Collaboration spéciale Robert Lalonde

À l’occasion de la parution du dernier roman de Robert Lalonde, Le Petit voleur, dans lequel celui-ci emprunte les habits du grand Anton Tchekhov, Métro a rencontré le romancier et comédien.

«L’élément déclencheur de ce livre, c’est l’histoire des carrés rouges en 2012. Je me suis demandé ce que Tchekhov, qui était contre la révolte, mais pour la conscientisation et la solidarité, dirait à quelqu’un qui essaie de se définir par rapport à une société qui met des interdits partout», lance Robert Lalonde lorsqu’on lui demande pourquoi il a ressenti l’envie de se mettre dans la peau du grand dramaturge russe.

L’échange épistolaire dans lequel Iégor, un apprenti écrivain, sollicite et reçoit des conseils de son mentor Tchékhov, puis s’éloigne de ceux-ci, est un peu une métaphore dialoguée de deux générations de Québécois, celle des étudiants du Printemps québécois et celle des boumeurs. Lalonde a imaginé cet échange qui est au cœur de l’intrigue qui nous plonge dans la Russie, la Pologne, l’Allemagne et la France de la fin du XIXe siècle.

«Ça fait longtemps que j’accumule des notes sur ce personnage emblématique au théâtre, et très important pour moi, qui a un peu défini la modernité par sa façon d’écrire qui échappe à la morale. Lui qui situe l’homme dans ses désirs de défi et qui ne fait pas appel à la divinité ou à la providence, mais qui met l’humain en face de son destin», explique Lalonde qui considère qu’on fait un livre non pas parce qu’on en a une idée et qu’on veut la développer, mais bien parce qu’on veut se délester d’un personnage qui est devenu pour nous une obsession.

D’ailleurs, Lalonde fait notamment dire à Tchekhov, entre autres conseils : «Ne pas connaître l’énigme est la meilleure façon d’entrer en contact avec elle.» Il s’agit donc ici d’une fiction empreinte d’admiration et non d’un extrait biographique, malgré le souci d’authenticité du détail.

C’est aussi ce conseil de suivre la volonté des personnages et non la sienne que l’écrivain donnait à ses étudiants lorsqu’il enseignait en création littéraire à Concordia. De futurs auteurs qui, souvent, comme dans bien des domaines de notre postmodernité, souhaitent davantage devenir célèbres que se colleter à un dur labeur.

«Ce serait bien le diable s’il n’arrivait pas à faire son roman, à desserrer le temps, comme l’alcool donne du large au cœur, à tisser dans une seule et même trame le malheur et la joie, à faire apparaître enfin l’avenir, comme le passé, plus vrai que le passé, à soulager ses lecteurs du poids insoutenable des regrets.» -Extrait du livre Le petit voleur de Robert Lalonde

Très critique de la contemporanéité et de l’Occident, Lalonde – cet admirateur de Camus qui a lu 100 fois L’homme révolté – a choisi très tôt de ne pas tomber dans les pièges inhérents au vedettariat en voyant comment certains de ses confrères, plus âgés, étaient devenus odieux en connaissant la gloire. «J’ai une phobie, à laquelle je tiens d’ailleurs, du succès médiatique. C’est une chose que je trouve très suspecte. J’ai vu tant de personnes y succomber que je sais que cela pourrait m’arriver aussi. Mes amis trouvent que je suis un loser, que je perds énormément d’occasions et me disent : “Tu pourrais être en nomination pour ceci ou cela”, mais ça ne m’intéresse pas. Je connais trop de gens tellement obsédés par la célébrité qu’il est difficile de travailler avec eux. Parfois, le caprice devient la norme.»

Robert Lalonde, lui, préfère chercher l’absolu. Et chacun de ses livres est un nouveau jalon dans cette quête.

Art Robert Lalonde livreLe petit voleur
Aux éditions Boréal

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