Dans le thriller A Second Chance, l’oscarisée réalisatrice danoise Susanne Bier sonde ce principe, moralement discutable, qui suppose de «faire la mauvaise chose pour les bonnes raisons». «Je sais que ce film est brutal. Je ne pouvais pas raconter une telle histoire et penser que les gens la recevraient comme une comédie romantique!» Ils ne vécurent pas heureux et n’eurent pas…

Quand A Second Chance débute, on fait la connaissance de deux flics. L’un passe son temps et ses soirées dans les clubs de strip-teaseuses à boire trop et à faire du grabuge. L’autre, protagoniste principal de l’intrigue, a une femme magnifique, un beau bébé, une maison de magazine. De l’extérieur, tout va bien, parfaitement bien.

Cependant, on sait tous qu’en un seul instant, dans la vie comme dans les films, tout peut déraper, mais vraiment. Et qu’un petit geste risque parfois d’entraîner à sa suite une série d’événements imprévus, inarrêtables.

Susanne Bier en est bien consciente. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la réalisatrice née à Copenhague décortique la fragilité de l’existence. On suppose, du coup, que le cinéma lui permet, en quelque sorte, de faire la paix avec cette réalité. De se réconcilier avec l’idée que tout peut imploser en une nanoseconde.  «Le cinéma me permet plutôt de l’investiguer, corrige-t-elle. Car c’est une idée absolument terrifiante. Mais aussi incroyablement intéressante. Elle m’obsède! Et c’est pour cela que je continue de la creuser.»

Dans ses longs métrages, Susanne Bier creuse aussi ces vies à l’apparence impeccable. Et déniche toutes les failles camouflées derrière le lisse. Dans A Second Chance, en plus des deux détectives aux parcours si différents, elle met ainsi en opposition deux familles. Celle de ce policier à qui tout semble sourire, donc. Et celle d’un couple de délinquants que la vie a malmenés, plongés dans une spirale de drogue et de violence.

«Je trouve ça dur d’expliquer comment je dirige les acteurs. Après tout, je ne sais jamais à quoi ils pensent vraiment quand ils jouent! Ce que je cherche, c’est la vérité. Une fois que je l’ai trouvée, je garde la scène.» – Susanne Bier

WEEKEND_Susanne Bier_credit Les Kaner_c100Par ce biais, la réalisatrice de 55 ans interroge également les idées reçues sur «qui ferait un bon père ou une bonne mère, et qui ne mérite pas de l’être». «Ceux qui, à nos yeux, sont des parents irresponsables ne le sont pas nécessairement. Et vice-versa. Tant qu’on ne connaît pas toute l’histoire, on ne peut pas juger», analyse-t-elle. Elle ajoute qu’elle-même, en grandissant, avait des amis dont les familles lui semblaient irréprochables, fabuleuses. «Des années plus tard, j’ai appris que leur environnement était extrêmement problématique, pour toutes sortes de raisons.»

Suivant ce principe, dans son thriller, on rencontre une jeune femme toxicomane que les policiers jugent inapte à élever son bébé. Ils suggèrent de le lui enlever, malgré l’amour immense qu’elle porte au nourrisson, malgré le fait qu’elle pourrait mieux en prendre soin que bien des dames à l’air chic et soigné.

C’est la mannequin May Andersen qui incarne cette mère démunie, sans ressources, en crise. Dans ce premier rôle à l’écran, elle est à fleur de peau, en larmes, excellente. Susanne Bier aime-t-elle pousser ses acteurs dans leurs derniers retranchements émotionnels? «J’aime qu’ils aient une présence extrême à l’écran», répond-elle.

Et c’est une présence de la sorte qu’elle a dégagée de Nikolaj Coster-Waldau (alias «Jaime Lannister» pour les inconditionnels de la série à succession de tragédies Game of Thrones). L’acteur danois, pourtant habitué à plonger dans des situations pas du tout gomme baloune, a affirmé que le drame de Susanne Bier était l’une des choses les plus intenses qu’il ait jamais tournées. «Je pense qu’il a aimé jouer un rôle aussi complexe, remarque la réalisatrice. Mais vous savez, mon but, ce n’est pas que les acteurs se sentent perturbés et troublés! C’est plutôt que leur performance soit la meilleure possible.»

Également primordial : l’ambiance. Plusieurs des scènes de ce drame sont tournées de nuit, et la cinéaste entrecoupe l’action de plans de nature, de vagues, de forêt, visant à suggérer «une solitude extrême». «Je voulais que même les plus beaux paysages transmettent une idée d’isolement», explique-t-elle.

Présenté en première mondiale au Festival du film de Toronto en 2014, A Second Chance a depuis connu plusieurs vies dans plusieurs pays. Comme la majorité des œuvres de Susanne Bier d’ailleurs. Son drame Brødre, par exemple, a fait l’objet d’un excellent remake intitulé Brothers, mettant en vedette Jake Gyllenhaal  et Natalie Portman. On se souviendra également qu’en 2011, la réalisatrice avait raflé, pour In a Better World, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Une catégorie dans laquelle concourait Denis Villeneuve avec Incendies

Mais A Second Chance semble diviser. «Ce film a connu un périple fort intéressant, lance-t-elle. Il a été extrêmement bien reçu… dans certains endroits! C’est un des récits que j’ai mis en scène qui a le plus polarisé l’opinion. C’est assez saisissant.»

A Second Chance
En salle vendredi

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