Marie-Claude Hamel Louise Cardinal (au centre dans un costume jaunâtre) est très convaincante dans le rôle d’Evguénia Guinzbourg.

En présentant la première version française du Vertige, le théâtre de l’Opsis jette un regard féminin essentiel sur les purges staliniennes.

Le récit d’Evguénia Guinzbourg est inconnu ici. En Russie, il s’agit aujourd’hui pratiquement d’un classique, dont l’adaptation théâtrale fait salle comble depuis plus de 20 ans.

Pour faire vivre au Québec les mémoires de cette universitaire accusée de «terrorisme trotskyste», envoyée 10 ans en prison et en camp de travail forcé, la metteuse en scène Luce Pelletier a réuni 30 comédiens. Le résultat est profondément humain. Trente fois humain.

Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans cette histoire, voire carrément pas. Il est évident qu’il n’y a aucune issue possible pour ces 21 femmes prises dans un système où la justice est absente, où les condamnations sont aléatoires, où un soupçon ou une dénonciation constitue une preuve et où les procès sont bidon. Un monde où on est considéré comme complice si on ne dénonce pas une connaissance qui a des idées divergentes de celles de Staline.

Le destin d’Evguénia et de ses compagnes de cellule est donc connu d’avance. C’est plutôt leur passé et leur présent qui est au cœur de la pièce. Dans une mise en scène dynamique, ces femmes arrachées à leur famille racontent les circonstances, toutes plus absurdes les unes que les autres, dans lesquelles elles ont été arrêtées.

Dans un décor dépouillé, mais efficace, elles exposent leurs mécanismes de défense face à la torture psychologique et physique. Elles partagent leurs souvenirs, elles se confrontent, elles se chamaillent, elles se soutiennent. Toutes sont incrédules face à ce qui leur arrive.

Au final, la réalité de ces femmes semble lointaine, autant dans le temps que dans l’espace. Mais leur mémoire mérite de vivre.

Le vertige
À Espace Go
Jusqu’au 4 octobre

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