd’hui?
Portugais, ça vous convient? (Rires)

Est-ce que vous n’en pouviez plus de tous ces fans de Before Sunset et de Before Sunrise qui vous demandaient : «Quand est-ce que le prochain va sortir? Quand???» Vous avez fini par craquer?
Exactement. On s’est dit : assez! Faisons un nouveau volet!

Le film s’ouvre sur une scène où Jesse [que vous personnifiez] dit au revoir à son fils, à l’aéroport. Que la première scène soit familiale plutôt qu’amoureuse, c’était primordial pour vous?
Oui! Lorsque le deuxième film s’achève, on pense que Jesse est amoureux de cette femme française, et on sent (et on espère!) qu’il ne va pas monter dans son avion. On trouvait ça important que le troisième film aborde de front les conséquences de sa décision. Tout au long de notre vie, on se fait répéter à quel point il est important de suivre nos rêves, ce qui est une bonne chose, mais ça ne signifie pas qu’on peut le faire sans qu’il y ait de conséquences. Et, qui plus est, de conséquences douloureuses!

Les deux premiers volets présentaient une vision plus romantique d’un amour possible, impossible. Before Midnight est beaucoup plus réaliste. Une vision influencée par le temps qui a passé et par votre vécu à tous les trois?
En fait, on s’est dit que ce serait une escroquerie de tenter de faire le même film une troisième fois. Il fallait qu’il soit vraiment différent. Lorsqu’on écrivait, on essayait de répondre à la question : «Qu’est-ce qui arrive lorsqu’on obtient ce qu’on veut?» Parce que Jesse a tout eu : une carrière prometteuse, la femme de ses rêves. Super. Mais maintenant, qu’est-ce qu’il va faire? Est-ce qu’il veut encore la même chose? C’est une question plus complexe que celles abordées dans les deux premiers.

Était-ce important pour vous que Céline et Jesse aient encore des choses à se révéler l’un à l’autre? Je pense à cette histoire de chatons que Céline raconte dans l’auto ou aux confidences durant la scène du souper…
Il fallait trouver un équilibre. Un des plus grands défis, lorsqu’on écrit un film sur un couple qui est marié depuis neuf ans, c’est qu’ils savent tout l’un sur l’autre. Dans les deux premiers films, c’étaient pratiquement des inconnus. Tout ce qu’ils se disaient était neuf, étonnant. Maintenant, plus du tout! En même temps, peu importe combien de temps on connaît quelqu’un, il y a toujours des choses qu’on ne sait pas!

Ambiance
«Je sens que, par accident, on est tombés sur quelque chose d’original avec ce concept», avance Ethan Hawke.  / collaboration spéciale

Céline lance : «On pense qu’au cours de notre vie, on évolue, mais au fond, on ne change pas tant que ça.» Le croyez-vous aussi?
Oh, oui! Je le crois! J’adore cette réplique! Vous savez, la chose plaisante lorsqu’on écrit ces films, c’est qu’on s’enferme dans une pièce, on se raconte des histoires et on se fait rire. On se dit que, si on croit vraiment à Jesse et Céline, les spectateurs pourront mieux s’y identifier.

Il y a cette image très forte de Jesse et Céline marchant lentement – et longuement! – vers leur hôtel sur un chemin sinueux, avec des bosses, des escarpements… Une métaphore de la route et des épreuves qu’ils ont traversées au cours de toutes leurs années ensemble?
Ouais… avec toutes ces ruines qu’ils croisent, toutes les roches… Pour parler du temps qui passe, il n’y a pas meilleur décor que la Grèce! Tout est là : les souvenirs du passé, de toutes les guerres, de toutes les grandes histoires d’amour…

Il y a même des chèvres…
Même des chèvres, oui! (Rires)Pour la petite histoire, lorsqu’on écrivait Before Sunrise, on est allés voir une comédie romantique. Ça s’appelait The Clock, je crois, et il y avait plein de petits animaux mignons dedans. Des chatons. Ou des chiots. Quelque chose comme ça. On a alors imaginé une théorie étrange selon laquelle aucune idylle ne se passe d’animaux. Dans Before Sunrise, il y a des lapins, dans Before Sunset, un chat… et maintenant, des chèvres. Le thème animalier est récurrent!

Votre personnage [qui est écrivain] explique à ses amis que, dans son prochain roman, il veut mettre en scène un homme qui a sans arrêt des déjà-vu. Avez-vous personnellement été victime de ce drôle de phénomène?
Vous savez quoi? Cette idée a directement été inspirée par la trilogie! Car travailler à ces films peut avoir l’effet d’un déjà-vu. On se dit : attends, n’ai-je pas entendu cette histoire quelque part? C’est différent, les personnages sont plus vieux, c’était dans une autre ville, mais… j’ai déjà vu ces deux amoureux marcher dans la rue. Enfin, c’est comme un rêve!

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Hawke vu par Hawke

Dead Poets Dead Poets Society (1989)
Lorsqu’on lui demande quels projets de sa filmographie lui tiennent le plus à cœur, l’acteur nomme d’emblée le classique de Peter Weir, avec Robin Williams, carpe diem. «J’étais si jeune! C’était une expérience si marquante!»
GattacaGattaca (1997)
«Gattaca fait vraiment partie de mes préférés!» dit l’acteur à propos de ce film de science-fiction réalisé par Andrew Niccol. Un tournage lors duquel Hawke a rencontré sa future ex-femme, Uma Thurman.
Training-DayTraining Day (2001)
«Un tournant dans ma carrière! J’ai adoré travailler avec Denzel. C’est si rare de faire un bon film à Hollywood! Alors, d’en faire un excellent et d’en être aussi fier que je le suis encore, c’est un miracle!»
Before the Devil Knows You're DeadBefore the Devil Knows You’re Dead (2007)
«Finalement, je n’oublierai pas que c’était un honneur de jouer dans le dernier film de Sidney Lumet…»

Before Midnight
En salle dès vendredi

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