James Rosen/collaboration spéciale Daniel Isaiah

Le Montréalais Daniel Isaiah lance une deuxième collection de mélodies envoûtantes aux accents Cohenesque.

En entrevue, un journaliste culturel a souvent affaire à des artistes qui répètent ad nauseam un refrain de platitudes préapprouvées par leurs équipes promotionnelles (du genre «travailler avec X était génialissime» ou «il n’y a rien de plus important que mes fans»). Quel soulagement, donc, que de s’entretenir avec le musicien montréalais Daniel Isaiah, qui parle sans ambages de la piètre qualité de la scène locale au tournant des années 2000, de son incapacité à s’émanciper au sein d’un groupe ou encore de son admiration pour des artistes comme David Bowie ou William Burroughs, qui s’inspiraient des surréalistes pour composer leurs textes à l’aide d’un procédé très aléatoire de copié-collé. Bref, une conversation loin d’être ennuyeuse avec cet artiste aux multiples talents, qui a lancé cette semaine Come Into Gone, une deuxième galette de rock introspectif, sous étiquette Secret City Records (Patrick Watson, The Barr Brothers).

Pour Come Into Gone, vous avez entamé le processus créatif sur un piano – un instrument avec lequel vous avouez être beaucoup moins à l’aise que la guitare. Pourquoi avez-vous choisi de bousculer vos habitudes ainsi?
Je joue de la guitare depuis l’adolescence et je crois que, après avoir pratiqué un instrument longtemps, on finit par se répéter ou ne plus jamais sortir de sa zone de confort. Nos doigts se placent toujours sur les mêmes accords, et on en vient à miser sur des réflexes immuables. Quand je joue du piano, un instrument que je connais moins, je crée des sonorités auxquelles je n’aurais jamais donné vie sur une guitare. Je compose différemment.

«J’aborde plusieurs sujets personnels dans mes chansons, comme mon éducation juive ou mon historique familial de crises cardiaques, mais je m’assure de cultiver une ambiguïté dans les paroles. C’est ce qui me permet de les chanter des centaines de fois sans jamais m’en lasser.» – Daniel Isaiah

Vous avez fait partie de nombreux groupes indie montréalais (Percy Farm, Shoot the Moon) avant de voler de vos propres ailes. Par contre, vous semblez vouloir retravailler avec les mêmes collaborateurs d’un disque à l’autre, dont Chris Flower à la guitare et Matthew Woodley (Plants and Animals) à la batterie.
Tout à fait. En réalité, mon processus créatif se rapproche étrangement de l’époque où j’étais dans des bands. La seule différence, c’est que nous étions alors plusieurs auteurs-compositeurs, donc nous écrivions chacun notre tour. Ça donnait parfois lieu à des confrontations, car chacun avait sa propre vision des choses. Quand tu es un artiste solo, tu peux ouvrir grand les portes à la collaboration, puisqu’il ne s’agit jamais d’un combat. C’est toi qui décides de la direction à prendre.

Vous avez récemment qualifié la carrière que vous menez en parallèle au cinéma comme un passe-temps et un détail que votre maison de disques mentionne dans votre biographie pour la renflouer. Or, avec le succès que vos courts métrages remportent à l’étranger, on imagine que ce n’est plus tout à fait vrai…
(Rires) Oui, je crois que je me sous-estimais légèrement! En fait, depuis que mon court métrage Entre chien et loup [avec Monia Chokri] a fait le circuit festivalier, je travaille pas mal! J’ai d’ailleurs un projet en préproduction avec la boîte Périphéria, le long métrage Passover. C’est une réunion de famille qui tourne au vinaigre, avec 30 personnes bourrées, contraintes de passer la nuit ensemble dans une maison. J’ai bien hâte de m’y attaquer!

Daniel IsaiahCome Into Gone
Offert présentement
Lancement à la Casa Del Popolo mardi à 20h

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