Jérémy Mimnagh/collaboration spéciale «On est dans un futur fantasmagorique, fantasmé, de tout ce qu’on peut être, de tout ce qu’on peut espérer, de tout ce qu’on peut craindre», dit Mélanie Demers au sujet de Would, sa création portée par Marc Boivin et Kate Holden.

L’Usine C présente cette semaine Would. Un ballet qui sonde la conditionnalité de la vie, une sorte de réflexion sur un monde de tous les possibles. Au cœur de la pièce, qui mêle danse contemporaine et théâtre, un seul personnage: le duo de danseurs formé par le Québécois Marc Boivin et la Torontoise Kate Holden. Rencontre avec la chorégraphe Mélanie Demers.

Vous avez revisité votre pièce, créée en 2013 dans le cadre de la série DanceWorks à Toronto, avec le style de votre compagnie Mayday pour qu’elle soit présentée à l’Usine C. C’est un ballet un peu différent…
En effet, je l’ai retravaillée pour lui donner plus d’étoffe. Et, en reprenant une pièce qu’on a laissé mûrir, on a envie de revisiter, de requestionner certaines sections. Le temps qui passe fait changer la façon d’appréhender le travail. On voit que les choses ont eu le temps de macérer dans le corps des danseurs, ainsi que dans la trajectoire de la pièce.

De quoi traite Would?
C’est comme si on se plaçait dans un monde où tout est possible et où tout reste à accomplir. On est dans la projection, dans un futur idéalisé, dans un futur fantasmagorique, fantasmé, de tout ce qu’on peut être, de tout ce qu’on peut espérer, de tout ce qu’on peut craindre. C’est une façon d’appréhender un monde qui est au conditionnel.

Comment cela se perçoit-il dans la chorégraphie?
Plutôt que d’avoir un ballet très écrit, la chorégraphie est en constante création. Dans chaque élément de la pièce, il y a des marqueurs que les danseurs rencontrent, mais il y a aussi des espaces de création spontanée. Un peu comme dans la musique jazz. L’improvisation ne se perçoit pas, mais crée une sensation d’imperfection. Il y a une grande humanité dans cette méthode de travail, plus proche de la vraie vie. Dans la vie, on n’écrit jamais de dialogues, on est toujours en train d’improviser.

Les danseurs Kate Holden et Marc Boivin sont les deux seuls personnages de Would. S’agit-il d’une histoire de couple?
Il s’agit plus d’une quête existentielle du soi. Et le fait qu’il y ait une autre personne dans l’espace, ça crée une friction. Je n’ai pas essayé de définir leur relation. Pour moi, ce serait plus proche d’un huis clos à la Jean-Paul Sartre, des personnes qui se retrouvent et qui essayent de comprendre leur relation.

Marc Boivin a été votre professeur. Comment s’est passée l’inversion des rôles?
Marc était plus que mon professeur, c’était un mentor. Il est une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de faire ce métier. Me retrouver en studio avec lui, c’était intimidant et stimulant à la fois. Ce n’est pas un rapport de force renversé, parce que je ne suis pas son professeur, mais il y a quelque chose de différent qui se passe dans la transmission entre un danseur et un chorégraphe. Marc Boivin est un grand interprète, et dans Would, il se révèle être un acteur tragi-comique, un improvisateur vraiment incroyable.

On vous considère comme une artiste engagée. Votre intention est-elle de susciter le questionnement?
Je veux que mon spectacle soit une plateforme pour réfléchir au fait d’être des humains et d’avoir un foutu bordel à gérer. Mais je ne fais pas exprès pour prendre position. En fait, je n’ai rien à défendre, j’ai tout à questionner.

Would
À l’Usine C
Dès mercredi et jusqu’à samedi

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