Josie Desmarais/Métro Esprits critiques : Marc Cassivi et Rebecca Makonnen

Avec Esprit critique, une émission culturelle qu’il avait en tête depuis longtemps, Marc Cassivi souhaitait atteindre un «équilibre entre le plus intello et le plus le fun». Chaque semaine, en compagnie de sa coanimatrice Rebecca Makonnen, ils alternent ainsi entre sérieux, humour, entrevues, débats, et oui, critiques. Tout cela sous l’œil de Fabien Cloutier, qui joue le rôle pas tout à fait défini d’arbitre-observateur-homme-au-balcon-«à-l’aura-de-papillon». Après huit semaines à l’antenne, le duo revient sur l’expérience.

Avant même que l’émission commence, plusieurs journalistes ont qualifié votre projet de «grand retour de la critique à la télé». Nombre d’entre eux se sont aussi demandé «Est-ce que ce sera possible?» Ça vous a donné envie…
Marc Cassivi: … de rendre ça possible? Oui! Au départ, expliquer le concept, ce n’était pas simple. Les gens accrochaient au mot «critique», alors qu’en fin de compte, ça ne compose même pas le quart de l’émission! Évidemment, il y a des invités plus pétillants que d’autres, des débats qui lèvent plus que d’autres, qui nous allument plus.
Rebecca Makonnen: Je pense qu’on a réussi à prouver qu’on n’est pas complaisants. Si je me fie aux commentaires qu’on a reçus, on nous a dit qu’on était «vrais» et «pas de bullshit».
M.C.: En plus, on n’a pas besoin de jouer la mauvaise foi pour être l’un contre l’autre. On l’est naturellement.
R.M.: Naturellement de mauvaise foi aussi! (Rires)

Aviez-vous déterminé des rôles à l’avance?
R.M.: Genre «Marc va être le bitch»? Non. Pas du tout. Ça dépend vraiment du sujet.
M.C.: Je trouve qu’on est près de ce qu’on est réellement. Notre interaction hors caméra et à la caméra est pas mal semblable.
R.M.: Je dirais que c’est Fabien qui joue le plus, non?
M.C.: Oui, Fabien, il joue un rôle. Le vrai Fabien est plus calme. Nous, on est nous-mêmes. C’est plus simple.

Néanmoins, vous poussez quelques caractéristiques à fond et vous en rigolez. Par exemple, Rebecca «qui n’aime pas les films sous-titrés» et qui compare «l’arrogance de Marc Cassivi à celle de Kanye West».
M.C.: (Rires) Mais c’est le genre de chose qu’elle m’aurait dit en vrai! Et je dois admettre que oui, la perception que bien des gens ont de moi, c’est que je suis prétentieux comme un Kanye (mais j’ai quand même des croûtes à manger)!
R.M.: Mettons qu’on a beaucoup ri du fait que moi et le théâtre classique [roule des yeux]… Oh! Je viens de le faire, hein? Quand je dis «théâtre classique», je roule toujours des yeux. Et je n’avais pas réalisé que c’était SI pire que ça avant que Serge Denoncourt, qui était notre invité, me le remette sur le nez! Mais ce n’est pas un running gag.

Donc, vous voulez vraiment dire le fond de votre pensée et être spontanés? Car il vous est arrivé d’avouer au sujet d’un artiste : «Je ne sais pas c’est qui» ou de dire «Je ne connais pas ce band-là». Ce qu’on entend peut-être moins dans les émissions culturelles, habituellement…
R.M.: Pourtant, c’est impossible de tout connaître! Ça ne se peut juste pas!
M.C.: Moi, au contact de Rebecca, je me sens vieux…
R.M.: … Moi, au contact de Marc, je me sens jeune et branchée…
M.C.: … J’accuse ma culture plus classique. Je me rends compte que je n’ai pas les mêmes références. Mais on ne joue pas là-dessus! Je ne suis pas «le mon’oncle».

«Je reçois plein de commentaires, même de ma famille immédiate, sur… les draps blancs et les affaires de plastique qui recouvrent les meubles dans le studio. Pourquoi? Je ne sais pas! C’est une première saison, on installe l’émission, c’est pas simple. Mais je trouve qu’on commence à savoir où on s’en va.»  –Marc Cassivi

Chaque semaine sur le web, vous présentez une capsule intitulée «Nous aussi on vous aime» dans laquelle vous lisez des commentaires de téléspectateurs, la plupart négatifs. Est-ce pour faire prendre conscience à certains d’entre eux à quel point ils sont pas fins? Ou pour montrer que vous aussi, vous savez prendre la critique?
M.C.: On aimerait ça qu’il y ait plus de commentaires méchants! On en reçoit beaucoup de gentils. Ça m’a déstabilisé. Moi, au journal, je reçois tellement de hate mail! Pour l’émission, moins.
R.M.: Je pensais que les gens allaient davantage partager avec nous leurs critiques de films, de livres, leur opinion…

Rebecca, après la critique d’une œuvre qui vous a moins plu, vous avez déjà annoncé : «La semaine prochaine, on parle de Radio Radio! ÇA, ça ne va pas me décevoir! Oh! Je ne peux pas dire ça!» Mais vous le dites quand même. Pourquoi?
M.C.: C’est des tours que nous joue notre réalisateur! Il a souvent gardé des prises dans lesquelles on dit des choses qu’on ne devrait pas, ou dans lesquelles on se trompe.
R.M.: Ça fait deux fois que je tombe dans le piège! Par exemple, quand j’ai dit : «On est dus pour voir des films américains au fucking PC!», il l’a gardé! (Rires) Je trouve que ça prouve qu’on prend notre métier au sérieux… mais qu’on ne se prend pas au sérieux.

Dans un épisode, Marc, vous avez rencontré Patrick Huard, dont vous aviez sévèrement critiqué le travail par le passé. Votre entretien était courtois, intéressant. C’est votre équipe qui a eu l’idée de vous réunir?
M.C.: Ça venait de moi. J’ai beaucoup insisté. Il n’avait jamais voulu me rencontrer avant. Mais là, il était mûr. C’était le fun, il a été bon joueur.
R.M.: C’est tout à son honneur d’avoir dit : «OK, Cassivi m’a fait chier, mais je vais y aller, et on va semi-enterrer la hache de guerre!» C’est un peu le ton de toutes nos entrevues. Moi, je me suis fait ramasser parce que j’ai dit à Ricardo Trogi et à Micheline Lanctôt, même en sachant que j’allais me faire traiter d’inculte, que parfois, j’avais l’impression de faire œuvre de charité en allant voir des films québécois. Il y a des gens qui m’ont écrit qu’ils pensaient la même chose! Mais ça se peut que je devienne un personnage et que dans trois ans (si on dure trois ans), je sois devenue la fille qui méprise tout! (Rires)

Dernièrement, plusieurs artistes se sont demandé, dans leurs œuvres, c’est quoi être une bonne personne. Denis Côté dans Boris sans Béatrice, Alexandre Soublière dans Amanita Virosa, Simon Boudreault dans As Is. Et vous? Diriez-vous que la critique fait de vous de meilleures personnes?
R.M.: Eh boy…
M.C.: Je pense que ça fait de moi quelqu’un de plus empathique. Au début, je faisais ça chez nous, pouf, pouf, j’écrivais ça pis bang. J’étais un peu dans une tour d’ivoire. Aujourd’hui, beaucoup moins. Le danger avec ça, c’est de devenir plus complaisant. Et je pense que je le suis devenu. Quand t’as 22, 23 ans, t’écris vraiment ce que tu penses. Comme la première fois que je suis allé à Cannes et qu’on présentait le dernier Denys Arcand…
R.M.: Tu l’as démoli?!
M.C.: J’ai écrit un texte en une de La Presse, où j’ai dit que In the Mood for Love, de Wong Kar-wai, c’était formidable et, dans un petit entrefilet à la fin, j’ai noté : «Oh, j’ai vu Stardom, de Denys Arcand, et c’est de la merde.» Je pense qu’avec le temps, je suis devenu plus gentil. Est-ce que je suis moins honnête avec les lecteurs? Je ne sais pas.
R.M.: Moi, je ne sais pas si ça fait de nous de meilleures personnes, mais juste le fait qu’on n’ait pas la même conception de la critique, je trouve ça intéressant. Je crois beaucoup à la critique constructive. Toi, Marc, tu crois à la critique de mauvaise foi.
M.C.: Oui. Moi, je pense que la critique, ça peut être du spectacle.

Lors d’un récent passage sur le plateau de C’est juste de la TV, vous disiez, Marc, ne pas être aussi à l’aise que Rebecca à l’écran. Plus la saison avance, mieux c’est?
M.C.: Non! (Rires) Bon, si je suis franc, je dirais que je me sens un petit peu plus à l’aise. Je commence à assumer le rôle d’animateur. Mais le show, je l’ai conçu pour que je sois dans une discussion, et pas dans le : «Allons à la pause!» Ce que je trouve le plus difficile, ce sont les entrevues. Si seulement tu pouvais toutes les faire, Rebecca…!
R.M.: Ben voyons donc! Pour vrai?
M.C.: Au début de la saison, je n’en dormais pas. Là, ça va mieux.

Esprit critique
À ARTV le jeudi à 20 h
À Radio-Canada Télé dimanche à 17 h
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