AZ films Raphaël Personnaz et Olivier Gourmet

Pour L’affaire SK1, son second long métrage, Frédéric Tellier s’intéresse à une des affaires criminelles les plus tristement célèbres de l’histoire de la justice française: celle de Guy Georges, le tueur de l’est parisien. Le réalisateur revient pour nous sur la genèse d’un projet aussi retors qu’ambitieux.

Paris, début des années 1990. L’est de la capitale est pris d’assaut par un tueur en série méthodique qui élimine sauvagement sept femmes après les avoir violées. En s’ébruitant, l’affaire labyrinthique, qui a mobilisé 4000 policiers pendant sept ans, est devenue une des plus retentissantes de l’histoire de la justice française. «À cette période, j’étais encore choqué par le viol d’une de mes amies, se souvient le réalisateur Frédéric Tellier. Les crimes de Guy Georges l’empêchaient de se reconstruire. C’était horrible. J’ai par la suite adhéré à des associations venant en aide à des femmes abusées et maltraitées.»

Un respect total des victimes
Quelques années plus tard, en 2001, le procès s’ouvre dans l’effervescence médiatique. Tellier, alors assistant-réalisateur, s’y intéresse de près. «Cette affaire a accroché son encre à mon cerveau, se souvient-il. Je me suis documenté pendant des années et j’ai rencontré toutes les personnes qui y ont été impliquées: les avocats, les magistrats, les familles des victimes, le 36 [NDLR: le 36, quai des Orfèvres est le quartier général de la police de Paris] …» Mais pour que ce projet prenne tout son sens, il fallait surtout convaincre l’homme qui chapeauta la traque et qui est brillamment incarné à l’écran par Raphaël Personnaz. «Il est obscur, sans gloire et taiseux… On ne le voit jamais dans les médias. Il m’a demandé comment j’allais traiter l’affaire, et je lui ai répondu que le film se ferait dans le plus grand respect des victimes. Il a été rassuré. Mon but, ce n’est ni l’argent ni la gloire. Je voulais témoigner de ces sombres années de l’histoire de ce pays.»

«Il fallait de la modestie par rapport aux faits abordés. Je n’avais surtout pas envie de multiplier les effets stylistiques, par respect pour les victimes.» – Frédéric Tellier, qui explique que 70% de ce qu’on verra dans son film L’affaire SK1 est vrai, et qu’il a voulu s’«effacer dans la mise en scène»

 

Condenser presque 10 ans en deux heures
Sur la base d’un scénario fouillé et d’une grande qualité, Frédéric Tellier orchestre ainsi un thriller très efficace. Malgré la kyrielle de rebondissements qui ont mené à la condamnation de Guy Georges, le réalisateur réussit à nous servir une œuvre digeste, qui redore le blason d’un genre en décrépitude. «Condenser en deux heures une décennie aussi riche en fausses pistes, en cul-de-sac et en traumatismes, ça nécessite forcément certains raccourcis, poursuit Tellier. Mais plus de 70% de ce que vous verrez est vrai. J’ai voulu par ailleurs m’effacer dans la mise en scène, car cette affaire est tellement incroyable… Il fallait de la modestie par rapport aux faits abordés. Je n’avais surtout pas envie de multiplier les effets stylistiques, par respect pour les victimes.» Témoignage réussi!


L’affaire SK1
En salle dès vendredi

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