Denis Beaumont/Métro En plus d’être humoriste, Fred Dubé est chroniqueur pour Urbania et pour Le mouton noir, un journal indépendant de Rimouski.

Un pouding, c’est mou. Gentil. Reste que, lorsqu’on y appose le mot «radical», ledit dessert se fait soudain drôlement moins réconfortant. Mais Fred Dubé s’en fout. Il n’est pas là pour vous rassurer. Plutôt pour vous secouer les puces. Allez-y, donc. Prenez une bouchée. Ce Radical Pouding, que l’humoriste présente à Zoofest, combine les meilleurs ingrédients. Gâteau de révolte. Soupçon de désobéissance. Sucre à la crème de poésie.

Vous avez fini l’École nationale de l’humour en 2005, Fred. En 10 ans, vous êtes passé de l’«humoriste fucké» à l’«humoriste politisé». Comment vous vivez avec cette transformation? Est-elle réelle ou est-ce seulement le reflet de ce que les gens projettent sur vous?
Comment je vis avec ça? Comment? Comment? Bien. (Rires) Bien, parce que même si j’ai ajouté une couche plus politique, ça reste encore extravagant, absurde et surréaliste, ce que je fais! Je pense que c’est ce mélange qui fait l’originalité. Quand je trouve que je suis trop dans le politique, je me retape des vidéos de Robin Williams et je m’inspire de sa démesure, de sa folie, de son côté bédé. Mais le côté politique revient toujours, viscéralement. À cause des lectures que je fais. Et de ma personnalité.

On vous présente comme un «humoriste engagé». Pourtant, comme vous le rappelez souvent, tout le monde est engagé d’une façon ou d’une autre. Quand on fait des gags sur le mariage, on est engagé. Quand on fait des blagues de «stationnement pas facile à trouver», on est engagé.
Oui. Tout à fait. Cela dit, l’humour engagé, c’est comme le bénévolat. On trouve ça admirable, mais maudit que c’est plate. Moi, c’est ce que je fais! (Rires)

En compagnie de quatre confrères et sœurs, dont Virginie Fortin et Phil Roy, vous avez participé à la téléréalité Les 5 prochains, sur les ondes d’ARTV. Le premier épisode s’ouvrait avec la fameuse question: «C’est quoi un humoriste de la relève?» Et vous avez qualifié ce mot d’«aussi élastique que la loi P6 à Montréal». Est-ce que «relève», c’est un terme qui vous irrite autant qu’«engagé»?
Oh… Non. Je ne me considère plus comme faisant partie de la relève. J’en ai écrit, des kilomètres de jokes! J’en ai fait, des kilomètres de route pour donner des shows! J’ai 31 ans. Je suis un homme. J’ai fait l’amour. J’ai mon permis de conduire. Certains pensent qu’on est dans la relève quand on n’est pas une vedette. Moi, je ne suis ni une vedette, ni dans la relève. C’est des chicanes d’industrie! Ma mère, elle, s’en fout.

Être une vedette, c’est une chose à laquelle vous aspirez?
Non. Je laisse ça à ceux qui n’ont pas assez de talent pour être des artistes. (Rires) C’est sûr que je veux avoir une reconnaissance du public et de mon père, euh, voyons, de MES PAIRS. (Rires) Mais aller gagner des trophées à la télé, je m’en fous! Ou plutôt, je fais tout pour m’en foutre parce que ça pourrait déphaser ma démarche. Tout ce qu’il y a autour des vedettes, c’est insignifiant! Il y a des gens comme moi – Moi, tsé! – qui ont beaucoup de droit de parole comparativement à des poètes qui ont bien plus de talent, mais qu’on entend trop peu.

La poésie semble d’ailleurs faire partie intégrante de votre travail et vous dites souvent que le «politique ne doit pas prendre le dessus sur la poésie». Vous en lisez beaucoup?
Hmm. Beaucoup, beaucoup… Ultimement non, mais dans notre société, où la poésie s’est pendue avec la corde du Tampax que Philippe Couillard a dans le cu*, je pense que oui, j’en lis beaucoup. Ça m’inspire beaucoup dans mon écriture. La poésie que j’aime est concise, imagée, punchée. C’est des liners de stand-up! Tous les humoristes devraient en lire, c’est fou! Dernièrement, quand Hélène Monette est décédée, je me suis acheté une coup’ de ses bouquins. Il y a une révolte là-dedans…! Et beaucoup d’humour! On est tous des frères et sœurs au pays des idées orphelines!

«Mon réel objectif, c’est d’apporter quelque chose à l’art, de marquer mon époque. Pas de tomber dans l’oubli, caché derrière huit MetroStar.» – Fred Dubé

Parlant d’idée, le titre de votre quatrième one man show vous a-t-il été inspiré par le fameux «pouding chômeur gate»? Vous savez ce débat qui a eu lieu en février à l’émission de radio Medium Large entre les chefs Dany St-Pierre et Caroline Dumas, autour des droits d’auteur d’une recette de pouding chômeur?
Oh! C’est intéressant! Avec les titres imagés comme ça, les gens se font leur propre interprétation, mais… ce n’est PAS DU TOUT ça! (Rires) Au début, ça devait s’appeler Désobéissance civile, mais ça manquait de poésie. Après, Les vraies femmes ont du poil en dessous des bras (car c’est une forme de désobéissance civile par rapport aux codes esthétiques), mais ça fittait moins dans le spectacle. Puis un jour, au restaurant, j’ai dit à un ami: «Je veux appeler ça Radical, mais il me semble que je devrais ajouter un mot.» J’ai proposé: «Concombre!» Il a répondu: «Pouding!» On a ri. On a trouvé ça drôle. C’est resté.

Une des choses que vous dites vouloir faire d’abord et avant tout, c’est être irrévérencieux.
Oui, oui, oui. Je pense que l’humoriste doit faire ses devoirs d’irrévérence (J’aime bien cette formule-là: devoir d’irrévérence!)

Être irrévérencieux, en 2015, c’est difficile?
Oui! Oui! Oui! Parce que, pour être irrévérencieux, il faut profaner le sacré. Mais encore faut-il savoir ce qu’est le sacré dans notre société désacralisée! Des fois, on se trompe. On met le doigt sur ce qui n’est pas sacré et on enfonce des portes ouvertes. On pense que dire le mot plo**e à la télé, c’est profaner, alors que c’est juste être vulgaire. Et bête.

Pour finir, quand vous ne faites pas de l’humour, vous…?
Je pense à l’humour. Je vois des spectacles. Et des gens. Je n’ai pas d’autre grande passion. Genre, l’aviation. Non.

Radical Pouding
Au Monument-National
De mercredi à samedi à 19h

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