collaboration spéciale Pour Martine Francke, qui incarne Marie, «la force du film, c’est de ne pas être sensationnaliste. On voit en gros plan. On est super proche.»

Marie revient chez elle le lendemain d’un 5 à 7 entre collègues qui a duré un peu trop longtemps. Ses souvenirs sont flous. Marie a été agressée. Le nouveau film de Jimmy Larouche, Antoine et Marie, traite des jours qui suivent un abus subi sous les effets de la drogue du viol.

Marie (Martine Francke) ne dira rien à son conjoint (Guy Jodoin). Elle assumera seule les conséquences de cette soirée au cours de laquelle elle sent qu’elle a subi une agression, mais sans pouvoir le prouver. Quant à Antoine (Sébastien Ricard), une connaissance qu’elle a justement croisée ce soir-là, il continuera son train-train quotidien.

«En fait, on ne saura jamais si elle a été agressée, admet le réalisateur du film, Jimmy Larouche, qui est allé tourner dans son patelin, à Alma. Pour la plupart des victimes, c’est ça, le drame, c’est qu’il n’y a pas de traces. Et pour l’agresseur non plus, il n’y a aucune preuve qu’il a violé quelqu’un. Il peut dire que la personne était consentante, qu’elle était trop saoule… Si on veut que ça change, il faut qu’on arrête de dire des affaires aussi niaiseuses que “ouais, mais elle était habillée comment?”»

Dans le film, Antoine et Marie ne se croisent qu’à de rares moments. Leurs histoires se déroulent en parallèle. Jimmy Larouche dit qu’il a mis de la drogue du viol dans son film, qu’il a structuré de la même façon que les souvenirs fragmentés des victimes. «Le spectateur la gobe, et tout le long, il vit quelque chose qui n’est pas clair, mais il sait qu’il n’est pas bien avec ça. Pis à la fin, pouf, il reprend connaissance.»

«Te rends-tu compte que 50% des femmes qui vont voir Antoine et Marie ont connu une forme ou une autre d’agression sexuelle? C’est immense!» – Jimmy Larouche, réalisateur

Le mystère au sujet de ce qui s’est produit cette soirée-là plane tout au long du film. «Ça se passe par à-coups, renchérit Martine Francke, qui a préparé son personnage durant trois mois, en rencontrant des femmes qui se sont fait violer et une criminologue. C’est très flou, mais ces femmes se souviennent de certaines bribes, et c’est de façon viscérale qu’elles ressentent la douleur. C’est pour ça que quand Marie revoit Antoine, elle sait que c’est lui. Tout son corps le sait.»

Le réalisateur ignorait que le sujet des agressions sexuelles serait autant d’actualité quand il a commencé à peaufiner le projet. «Je ne savais pas que l’histoire de Ghomeshi allait sortir quand j’ai tourné Antoine et Marie! Pis Bill Cosby, pis tout ce monde-là! Le tournage a eu lieu il y a deux ans.» C’est une discussion avec Marc Béland, qui faisait partie de son premier long métrage, La cicatrice, qui a lancé le bal. Les deux hommes connaissent des femmes qui ont été victimes de la drogue du viol.

«Les gens pensent toujours que ça n’arrive qu’aux autres, poursuit Jimmy Larouche. Que les victimes courent après. Que la femme qui subit cette agression, c’est une pitoune, jeune, dans un bar, qui est fofolle… On a plein de préjugés.» Marie est dans la quarantaine. Elle travaille pour un concessionnaire d’autos dans une petite ville. Oui, elle flirte. Oui, elle a de beaux seins et elle en est fière. Et puis? «On va jouer avec les préjugés des gens, pour qu’il y ait une amorce de discussion sur le sujet. Dans l’espoir que peut-être un jour les choses changent», explique Jimmy Larouche.

«Si ça peut aider à comprendre d’une autre façon les conséquences d’une agression avec la drogue du viol, c’est important.» – Sébastien Ricard, qui incarne Antoine

Antoine et Marie surprend par sa «banalité», par la façon qu’il a d’être ancré dans l’ordinaire, malgré la gravité du sujet. «Ça arrive à la moitié des femmes! Ça n’a pas le choix d’être “banal”, confirme le réalisateur. Les agresseurs sexuels, c’est [pas] des gars avec des tatous, qui ont des yeux méchants! Dans les faits, 70% des victimes connaissent leur agresseur.»

Un billet pour Antoine et Marie, une bière gratuite
Afin d’inciter le public à aller voir Antoine et Marie, un partenariat a été créé avec quatre bars montréalais. Les spectateurs qui iront voir le film auront droit à un verre de bière gratuit s’ils présentent leur billet d’entrée pour le film aux bars L’Escogriffe, Bily Kun, Miss Villeray et L’grand Lionel. En outre, des sous-verres à l’effigie du film seront distribués. «Sur un des côtés, on pourra lire l’inscription “surveille ton verre”, afin de sensibiliser les gens à l’importance de faire attention. Parce que le problème, c’est pas de boire, mais il faut boire avec modération et faire attention», explique Jimmy Larouche.


Antoine et Marie
En salle dès vendredi

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