AFP Auguste et Louis Lumière.

Le 19 mars 1895, les frères Lumière tournaient leur premier film, marquant la naissance du cinéma. Aujourd’hui, 120 ans plus tard, plusieurs manifestations commémorent la naissance de cet art, en pleine révolution avec le numérique.

Alors que l’Américain Thomas Edison avait déjà inventé en 1891 la première caméra de cinéma (le Kinétographe), et un appareil qui permettait de voir des films, mais individuellement (le Kinétoscope), Louis Lumière met au point en 1895 une nouvelle invention: le Cinématographe, à la fois caméra et projecteur.

Avec la possibilité de voir des films sur grand écran, les Lyonnais Louis Lumière et son frère Auguste vont jouer un rôle essentiel dans la naissance du spectacle de cinéma et d’une industrie, développée par Léon Gaumont dès 1895, et par Charles et Emile Pathé qui créent leur société en 1896.

« La grande quête du Graal de l’image industrielle au XIXe siècle après l’invention de la photo, c’est l’image animée. Voir ce spectacle-là, pour beaucoup, sera extraordinaire. C’est la vie représentée à l’écran, et en plus une vie immortalisée », souligne Michel Faucheux, maître de conférences à l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon et auteur d’une biographie des frères Lumière.

Avec eux, « nous sommes entrés dans une civilisation de l’image, dont nous sommes toujours les héritiers », estime-t-il.

Après leur premier film « La Sortie de l’usine Lumière à Lyon », tourné le 19 mars, et la première présentation de leur invention le 22 mars, les frères Lumière tourneront notamment pendant l’été 1895 « L’Arroseur arrosé ».

La première projection publique de leurs films aura lieu fin décembre au Salon indien de l’hôtel Scribe à Paris. Début 1896, ils montrent le célèbre « L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat », avant d’envoyer des opérateurs réaliser près de 1.500 « vues cinématographiques » dans le monde entier.

Patrimoine immense
Une exposition intitulée « Lumière! Le cinéma inventé », consacrée à l’oeuvre des frères Lumière, s’ouvrira le 27 mars au Grand Palais à Paris et jusqu’au 14 juin pour fêter cet anniversaire.

Elle abordera l’histoire de leur invention, mais aussi les autres dimensions de l’épopée artistique et industrielle de la famille Lumière, tandis que leurs films seront montrés pour la première fois dans leur intégralité.

« C’est un patrimoine immense et surtout c’est un patrimoine méconnu. Personne n’a jamais vu les 1422 films produits par la société Lumière », souligne Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière à Lyon et commissaire de l’exposition avec le critique Jacques Gerber.

Près de 200 films Lumière seront aussi restaurés à cette occasion.

Autre manifestation pour l’anniversaire du cinéma, une exposition se tiendra du 15 avril au 5 août au Centquatre à Paris consacrée à Gaumont, qui a aussi 120 ans.

« 120 ans de cinéma : Gaumont, depuis que le cinéma existe », se voudra une « exposition spectacle », mettant en scène la rencontre entre le cinéma et des artistes contemporains, dont la plasticienne Annette Messager et l’artiste Alain Fleischer, selon son commissaire Dominique Païni.

« Les frères Lumière ont inventé le cinématographe et Léon Gaumont a inventé l’industrie cinématographique, le commerce, c’est-à-dire le spectacle », juge-t-il. Le cinéma « fut une révolution prométhéenne, car tout à coup, l’homme ne reproduisait pas son image, mais le mouvement de son image ».

Pour lui, le numérique, qui a permis l’entrée du cinéma dans une nouvelle ère depuis le début des années 2000, « a apporté une chose fondamentale: la vitesse de restitution des images ». Mais « c’est une révolution et ce n’en est pas une », tempère-t-il.

« Aujourd’hui, si la technique a changé, l’esprit reste le même », développe Thierry Frémaux. « Aller au cinéma, faire un film… Tout cela reste identique à l’esprit de 1895 ».

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