Denis Beaumont/Métro Radio Radio

Radio Radio présente Havre de grâce, un disque sur lequel le trio atteint effectivement l’état de grâce. Rencontre sympa avec les trois comparses.

«Vous êtes les membres de Radio Radio, hein? Vous avez dansé avec ma mère durant un de vos spectacles!» s’exclame la pimpante serveuse du restaurant… Chez la Mère, où les garçons nous ont donné rendez-vous pour discuter de leur troisième LP, Havre de grâce. On aurait voulu faire exprès, ça n’aurait pas mieux marché.

L’anecdote donne le ton à la discussion qui suivra. Drôles, percutants, suivant une véritable démarche artistique et ayant du guts à revendre, les trois gars ont des choses à dire. «On se sent comme des parents avec leur troisième enfant. Comme on a déjà passé au travers une coupe de fois, on sait un peu à quoi s’attendre», commence par raconter Jacques Alphonse Doucet au sujet de ce nouvel album. «T’es moins strict avec un troisième enfant qu’avec les autres. Les autres ont déjà tout fait, alors…!» renchérit Arthur Comeau. Pourtant, le disque a nécessité nettement plus de boulot qu’il n’en faut parfois pour accoucher d’un troisième bébé. «On a été en Louisiane, en Nouvelle-Écosse… il y a plus de détails, plus de travail», souligne Jacques Alphonse.

Détaillé, Havre de grâce l’est assurément. Ce disque hypnotique est porté par des cadences trance, un climat parfois hallucinogène et des rythmes des Premières Nations. «Y’a des bons beats, des bonnes vibes et une énergie universelle qui se trouvent dans ces influences. Quand tu cherches des racines, des choses intemporelles, tu vas tomber là-dessus, c’est sûr», lance Gabriel Louis Bernard Malenfant. «En Amérique, tu ne peux pas t’en sauver», ajoute Doucet.

Aux dires des musiciens acadiens, Havre de grâce, c’est un disque non pas noir et blanc, mais bien vert pis jaune. Le titre, lui, fait référence à un tas de choses. D’abord, c’est une ville nommée par Lafayette, et puis «Lafayette, c’est la ville ousqu’on a recordé l’album», observe Arthur. Havre de grâce, c’est également le nom du cheval de l’année 2011, nous informe Doucet. Finalement, Gabriel souligne qu’après avoir pensé à «des titres trop évidents», ils sont tombés là-dessus. «C’est quelque chose qui fait du bien à entendre», dit-il.

S’éloignant un peu de Cliché Hot (2008) et de Belmundo Regal (2010), Havre de grâce recèle par exemple On a vécu des, morceau aux percussions chamaniques accompagné d’un saxophone jazz, joué par «un intéressant gars» qui a croisé la route des trois chums. «Cette chanson, pour moi, représente l’arrivée en Amérique, le capitalisme extrême, l’utopie, remarque Doucet. La petite fille qui chante à la fin et qui dit ‘‘Je n’ai pas même sept ans et je vais sortir un album avant ma mère’’, ça, pour moi, ça représente le summum du capitalisme.»

Sur le disque, Radio Radio parle aussi de Teletubbies, de Teletoon, de Dance Mix 96, de Mister Freeze, de l’émission Punky Brewster… Des bons souvenirs qui ont refait surface? «Punky Brewster, man! Quand elle arrivait sur la tivi, c’était comme wow!» s’exclame Malenfant. Faque, Dance Mix 96, il était meilleur que le 94? «96, c’était l’époque Informer?» demande Jacques Alphonse. «Non, 92 c’était Informer!» lui rappelle Gabriel. Bref, tout ça pour dire que : «Oui, ce sont des références culturelles de notre génération», résume Doucet.

Très chic, les gars offrent également Chambralit, une chanson d’amour «un peu sensuelle et romantique» dans laquelle ils préviennent : «Cecitte, c’est ma love song, prends-la pas mal». Quelqu’un pourrait mal la prendre? s’étonne-t-on. «Tu sais, on n’est pas des crooners comme Tony Bennett et Frank Sinatra, explique Gabriel. On ne peut pas prétendre refaire les magnifiques love songs du passé. Nous, ce n’est pas notre schtik.» «Il n’y a plus beaucoup de pures love songs de nos jours, observe pour sa part Arthur. Il y a beaucoup de chansons de fuck-you-je-pars, de chansons de je-veux-coucher-avec-toi-pis-j’-vais-p’t-être-te-rappeler-dans-une-semaine mais les love songs, c’est devenu tellement tabou qu’il faut quasiment dire : ‘‘Prends-le pas mal’’ avant.»

Et la chanson d’amour la plus pure, selon eux, c’est laquelle? «I Will Always Love You, c’est pas mal pur!» lance Arthur. «The Look of Love, de Barry White», renchérit Gabriel. «Bed of Roses, de Bon Jovi, conclut Jacques Alphonse. Heille, couche-toi sur un lit de roses, pendant que moi, je vais dormir sur un lit de clous? Come on! C’est tout pour le confort de la femme, ça!»

Radio Radio
Havre de grâce
En magasin le 17 avril

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