Passionné de Kerouac et marqué par l’œuvre de Michel Tremblay, l’auteur Gabriel Anctil fait, avec son premier roman Sur la 132, une entrée tonitruante dans notre paysage littéraire. Votre personnage Théo, avant de partir à Trois-Pistoles, évolue dans le milieu de la pub.

Peut-on établir un lien avec 99 francs de Beigbeder?
Je ne l’ai pas lu, et Beigbeder ne figure pas parmi mes auteurs préférés. La publicité? Je ne pense pas que cela apporte beaucoup de choses positives. Si j’ai voulu situer mon personnage dans ce milieu, c’est qu’avec son ancrage dans la superficialité et l’image, il me semblait le plus opposé à la région.

La thèse de votre roman est donc la quête de soi,la quête du sens?
Oui, Théo n’a jamais été plus loin que la ville de Québec. Il a vécu, après l’université, dans une bulle hermétique avec des gens qui pensent et vivent comme lui. Ce qui fait qu’il ressent tout un clash culturel lorsqu’il arrive en région, mais sa quête le poussera à s’ouvrir aux autres, dont à quelques baby-boomers.

Contrairement au discours ambiant (Martineau, Bock-Côté, Duhaime), vous êtes, à 32 ans, fasciné par les boomers et semblez en quelque sorte vouloir les réhabiliter…
Je me suis réconcilié avec eux en écrivant le roman. Ma conception du Québec ne s’articule pas autour de l’idée d’une guerre entre les générations, mais plutôt dans un esprit de continuité. Je crois, contrairement à ceux que vous venez de nommer, que chaque génération doit nourrir la suivante. Je suis aussi fasciné par les boomers, car ils ont évolué dans un contexte qui est difficile à imaginer aujourd’hui. Ils avaient un peu plus de 30 ans en 1976 lorsque le Parti québécois est arrivé au pouvoir. Collectivement, ils ont vraiment essayé beaucoup de choses et, sur le plan culturel, ça demeure la génération qui a été la plus forte au Québec.

Vous ne pensez pas que cette génération a fait un gros party et que c’est la suivante, la X, qui a eu la gueule de bois?
(Rires) Oui, vous en avez vraiment plus bavé que nous. Dans le milieu du travail, il est vrai qu’ils ont occupé tous les postes, mais je les vois partir depuis deux ou trois ans. Mon personnage, qui ne connaît rien du Québec, rencontre Clermont, un vieux militant boomer qui l’invite à regarder les élections et l’éveille à la politique.

Votre intention était-elle de secouer votre génération? La trouvez-vous aphasique à l’égard de la politique?
Oui, mais ma réflexion a changé depuis quelques semaines avec le mouvement étudiant. Avant cela, j’étais plutôt découragé par le faible pourcentage de gens de ma génération qui se rendent voter. Mais les plus jeunes sont en train de prouver à tout le monde que ce n’est pas une génération d’égoïstes, qu’ils sont très articulés et pourvus d’une vision d’avenir. Cela me remplit d’espoir.

Comme votre personnage, vous avez vécu en région. Quel est votre souvenir le plus marquant?
À Trois-Pistoles, presque chaque coin de rue est associé à une légende. Ça m’a profondément marqué. La ville existe depuis 350 ans, et avant, on y retrouvait des Amérindiens. Il y a tout un imaginaire qui entoure cette région. L’église, par exemple, est associée à une légende que j’ai reproduite, en l’adaptant, dans mon roman. Sans parler du paysage, qui est vraiment extraordinaire.

  • Quelques mots sur l’auteur

Gabriel Anctil est né en 1979 à Montréal. Sur la 132 est le premier roman qu’il publie, mais il en a écrit d’autres. Il a publié des textes sur Kerouac dans Le Devoir et bosse à Télé-Québec, où il est chargé de l’achat des films présentés dans le cadre de Ciné-Cadeau.

Sur la 132
Aux éditions Héliotrope
Présentement en librairie

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!