Chantal Lévesque/Métro La metteure en scène et productrice Sasha Manoli et l’humoriste Steve Patrick Adams ont uni leurs forces pour concevoir le spectacle Baby Put ME In a Corner.

Il y a un an, Steve Patrick Adams embarquait tout ce qu’il pouvait dans sa petite voiture, abandonnant la majorité de ses possessions derrière lui, à Toronto. Puis, il débarquait à Montréal pour vivre aux côtés de sa blonde à laquelle il avait «accidentellement fait un enfant». Aujourd’hui que leur bébé a sept mois, l’humoriste présente Baby Put ME In a Corner. Un spectacle mêlant stand-up et animation, mis en scène par la Montréalaise Sasha Manoli. Le rigolo duo revient sur la gestation de ce projet.

Ce soir, Steve Patrick Adams donnera naissance à son tout nouveau one man show animé. Et il se sent «confiant». «Confiant de manière totalement injustifiée», s’empresse-t-il de préciser, en prenant une gorgée de café.

Si l’artiste anglophone à l’air calme laisse transparaître une petite lueur de fébrilité, c’est que Baby Put ME In a Corner est probablement «la chose qui lui ressemble le plus qu’il ait jamais réalisée». Normal, si l’on considère qu’elle est totalement inspirée de son propre parcours. Plus précisément de ce moment où sa vie a pris un tournant inattendu quand il a appris, surprise, qu’il serait papa. Une nouvelle qui l’a mené à dire adieu à la Ville Reine et à s’installer dans la métropole québécoise aux côtés de sa copine, future maman. Cette petite épreuve, il l’a traversée à sa façon, en montant sur les scènes des clubs de comédie de sa nouvelle ville et en tournant ses expériences moins le fun en blagues. «De raconter ça à des inconnus qui trouvaient ça drôle m’a permis de voir les choses d’un œil neuf. C’était plutôt cathartique!»

C’est d’ailleurs à l’occasion d’une de ces confidences comiques à cœur ouvert, livrée sur la scène du Buritoville, rue Bishop, que Sasha Manoli, jeune productrice spécialisée en humour, a «découvert» cet attachant personnage. «Steve parlait justement du fait d’avoir mis son amoureuse enceinte sans faire exprès. Ses observations étaient très drôles. En plus, ça venait d’arriver à quelqu’un de mon entourage. Du coup, j’ai trouvé ça très actuel!» Elle lui a proposé d’écrire un blogue sur la chose. Puis d’en faire un spectacle solo.

Il faut préciser ici que Sasha n’est pas du genre à faire les choses à moitié. Après tout, c’est elle qui a fondé l’été dernier le Brunch Club, un rendez-vous mensuel dans le cadre duquel elle a fait venir à Montréal de grands noms de la scène comique indépendante. L’inénarable Big Jay Oakerson, l’éclaté Mark Little, le punché John Hastings. Créative et inspirée, elle a eu l’idée de mêler en un seul événement les divers domaines dans lesquels Steve Patrick Adams excelle. À savoir les blagues. Et l’animation.

Humoriste de soir, l’artiste ontarien travaille en effet en tant que vidéaste et bédéiste de jour. «J’ai dit à Steve : faisons un récit animé! se souvient Sasha. Et c’est ce qu’on a fait! Un beau récit! Je ne sais pas pourquoi je n’arrête pas de dire récit!»

Elle précise en aparté que Diane, l’amoureuse du principal intéressé, et maman du fameux bébé, leur a donné la permission absolue de faire des blagues avec cette histoire dans laquelle elle joue un rôle plutôt principal. «Nous avons sa bénédiction!»

«Diane a même contribué aux textes, ajoute Steve. Beaucoup! Tout en gardant un œil sur notre fille, qui devenait de plus en plus contrariée qu’on ne s’occupe pas assez d’elle.»

Ce soir, la petite Emily, sept mois, sera la star du show (en mode deux dimensions). Car entre les gags de son papa, des dessins animés défileront sur un écran, racontant la vie précédant son arrivée, puis son arrivée, puis la vie depuis son arrivée. Pendant ce temps, son géniteur restera sur scène. En dansant? «Non! Quoique j’aie sérieusement considéré l’idée d’incorporer un segment chorégraphié dans mon spectacle.» «Toi?! s’étonne Sasha. Pourtant, je pense que je ne t’ai jamais vu danser. Jamais.»
«On m’a dit que c’était MAJESTUEUX!»

Art Steve Patrick Adams crédit Steve Patrick Adams

«Ce spectacle parle de changement. De celui qui vient avec le fait d’avoir un enfant. Et de tout bouleversement qui survient dans une vie en général.» – Steve Patrick Adams, humoriste et bédéiste, qu’on voit ici dans une de ses propres illustrations, avec sa copine Diane et leur bébé Emily (à la guitare)

L’air (faussement?) timide et maladroit, Steve Patrick Adams aborde des trucs absurdes qu’il rend tordants, comme les satanés raisins dans les pâtisseries ou son ex-animal de compagnie. Il promet que son nouveau spectacle se concentrera sur son épopée de père, mais comportera aussi des anecdotes sur son paternel à lui, «et quelques gags cocasses».

Sasha, qui agit aussi à titre de metteure en scène, précise que Baby Put ME In a Corner peut «fonctionner de deux façons». «On peut le regarder, s’amuser et ne pas se questionner trop fort, dit-elle. Mais si on a envie de réfléchir, ce show a plusieurs couches!»

Des couches, SPA en a changé pas mal ces derniers mois. Et il en a profité pour s’exercer devant son nouveau public. «Quand je berce ma fille, je répète mes gags. Parfois, elle s’assoupit. C’est chouette. Même si ça sonne comme une terrible critique! Genre : “C’était si soporifique que je me suis endormie dans ses bras!”»

Après la grande première de ce soir, le duo compte amener leur Baby sur la route. «Mais comme Steve doit élever sa fille, il va falloir jongler avec nos horaires. La tournée, c’est épuisant. Deux semaines sur la route… ouf. Il y a un nombre limité de grilled-cheese qu’on peut manger en deux semaines avant de péter les plombs!»

«Des grilled-cheese?» demande SPA, l’air perplexe. «C’est la chose la moins dispendieuse sur le menu! s’exclame Sasha. T’inquiète! Il y a de la logique dans ma folie!»

Effectivement, il faut être un peu fou pour se lancer dans le stand-up. «C’est un art très singulier. Et rough!» remarque la jeune femme avec énergie. «Ta critique est composée d’une masse de gens anonymes qui, en guise de commentaires, te donnent “des rires” ou “pas de rires”, observe à son tour Steve Patrick posément. En ce sens, ils sont très honnêtes, mais il y a une limite à leur perspective. Ces rires ne parlent pas, en profondeur, de ce qu’ils pensent réellement de nos sujets, de nos opinions, des idées qu’on met de l’avant.»

C’est pourquoi l’humoriste dit avoir trouvé en Sasha cette profondeur d’analyse. Et cette dernière voit grand pour la suite. Enfin, grand… avec un sourire en coin. «On pense tirer une série animée de ce spectacle. Puis, on va parcourir plusieurs villes. Il y a plein de possibilités, de rêves qui ne feront qu’être écrapoutis au fur et à mesure que nous avancerons dans ce fabuleux périple ensemble.»

Infos
Mercredi à 20h au Théâtre Sainte-Catherine

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!