Yves Provencher/Métro Melvil Poupaud, Xavier Dolan, Magalie Lépine-Blondeau et Monia Chokri sur le tapis rouge à la première de Laurence Anyways à l’Impérial lundi soir

C’est Melvil Poupaud qu’a choisi Xavier Dolan pour endosser le costume du héros transgenre de son dernier film, Laurence Anyways, qui raconte les déboires d’un couple dont l’homme décide de changer de sexe. Rencontre avec l’acteur français.

Laurence Anyways est votre premier film canadien. Comment s’est passée votre incursion dans le cinéma québécois et l’univers de Xavier Dolan?
La première fois que j’ai entendu parler de Xavier, c’était en voyant une affiche de son film J’ai tué ma mère, à Paris. Avec tous mes a priori de Parisien snobinard, je me suis demandé qui était ce petit jeune qui faisait des films. Puis, je l’ai rencontré, à Cannes et à Lyon, et on s’est vraiment bien entendus. Je me suis dit que je voulais travailler avec lui. Lorsque j’ai entendu parler du film, j’ai trouvé ça fou, et même si j’avais été sollicité pour un petit rôle, j’ai tout de suite été emballé. Au final, Louis [Garrel] a abandonné le projet, et je suis très heureux d’avoir hérité du personnage. J’ai adoré le style très chaleu-reux et coloré avec lequel Xavier a rédigé son scénario, de même que l’accueil que m’ont réservé les autres comédiens du casting.

Pour les besoins du film, vous vous êtes travesti en femme. Est-ce que cela a changé votre conception de la virilité et de la féminité?
Quand j’étais en femme, le regard de certains hommes me mettait franchement mal à l’aise. C’était de vrais regards de concupiscence et d’animosité. Devenir un genre d’objet de désir masculin, c’est assez troublant et dérangeant. Et puis c’est vraiment difficile de devenir une femme. Sans même parler des préjugés, l’épilation, les talons hauts, le maquillage, les minijupes par – 30 °C, c’est de la torture. Professionnellement, tout le travail a été de jongler avec des attitudes féminines sans tomber dans la caricature, tout en conservant une certaine virilité pour que l’histoire d’amour hétérosexuelle reste plausible. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un si beau rôle.

Le film commence en 1987. Qu’est-ce que le Melvil Poupaud que vous étiez en 1987 aurait pensé s’il avait rencontré le personnage de Laurence à l’époque?
Il l’a sûrement rencontré! Ma mère a été l’attachée de presse d’une bande de travestis dans les années 1980. À l’époque, certains me terrorisaient avec leur regard torve, alors que d’autres me fascinaient en raison de leur beauté troublante. Je suis né dans un milieu artistique sans beaucoup de préjugés. J’ai eu cette chance. De toute manière, je ne crois pas qu’on puisse avoir de répulsion pour Laurence en voyant le film. À 14 ans, j’avais déjà joué dans plusieurs films de Raoul Ruiz et je jouais dans La fille de 15 ans de Jacques Doillon. Moi aussi, j’ai commencé au cinéma très jeune. En fait, il y a comme un effet miroir entre ma carrière et celle de Xavier Dolan.

Laurence Anyways
En salle vendredi

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