Glauco Bermudez Rykko Bellemare (Shawnouk) et sa sœur Kwena Bellemare-Boivin (Kwena) dans Avant les rues, un film dans lequel un jeune autochtone cherche à purifier son âme après avoir été mêlé à un vol qui a mal tourné.

Tourné dans la réserve amérindienne de Manawan en langue atikamekw, Avant les rues raconte l’histoire d’un jeune autochtone qui cherche à purifier son âme en renouant avec des rites ancestraux. Discussion avec la réalisatrice et scénariste Chloé Leriche, qui signe ici son premier long métrage de fiction.

Comment cette idée de rédemption dans une réserve amérindienne vous est-elle venue?
Il y a longtemps, avec le Wapikoni mobile, j’ai réalisé un documentaire dans la réserve Obedjiwan, en Haute-Mauricie, où on suivait le conseil des sages qui rassemblait tous les aînés. À ce moment-là, il y avait une grave crise relative à des suicides et les gens se demandaient comment gérer la situation. Une des solutions proposées consistait à offrir davantage de lieux où on pratiquerait des thérapies qui s’appuieraient sur les traditions. Il me semblait bien plus pertinent que ces gens, aux prises avec des problèmes, retournent se ressourcer en forêt plutôt que de faire appel à des psychologues de la ville qui ne connaissaient pas nécessairement leur réalité.

Comment avez-vous découvert Rykko Bellemare [l’interprète du rôle principal, un jeune Atikamekw qui renoue avec les traditions autochtones]?
Je l’ai découvert assez tard dans le processus de réalisation et j’ai récrit le scénario en fonction de lui. Je cherchais un jeune de 16 ans et on m’a suggéré de le rencontrer dans sa communauté. Je suis allée à une répétition de Northern Voice, son groupe de musique, puis il a passé une audition. En revoyant les prises, j’ai vu sa photogénie et à quel point il se produisait quelque chose lorsqu’il jouait. Il se transforme devant le kodak et se magnifie!

Qui plus est, c’est un acteur de peu de mots mais très physique. Il a gagné plusieurs concours de danse traditionnelle partout au Canada. Par exemple, lorsqu’il interprétait la tristesse, il se courbait instinctivement. Pour l’agressivité, son torse se bombait.

«Aller à la chasse avec des Amérindiens, c’est magnifique à divers égards. Leur connaissance du territoire et leur façon de chasser et de récupérer chaque partie de l’animal, comme la peau ou les plumes, sans rien perdre ni jeter, sont absolument fascinantes.» -Chloé Leriche, réalisatrice d’Avant les rues

Art Avant les rues Chloé LericheVotre film se déroule dans la réserve de Manawan, dans Lanaudière. Pourquoi avoir choisi la nation atikamekw?
J’ai participé à divers documentaires et vidéoclips avec l’équipe du Wapikoni mobile au sein de plusieurs communautés, dont celle des Atikamekw, que j’ai connue en premier lorsque je suis allée à Obedjiwan. Je me sentais proche d’eux. C’est aussi là que j’ai vécu des choses très fortes à différents niveaux.

C’est-à-dire?
J’ai gardé un lien très étroit avec cette communauté, dont un jeune que j’ai rencontré lors de ma première visite à Obedjiwan. Il voulait faire un film sur le suicide. Après l’avoir présenté à Montréal, il a vécu des moments difficiles au point de vue personnel et je l’ai alors accompagné. J’ai aussi perdu une amie très proche pendant que j’étais à Obedjiwan, [l’auteure-compositrice-interprète] Ève Cournoyer. La veille de son décès, on chattait sur Facebook! Des personnes ont su ce que je vivais et m’ont aidée, de la plus belle façon qui soit, à vivre mon deuil. Ce fut une expérience marquante que d’aller dans la tente de sudation et d’y rencontrer les gens qui étaient là, avec les chants, les tambours, la noirceur.

Sentiez-vous qu’Ève vous accompagnait pendant ce tournage?
Ah! oui, c’est certain.

Quel message souhaitiez-vous livrer avec Avant les rues?
Honnêtement, je ne voulais pas qu’il y ait un message particulier. Je trouve plus intéressant de laisser les spectateurs recoudre les fils eux-mêmes. Je voulais plutôt présenter les autochtones aux Québécois qui ne les connaissent que par l’entremise des médias, lesquels ne montrent que des histoires tristes depuis des années.

Au fond, mon public cible était les Premières Nations elles-mêmes. Je souhaitais, pas nécessairement à travers l’histoire mais grâce aux acteurs, proposer aux jeunes autochtones des modèles forts. Et, qui sait, peut-être donner des pistes de réflexion à ceux qui éprouvent des difficultés.

Avant les rues
En salle mercredi

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