Yves Provencher/Métro «Je pense être une personne rassurante. Bienveillante. Je m’occupe des gens qui m’entourent. Comme mon père, je suis capable de prendre les gens dans mes bras, je suis capable de les embrasser. Heureusement, j’ai eu cette école-là. Il y a toujours des choses à améliorer. Mais je pense que je suis une bonne personne», sourit Alain Labonté.

En écrivant Une âme et sa quincaillerie, Alain Labonté ne voulait pas faire une bio sur sa vie. Il souhaitait plutôt poser son regard sur la vie. En général. Tout en faisant vivre la mémoire de ses parents. «Avec ce livre, je clos la première partie de mon existence, confie-t-il. J’ai 48 ans. Je suis fondamentalement heureux.»

C’est peut-être son premier roman, mais Alain Labonté écrit depuis toujours. Depuis 20 ans, en fait. Il a signé des chansons pour Marc Hervieux, pour Bruno Pelletier… «Parfois, on me dit: “Ah? Mon héros, d’Annie Villeneuve, c’est de toi?!” Je me suis toujours un petit peu caché derrière ça», avoue-t-il.

Pourtant, il s’était promis, quand il était encore petit, qu’il écrirait un jour un livre. Alors que son père était sur son lit de mort, il a su que c’est de ça qu’il parlerait: de ses parents, des gens «toujours au service des autres, que tout le monde aimait» et desquels il dit avoir appris la valeur de l’entraide.

«Alain est un vrai gentil», écrit en préface de ce premier ouvrage sa grande amie, auteure et animatrice de LIRE, Claudia Larochelle. «Oui, c’était cute, ça!» s’esclaffe-t-il à l’évocation de ce passage.

Parlant de passage, l’œuvre en aborde un important: celui du temps. Avec tout ce que cela suppose. Les souvenirs. La mémoire. Les cicatrices. «On en a tous, remarque-t-il. Et c’est facile de basculer. J’écris dans mon livre: “Quand les cicatrices de nos mémoires s’ouvrent, il arrive que notre tête cale sous l’eau des désarrois, comme des coups de ciseaux dans l’âme.” C’est ça!»

Car l’homme raconte aussi la maladie de sa mère. Les dépressions à répétition qu’elle a dû traverser, celles qui l’ont clouée au lit. L’ouvrage comporte d’ailleurs plusieurs illustrations des Impatients, un organisme axé sur l’art qui vient en aide aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale. L’auteur, qui est aussi relationniste de presse, leur dédie un chapitre, rappelant que son premier mandat dans le monde des communications était une exposition réalisée, justement, par des Impatients. «J’espère que les gens vont s’ouvrir davantage au regard qu’on pose sur la différence, sur la mort, et sur la solitude aussi.»

Alain Labonté lui-même a trouvé une valeur «un peu thérapeutique» à l’écriture. «Ce qui a été formidable dans cet exercice, c’est d’être devenu spectateur de ma propre vie. J’ai saisi, déterré et compris des choses.» Parfois «15, 20 ans» après qu’elles furent arrivées, ajoute-t-il. «On est toujours à la course. On court, on court, on court. On s’en pose, des questions, mais on court tellement qu’on n’a pas le temps d’y répondre! C’est sûr que de replonger dans quelque chose qui était douloureux, entre guillemets, je ne peux pas dire que ça fait du bien. Mais ça aide.»

Dans les pages de son Âme, le thème de la bonne étoile revient à plusieurs reprises. «J’ai eu beaucoup de chance, j’ai énormément reçu», remarque l’auteur. Écrire ce livre, c’est aussi une chance? Ou une chance qu’il a prise? Ni l’un ni l’autre, répond-il d’emblée. «Je l’ai fait parce que j’avais dit que je le ferais.»

Et puis, il a senti qu’il devait «porter la mémoire» de son regretté père, et rendre hommage à sa mère «qui, quand elle ne donne pas, cherche à qui donner». Par brefs moments, dans son écriture, il leur parle au «tu», donnant ainsi l’impression au lecteur d’assister à un dialogue, à une confidence père-fils, mère-garçon, vue de l’extérieur. «Quand j’étais jeune, on disait “vous” à ses parents. Moi, j’appelais les miens Thérèse et Conrad, se souvient-il. Je leur avais dit que j’avais de la misère avec le “vous”. Que ça créait une distance. Comme une frontière dont je n’avais pas envie. Ils avaient respecté ça. Et c’était important pour moi que je leur parle directement dans le livre. Je suis tellement près d’eux!»

Indissociable de ces êtres dont il s’est toujours senti si proche, des gens «très croyants», comme il l’écrit, Alain Labonté sonde aussi la question de la religion, parlant de son amour des chapelles, des abbayes, des cimetières. «Les gens qui me connaissent savent que j’adore les églises, les lieux où on peut se retrouver, se recueillir. C’est la raison pour laquelle j’écris: “Je préfère le silence aux mots sans lumière.” Je trouve un grand, grand, grand réconfort dans le silence. C’est drôle parce que mon père m’avait dit, pendant qu’il était malade: “Ah! tu m’étonneras toujours! Tu as marché à 2 ans et demi. Et à l’âge de 14 ans, t’étais le troisième plus rapide du Canada au 100 mètres! T’as commencé à parler à 4 ans. Et astheure, t’écris!”»

Pas juste ça: l’artiste aux mille projets prépare déjà un second livre. «Si je pouvais vivre jusqu’à 400 ans, je le ferais!» lance-t-il en éclatant de rire. On ne doute pas une seconde qu’il trouverait de quoi s’occuper jusque-là. Et au-delà.

Alain Labonté couvertureUne âme et sa quincaillerie
Éditions Del Busso
En librairie

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!