Les films Séville Maxim Gaudette et Karelle Tremblay jouent David et sa fille Laurence dans le nouveau film d’Anne Émond, Les êtres chers.

Après un film intimiste, Nuit #1, Anne Émond est de retour avec Les êtres chers, une saga familiale qu’elle a voulue lumineuse, où le désir de vivre s’oppose au mal de vivre.

Voilà une quinzaine d’années qu’Anne Émond le mijote, ce long métrage. Les êtres chers – elle ne s’en cache pas, mais le dit avec une certaine pudeur, sans entrer dans les détails – lui a été en partie inspiré par sa propre histoire familiale. Et c’est le fait d’avoir vécu une telle expérience qui lui a fait sentir que c’était légitime, pour elle, de parler de suicide.

C’est sur l’image poignante d’un jeune homme (Mickaël Gouin) ayant découvert son père pendu que s’ouvre le film. Les circonstances du décès seront cachées à l’autre fils, David (Maxim Gaudette), homme fragile qui porte en lui, on le comprendra, une détresse similaire à celle de son père. De sa rencontre avec Marie (Valérie Cadieux), la femme de sa vie, jusqu’à sa relation avec ses deux enfants – en particulier avec sa fille Laurence, interprétée par Karelle Tremblay –, David est le fil conducteur de l’histoire, alors que son immense amour pour sa famille s’entremêle avec le mal de vivre qui le ronge.

«Le suicide, c’est un sujet complexe, tu ne peux pas l’aborder n’importe comment, fait remarquer Anne Émond. Et à cause de ce que j’ai vécu, je sentais que j’avais le droit d’en parler de manière plus subtile. Parce que je remarque que quand on parle de suicide, les gens cherchent des raisons. “Pourquoi il a fait ça? Il était violent? Alcoolique?” Mais non. Quelqu’un peut tout avoir pour être heureux et ne pas l’être. C’est pour ça que j’ai voulu faire un film là-dessus, parce qu’on n’en parle pas si souvent.»

Mais même si le suicide est le point de départ du film, la cinéaste assure ne pas avoir voulu que son film soit déprimant. «Je crois que c’est lumineux, même si c’est triste», dit la jeune femme. Car cette chronique familiale, dont le ton n’est pas sans rappeler le film Nos meilleures années, de l’Italien Marco Tullio Giordana («C’est un de mes films préférés», confirme Anne Émond), ne met pas seulement l’accent sur la dépression et la noirceur, mais aussi sur la relation entre un père et sa fille, un autre élément peu souvent vu au grand écran, croit la réalisatrice. «Je voulais qu’après avoir vu le film, les gens aient envie de se garrocher pour aller prendre un café avec leur mère, leur père, leur ami, qu’ils profitent des gens qu’ils aiment pendant qu’ils sont encore là», résume-t-elle.

«Je ne sais pas si Laurence est plus forte que son père et son grand-père, mais elle est surtout curieuse, optimiste, et a envie d’aller voir ce que la vie a à lui offrir.» – Karelle Tremblay, à propos de son personnage dans Les êtres chers

Dans ses yeux
Comme Les êtres chers est fortement ancré dans les non-dits, sa réussite reposait beaucoup sur les acteurs, en particulier sur l’interprète de David. «On a commencé à tourner au moment où on apprenait le suicide de Robin Williams, et moi, j’ai vraiment vu quelque chose là-dedans, se souvient Anne Émond. Il riait, mais son rire cachait quelque chose. Et Maxim Gaudette porte le film sur ses épaules, parce qu’il devait être capable de sourire en gardant devant les yeux ce filtre de tristesse. Et il a su marcher sur cette fine ligne entre “ça va bien” et “oups, ça ne va plus si bien”. C’était important que son regard soit expressif, qu’on y voie toute son angoisse chaque fois qu’il va se coucher dans le bois.»

C’est entre autres pour cette nature dans laquelle David se réfugie qu’Anne Émond a choisi de tourner dans le Bas-du-Fleuve: «La nature, le bord du fleuve, ça fait partie de leur vie, mais on ne filmait pas des paysages de carte postale, souligne la jeune trentenaire. Je voulais montrer la nature comme ce qui réussit à apaiser David, pendant que Laurence, elle, est capable d’aller à Mont­réal, de sortir de son périmètre de sécurité, de voir son monde s’agrandir. Alors que David trouve insupportable l’idée que ses enfants, qu’il aime tellement, vieillissent, changent, partent. Son problème n’est pas qu’il n’aime pas la vie, mais qu’il est trop fragile pour supporter le côté éphémère des choses.»

«Je pense que les gens sont capables de comprendre que le temps passe. J’ai voulu l’illustrer de façon crédible, mais pas trop caricaturale. Au-delà de l’apparence physique, c’est beaucoup ce qui est joué qui fait qu’un personnage change.» – Anne Émond, expliquant pourquoi elle a décidé de garder les mêmes comédiens pour interpréter leurs personnages sur plusieurs générations dans Les êtres chers

De la douceur aux excès
Anne Émond ne chôme pas: Les êtres chers sort à peine en salle, et voilà qu’elle entrera bientôt en montage pour son prochain film, Nelly, sur la vie tourmentée de la regrettée auteure Nelly Arcan, qui a mis fin à ses jours en 2009.

«Même s’il est encore question de suicide, ce n’est pas du tout la même ambiance, explique la cinéaste. Ce sont des vies tellement différentes! Nelly Arcan, elle menait une vie d’excès sur tous les plans: le succès, les drogues, le malheur, le sexe, les excès esthétiques, littéraires, tout! Alors que dans Les êtres chers, tout est mesuré, posé, doux.»


Les êtres chers
En salle dès vendredi

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