Chantal Levesque/Métro «C’est très... thérapeutique de parler de mon travail!» s’esclaffe le journaliste Fabian Saul, présentement en résidence au Gœthe-Institut, à Montréal.

L’an dernier, Fabian Saul est débarqué à Montréal pour présenter le magazine dont il est corédacteur, Flaneur. Désormais, c’est lui qui flâne à travers les rues de la ville, et s’en inspire, dans le but de donner naissance à son tout premier roman. D’ailleurs, si vous croisez cet Allemand grand et blond avec des cahiers sous le bras et un stylo à la main (jamais de portable), vous pouvez lui dire «salut!». Il en sera ravi.

À quoi ressemble une journée d’auteur en résidence, pour Fabian Saul? «Ça commence tôt. Avec une course. Ou de la nage. Quelque chose de bien physique.» Puis, vient l’écriture. Des heures d’écriture. «Je sais que chaque mot que je sors de moi ne va pas passer à l’histoire. Que je vais en biffer la majorité. Mais durant ces heures strictes, je marche beaucoup, explique-t-il. Je marche, je m’assois, j’écris, je marche, j’écris, je marche, j’écris. Je traverse la ville à pied. Du Plateau à Concordia au métro Frontenac. Puis je reviens dans le Mile-End.»

Le Mile-End, c’est un endroit que le Berlinois de 28 ans connaît bien. L’an dernier, avec ses complices Ricarda Messner et Grashina Gabelmann, ils avaient consacré le troisième numéro de leur magazine, Flaneur, dédié à des rues uniques au monde, à l’avenue Bernard. Pour capter l’essence de l’artère, le trio avait arpenté les commerces et côtoyé les résidants du quartier deux mois durant.

C’est du reste lors de la création de cette édition spéciale que Fabian Saul avait décidé d’écrire son premier roman ici. Le Goethe-Institut, qui a soutenu la revue, a trouvé l’idée idéale et a convié le jeune homme à une résidence en son sein. Ladite résidence a commencé il y a trois semaines; il en reste tout autant. Et Fabian planifie déjà revenir pour «un dernier droit d’écriture», plus tard dans la saison.

Ça fait quelques années que l’idée de ce récit de fiction travaille le reporter européen. «C’est un long processus!» lance-t-il. Mais c’est à Mont­réal qu’il sent que l’objet va réellement prendre vie… même si le tout «n’est pas basé dans une ville particulière».

Cryptique, tout ça? En effet. Attablé dans une salle du Gœthe, sur le boulevard Saint-Laurent, avec une pile de blocs-notes à ses côtés, Fabian décortique et explique son projet, en restant… mystérieux. Il assure que son roman naviguera «quelque part entre rêve et cauchemar», et touchera à des thèmes qui «l’intéressent aussi en tant que journaliste». «Comme l’espace, l’expérience humaine et la perte de son identité.»

Il précise que, pour l’instant, il n’a pas déterminé ni coulé dans le béton des détails techniques comme une date de lancement, un titre final ou une forme littéraire précise. «L’important pour moi, en ce moment, c’est de travailler le rythme, les sonorités.»

De sa prose poétique, Fabian ajoute «sans donner trop de détails» (la crainte des divulgâcheurs, un combat éternel) que son roman mettra en scène «une ville qui rétrécira sans cesse» et que «ce sera comme une sculpture de la solitude.» Quand on lève un sourcil étonné à cet énoncé, Fabian éclate de rire : «C’est un peu psychédélique tout ça, non?» Si, un peu, on lui avoue dans un sourire. Mais pas moins intéressant. «C’est dangereux de parler de choses qui ne sont pas encore réalisées…» remarque-t-il doucement.

«Les choses» se mettent toutefois de plus en plus en place depuis que le reporter travaille à Montréal. Un lieu d’où provient son père spirituel, le poète des poètes Leonard Cohen, et qui le fait vibrer par «son ambiance, ses multiples identités». Dirait-il alors, comme il est fréquent d’entendre les auteurs l’affirmer, que «la ville est un personnage»? Il marque une pause. «Hmmm… Je dirais plutôt que la ville est le contexte. Et que je m’intéresse à ce qui arrive lorsque le contexte disparaît.»

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