Jean Bernier/Radio-Canada Dans le froid hivernal de Série noire, François Létourneau et Vincent-Guillaume Otis interprètent deux scénaristes qui vont pousser leurs recherches d’écriture un peu trop loin...

Écrite par Jean-François Rivard et François Létourneau, le tandem qui nous a donné la série-culte Les Invincibles, Série noire n’est pas «Les Invincibles 4». Mais elle a le potentiel de vous réconcilier avec ce fait.

Série noire, c’est l’histoire de deux scénaristes incarnés par François Létourneau et Vincent-Guillaume Otis. Deux scénaris­tes fin trentaine, à l’«ambition infinie, mais au talent plus limité», qui viennent de clore la première saison de leur série, La loi de la justice. À la télé, on projette les dernières scènes de leur création. La loi de la justice, donc. Papapam. En quelques minutes de leur – disons-le – navet, les événements débou­lent : suicide, enlèvement, pour­suite, sexe, flashback, mort, empoisonnement, accident de voiture, autre mort. Honnêtement, c’est plutôt nul.

Devant l’écran avec son amoureuse (Edith Cochrane), Denis-le-scénariste la prie de lui donner un adjectif pour décrire sa grande finale. «C’était… incongru», dira sa blonde. «C’était…incongru», écrira le lendemain la critique montréalaise, dévastatrice.

Chance? Malédiction? Même si les médias de la métropole n’ont cessé de démolir le travail des deux comparses tout au long de leur première saison, il s’avère soudain que Le Courrier de l’Estrie ne tarit pas d’éloges pour La loi de la justice. CKOX Radio-Témiscamingue aussi. Et grâce «aux cotes d’écoute en région qui n’ont cessé de grimper», une seconde saison sera commandée aux scénaristes. Mais, «peut-on écrire sur la douleur si on n’a jamais vécu la douleur»? Histoire de donner de la véracité à leur écriture jusqu’alors jugée invraisemblable, Denis et Patrick se mettront en tête de tester le genre de trucs qu’ils font vivre à leurs personnages. Par exemple, s’intoxiquer et se perdre en forêt à des températures polaires. Ou encore, se jeter à l’eau, menotté, et tenter de résoudre une devinette tirée des 1001 énigmes pour soirs pluvieux.

Complètement disjonctée, rythmée à 100 à l’heure, narrée par Bernard Derome (!), Série noire s’annonce pour être un ovni total. «C’était notre façon, à François et à moi, de faire une série de genre; notre façon de faire une série policière», a affirmé, après la projection des deux premiers épisodes, le réalisateur et coscénariste Jean-François Rivard. «Sans être une parodie ou un pastiche, il y a beaucoup d’influences des films noirs des années 1950 et 1960. Outre l’humour, je voulais une série avec un mood», a-t-il ajouté avant de qualifier sa dernière réalisation d’«humoodistique».

Et c’est vrai que mood, ambiance, il y a. Tournée en 2013, de janvier à fin mai, la première saison de 12 épisodes, produite par Joanne Forgues, nous plonge en plein hiver, la lumière jouant un rôle primordial. «Il y a beaucoup de clair-obscur», remarque Rivard. Ainsi, les délires des deux scénaristes éclopés se déroulent dans la nuit bleutée, sous la pluie verglaçante, dans le reflet d’une piscine, dans la lueur des lampadaires ou dans l’antre rustique réconfortant d’un chalet habité par un charmant monsieur nommé Carol. Il y a ces séquences au bar aussi, où les deux comparses à lunettes cuvent («célèbrent», nous dit la voix du narrateur) leur «échec retentissant». Notons aussi que la musique, signée Cristobal Tapia de Veer, colle parfaitement avec le ton singulier de la série, enveloppant, rythmant et accentuant avec juste ce qu’il faut d’humour les aventures rocambolesques de la paire.

Cela dit, même si on a trouvé les deux premiers épisodes sautés et étonnants, Jean-François Rivard, qui dit avoir «laissé de côté la pression des Invincibles» et signé ici son «show le plus personnel» à ce jour, a assuré qu’on n’avait encore rien vu. «Quand j’écoute les épisodes 1 et 2, je trouve qu’il ne se passe pas grand-chose comparativement aux épisodes suivants», a-t-il avoué.

Pas grand-chose, vraiment? Une attaque de ninja dans une ruelle, une poursuite improbable dans les bois mettant en scène deux types, un ski-doo et une cafetière… Si ce n’est pas grand-chose, on n’en attend qu’une autre, de chose: voir la suite.

Série noire
Le lundi à 21 h
Dès le 13 janvier
Sur les ondes de Radio-Canada

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