Yves Provencher/Métro Sasha Manoli

Ex-Torontoise devenue Montréalaise, Sasha Manoli consacre une grande partie de sa vie à l’humour. Le mois dernier, la jeune productrice et idéatrice a créé son propre «Brunch Club». Une drôle de bête, encore en évolution, qui n’a de lien avec le déjeuner que le nom et qui rassemble des mordus de l’art comique autour d’une simple idée: rigoler.

Quand Sasha Manoli habitait à Toronto, les shows d’humour, ce n’était pas trop son truc. Ou du moins, pas le truc de son entourage en général. «Mes amis ne me proposaient jamais d’assister à des spectacles de comédie. Peut-être que ça les démangeait… mais ils ne m’en ont jamais parlé!»

Cependant, lorsqu’elle est arrivée à Montréal il y a 10 ans, ville où ses parents se sont rencontrés, sont tombés amoureux l’un de l’autre et se sont fiancés («mon père a demandé la main de ma mère dans le bâtiment de Concordia, juste là», précise-t-elle), Sasha a rattrapé le temps perdu. Elle a commencé à fréquenter assidûment les petits clubs et les soirées à «micro ouvert», ou les «open mic», comme on dit. «Tout de suite, cette forme d’art m’a semblé être à la fois la proposition la plus étrange et la plus naturelle que j’aie vue de ma vie! s’exclame-t-elle. Discuter avec des humoristes, ça avait du sens pour moi. Je les trouvais étranges, merveilleux, créatifs!»

On le constate: s’il y a des gens qui aiment, voire adorent l’humour, Sasha Manoli fait partie d’une classe à part. «Je me suis mise à dépenser le peu de fric que j’avais pour aller voir des artistes à L.A., à New York…» Et c’est en prenant notamment exemple sur ces deux villes que la jeune femme a fondé, tout récemment, le Brunch Club. Un cercle aux contours un peu flous («on travaille vraiment fort» pour les définir! s’esclaffe-t-elle), fait par et pour les fous de comédie. Sa principale mission? Présenter, chaque mois, une grande (pas encore super) star, qui «ne serait pas forcément venue à Montréal» sans «la bonne offre venue des bonnes personnes».

Ces bonnes personnes, qui sont à la fois «jeunes, le fun et professionnelles», ce sont donc Sasha-la-fondatrice, son proche collaborateur le producteur Iain MacNeil, et puis… c’est pas mal ça. «Il y a des amis qui nous donnent un p’tit coup de main çà et là, mais c’est principalement nous deux qui nous occupons de tout.» Ces autoproclamés «maniaques» consacrent leur propre argent à l’organisation de «shows qu’ils aimeraient voir». «Je serai totalement transparente: ça coûte cher, et on ne gagne rien monétairement parlant, dit la conceptrice. Reste que je serais prête à vivre dans la pauvreté pour que ça fonctionne!»

Pour l’instant, ça fonctionne vraiment bien. Le mois dernier, Sasha a convié à Montréal le chevelu humoriste américain Big Jay Oakerson. Un type qui porte bien son nom. Imposant. Habile. Une grande prise. Pour la deuxième soirée de son club de Bruncheux, qui se tient samedi, elle a «eu» le Torontois Mark Little. Un choix qui illustre le panorama de styles qu’elle souhaite mettre de l’avant. Car tandis que Big Jay fait dans le croustillant osé, Mark Little, lui, préconise les gags décalés, les allusions aux superhéros et les gags chantés. Original!

Ayant longtemps bossé pour Just for Laughs et travaillant désormais au Centre Phi – institution artistique qu’elle qualifie de «meilleure en ville, si ce n’est au monde» et dont elle salue le bilinguisme –, Sasha avoue que c’est justement là-dessus qu’elle souhaite travailler: rejoindre les francos autant que les anglos. «On veut être inclusifs, créer une communauté!» lance-t-elle. Ainsi, dans son Brunch Club, qui proposera éventuellement un blogue et une émission en baladodiffusion, la passionnée souhaite accueillir des fanatiques d’humour de tous les spectres. Des gens qui, comme elle dit, «aiment passer un bon moment. Qui veulent voir quelque chose de nouveau. Qui sont ouverts. Qui… En fait, avec un peu de chance, la communauté se créera par elle-même!»
C’est déjà commencé.

Un rap chez Conan et un Brunch à Montréal

Mark LittleDans la grande confrérie des gars qui portent le nom «Mark Little», il n’est pas seul. Mais il est le seul humoriste. Enfin, le seul à avoir connu du succès à la télé. Enfin, le seul Canadien. Bref. Entretien avec LE Mark Little qui débarque en ville samedi.

Dernièrement, on vous a vu faire des blagues (et un rap!) sur le plateau de Conan O’Brien. Un grand moment de votre carrière?
Oui! C’était fou! C’était énorme! Et j’avais très peur!

Peur?
En effet! Dans les semaines qui ont précédé mon passage à l’émission, mon cœur se mettait soudain à battre super vite, sans que je sache pourquoi. Puis, je me rendais compte que c’est parce que je pensais à Conan! C’était extraordinaire à faire… et c’est extraordinaire que ce soit fini!

Vous avez regardé votre performance par la suite?
Oui… mais j’ai dû arrêter mon visionnement en plein milieu, car je trouvais ça horrible! Le lendemain, avec un peu de recul, j’ai enfin regardé ma prestation au complet et je me suis dit: ce n’est pas horrible, c’est… moi! Je suis tout le temps comme ça! J’aimerais (vraiment!) être un type pince-sans-rire qui lance une ligne, un punch. Mais j’en suis incapable! J’ai trop d’énergie!

Parlant d’énergie, il vous arrive de hausser subitement la voix quand vous êtes sur scène. Un truc… libérateur?
Oh oui! J’ai entendu un jour [l’ex-scripteur et acteur de Saturday Night Live] Colin Quinn dire qu’il fallait utiliser chaque instrument dans notre boîte à outils comiques, et je pense que c’est vrai! Il faut trouver ce dans quoi on est bon, ce qu’on aime faire et ce que le public apprécie de nous. Pour moi, cela suppose de parler fort. J’imagine que ça peut en irriter certains, mais… ça fonctionne! (Rires) Et puis, je l’avoue, j’aime les personnages qui crient. Comme Homer Simpson. Son hurlement est magnifique.

Vous chantez fréquemment sur scène, vous avez un gag sur ‘N Sync et vous avez déjà blagué que vous aimeriez créer un groupe hommage à Van Halen nommé Man Halen. Ado, rêviez-vous d’être musicien?
Oh my Lord. Pendant un moment, oui. Mais j’ai, par chance, abandonné ce rêve quand j’avais 23 ans. Ça me rend vraiment mal à l’aise de voir des humoristes sortir leur guitare pendant un show pour jouer aux rockstars! Cela dit, j’adore chanter sur scène. J’ose espérer que lorsque je le fais, c’est toujours au service de la blague. En plus, j’ai l’air idiot! Je ne pense pas que, lorsque je rappe, les gens se disent: «Quel gars cool!»

Être qualifié de cool, ce n’est pas une chose que vous cherchez?
Non! Surtout pas! Je ne pense pas que l’humour devrait être cool. Oui, il y a des humoristes qui le sont, et que j’adore, mais ceux que j’aime le plus, ce sont ceux qui assument leur gaffeur ou leur trou de cul intérieur. Qui embrassent un côté extrême et étrange de leur personnalité.

«J’ai entendu dire qu’il y a des humoristes francophones qui font le tour du Québec et qui arrivent à en vivre! C’est fou! Nous, les comiques canadiens, on doit parfois parcourir le pays. En vain. Il existe encore cette croyance chez nous que les Américains sont meilleurs. J’envie votre système.» – Mark Little

Vous faites souvent partie du top 5 ou top 10 des humoristes à surveiller. Vous aimez vous retrouver dans des listes?
Oh… hmm… je ne sais pas. J’ai des sentiments mitigés par rapport à ça. D’un côté, ça fait en sorte que les gens prêtent plus d’attention à notre travail, ce qui est génial. Mais… l’idée de classer des artistes… ouf. C’est tellement subjectif!

Vous le rappelez souvent (et on l’a réalisé en tapant votre nom dans Google): il y a moult Mark Little en ce bas monde. Est-ce une chose qui vous a poussé à vous démarquer?
Oh non! (Rires) Tous les Mark Little – et je m’inclus là-dedans – jouissent d’une popularité, ma foi, des plus modestes. Il y a un DJ semi-connu. Un joueur de baseball des ligues mineures. Un journaliste irlandais moyennement célèbre… Le plus glorieux d’entre nous est un comédien australien qui a joué dans un roman-savon. Mais il fait partie d’une autre génération. Donc, même lui est en train de perdre de son lustre pour revenir à notre niveau à nous, les autres Mark!

Au Théâtre Sainte-Catherine
Samedi à 20h et 22h

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