Ian Barrett MAVIS GALLANT. Ian Barrett / La Presse Canadienne

TORONTO – L’écrivaine canadienne Mavis Gallant, née à Montréal, est décédée à l’âge de 91 ans.

Si elle a longtemps vécu à Paris, ses oeuvres ont néanmoins eu un impact important sur la communauté littéraire canadienne, ont affirmé mardi plusieurs auteurs après que l’éditeur McClelland & Stewart eut confirmé la nouvelle.

«Elle était, sans exagérer, l’une des plus grandes écrivaines que le Canada ait jamais connues», a estimé Doug Pepper, de la maison d’édition. «Audacieuse, brave, honnête, férocement indépendante, Mme Mavis était une auteure fascinante qui a transformé le genre de la nouvelle.»

«Mavis Gallant était une merveilleuse nouvelliste et une influence positive constante sur ma vie», a confié une autre nouvelliste de renom, Alice Munro, lors d’une entrevue téléphonique. «Je ne la connaissais pas beaucoup. Je l’ai rencontrée lors de quelques conférences ici en Colombie-Britannique, je crois.

«Mais l’aspect important est que bien avant cela, je connaissais son oeuvre, et le fait qu’elle soit canadienne et qu’elle écrivait principalement des nouvelles — ce que vous n’étiez pas vraiment encouragée à faire en tant qu’oeuvre principale», a indiqué Mme Munro, la plus récente lauréate du prix Nobel de littérature.

L’écrivain Michael Ondaatje a dit de Mavis Gallant qu’elle était son héros.

De son côté, l’auteure américaine Joyce Carol Oates a comparé les deux écrivaines: «Mavis Gallant a eu énormément d’influence sur Alice Munro», a-t-elle écrit sur Twitter. «Le prix Nobel aurait peut-être pu être partagé entre deux grandes auteures canadiennes.»

Originaire de Montréal, Mavis Gallant a publié plus d’une centaine de nouvelles, y compris dans le magazine The New Yorker, et était reconnue internationalement comme un des grands maîtres de ce genre littéraire. Elle a également écrit dans des collections telles que «The Other Paris», «Across The Bridge» et «In Transit». Elle a également écrit deux romans, «Green Water, Green Sky» et «A Fairly Good Time» («Rencontres fortuites»), ainsi qu’une pièce de théâtre, «What is to be Done?».

«J’ai été très heureux de constater qu’elle était canadienne et qu’elle était publiée dans le New Yorker, cela nous a donné de l’espoir à tous», affirme l’auteur torontois Wayson Choy. «Son style avait une sorte de… texture brillante, intelligente et émotionnelle. Et c’était un style qui lui appartenait en propre.»

Aux yeux d’un autre grand nom de la littérature canadienne, Margaret Atwood, «[Mme Gallant] était une très bonne observatrice de la nature humaine, capable d’entretenir des conversations fascinantes, et qui disposait d’une volonté de fer lui ayant permis de tracer sa propre voie, souvent contre vents et marées».

«Elle était drôle, allumée et déterminée si vous vous opposiez à elle, mais gentille malgré tout, particulièrement envers ceux qui subissaient l’adversité», a-t-elle indiqué par voie de communiqué.

Même si elle a vécu à Paris, Mavis Gallant a reçu de grands honneurs au Canada, dont l’Ordre du Canada et le Prix littéraire du Gouverneur général pour l’un de ses recueils, «Home Truths: Selected Canadian Stories». En 2002, le festival littéraire Métropolis bleu de Montréal lui décernait son Grand Prix pour l’ensemble de son oeuvre.

Cette nouvelliste, essayiste et romancière a aussi reçu le prix Athanase-David, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine des lettres.

«Pendant plus de quatre décennies, Mavis Gallant a fourni à plus d’une génération d’écrivains un exemple d’une auteure qui a consacré sa vie et son oeuvre à la poursuite de l’excellence», indiquait un jury lorsqu’il lui a remis le Prix Molson du Conseil des arts du Canada en 1996, assorti d’une bourse de 50 000 $. «Sans elle, les Canadiens n’auraient pas la culture littéraire dont ils disposent aujourd’hui. Elle a rendu un service extraordinaire à son pays et à sa culture.»

Après avoir étudié au Canada et aux États-Unis, Mme Gallant est rentrée à Montréal et a décroché un emploi à l’Office national du film, puis un poste de journaliste au Montreal Standard. Elle a par la suite quitté le Canada pour l’Europe en 1950, s’installant finalement à Paris, où elle estimait pouvoir vivre uniquement de l’écriture.

Pour Alice Munro, «la plume de Mavis Gallant a donné l’impression à plusieurs que le Canada avait quelque peu élargi ses horizons».

«Elle était tout simplement une auteure fantastique. Ce n’était pas nécessairement à propos de ce qu’elle écrivait, mais plutôt de la façon dont elle l’écrivait. L’écriture de nouvelles est un style particulier, et elle l’a accompli sans failles.»

Personne traditionnellement réservée, Mavis Gallant revenait au pays de temps à autre, y compris de 1983 à 1984, lorsqu’elle était écrivaine en résidence à l’Université de Toronto, qui lui a plus tard remis un doctorat en lettres.

Dans une entrevue accordée en juillet 2012 au New Yorker, Steven Barclay — éditeur et ami de Mme Gallant — a indiqué que l’écrivaine avait été malade au cours des dernières années, et qu’elle avait été hospitalisée pendant neuf mois en 2011.

Au dire d’Allan Hepburn, professeur du département de langue anglaise à l’Université McGill, l’auteure «était très frêle depuis une dizaine d’années».

«Elle ne voyageait pas beaucoup, puisqu’elle souffrait d’ostéoporose et avait subi plusieurs complications de son état de santé», a-t-il poursuivi.

Quelques-uns de ses livres ont été traduits en français, surtout depuis 2009, notamment «Voyageurs en souffrance», «Le Week-End en Bourgogne» et «L’idée de Speck».

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