Jane Sobel Klonsky John Irving

Avec son 13e roman, In One Person, John Irving a écrit ce qui pourrait bien être son œuvre la plus politique à ce jour. «Le personnage principal de In One Person, le narrateur, est bisexuel. Les héros – comme je les appelle – sont deux femmes transsexuelles. Par définition, c’est un roman politique», lance l’auteur en se calant dans le fauteuil du bureau qu’il a aménagé dans sa maison. «En France, serait-ce considéré comme un roman politique? En Allemagne? Non! Pour moi, c’est un peu tragique que ce soit un sujet politique… Ça fait de nous, Américains, une vraie blague parmi les pays qui sont plus matures que nous, sexuellement parlant.»

Irving parle comme il écrit. De longues phrases pleines de fioritures et de parenthèses, qui pourraient suivre plusieurs tangentes, mais finissent toujours par aboutir à des conclusions logiques, et surtout par révéler de profondes vérités. Au cours d’une entrevue de deux heures, l’auteur de best-sellers replonge facilement dans la psyché de personnages qu’il a inventés au cours de plus de 40 ans d’écriture (Le monde selon Garp, Une prière pour Owen…) Certains critiques ont laissé entendre que trop de ces personnages avaient des traits communs, comme d’avoir grandi en Nouvelle-Angleterre, d’avoir été abandonnés par leurs parents, d’être fascinés par l’écriture ou la bataille, et d’être très épanouis sexuellement. «Manifestement, je dois avoir une affection particulière pour ces gens dont la vie serait décrite par leur société comme étant – pour rester poli – bizarre ou excentrique», dit-il.

Irving avoue ressentir une sympathie particulière pour Billy, le narrateur bisexuel de In One Person. «Pour ma génération, du point de vue d’une femme hétérosexuelle, on ne pouvait pas faire confiance à un homme bisexuel, rappelle-t-il. Parce qu’elle devait toujours se demander : Va-t-il me laisser pour une autre femme, ou pour un homme? L’impossibilité de lui faire confiance s’en trouvait doublée. Et parmi les hommes gais de ma génération, plusieurs ne croyaient pas en l’existence de la bisexualité chez les hommes. À leur avis, il s’agissait d’homosexuels qui gardaient un pied dans le placard, qui cachaient leur jeu, en quelque sorte. Et tout le monde disait : “Eh bien, donnez-lui du temps, on verra bien à quel point il est réellement bisexuel.” Et qu’est-ce qu’on dit quand, 70 ans plus tard, ça correspond toujours à la nature profonde de ce mec? On n’a pas d’autre choix que de ravaler ses paroles.»

En tête-à-tête

Dans la demeure de John Irving, au Vermont, même le ventilateur au-dessus du four est couvert de photos. Des images de membres de sa famille, tout sourire, sont scotchées aux tablettes; des cadres contenant des photographies formelles couvrent la surface de la plupart des comptoirs; et les innombrables polaroïds épinglés au babillard, dans le bureau de l’écrivain, semblent témoigner des grands moments de son existence…

Tout cela sied à merveille à John Irving, qui décrit toujours par le menu les grands moments de la vie entière de ses personnages, avec autant d’humour que de gravité, de l’innocence de l’enfance jusqu’au repos de la vieillesse, en passant par la sagesse de l’âge adulte. «Je crois que je ne perdrai jamais mon intérêt pour le passage du temps, affirme Irving. Le défi, c’est que le recours à ce thème rallonge passablement la plupart de mes livres, mais que s’il est exploité efficacement, c’est un ingrédient essentiel à la plupart des histoires.»

Irving croit que sa capacité à écrire du point de vue de personnages d’âges aussi variés lui vient de ses trois fils. «Il y a eu au moins un – ou plus – de mes enfants qui vivait sous mon toit pendant une période de temps inhabituellement longue», explique l’écrivain de 70 ans. «Si vous êtes souvent entouré de jeunes, ça vous garde connecté. Vos souvenirs demeurent connectés à la personne que vous étiez à cet âge, et à la façon dont les choses se passaient alors… Je crois que ç’a été un élément crucial de mon processus d’écriture que de trouver ce personnage aux yeux grand ouverts, réceptif, qui est sur le point d’appren-dre quelque chose qu’il ne connaissait pas avant.»

In One Person
Aux éditions Knopf Canada
En langue originale anglaise
Présentement en librairie

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!