Collaboration spéciale Une image tirée de Bestiaire, de Denis Côté

Avec Bestiaire, son dernier long métrage dépourvu d’histoire et de dialogues, Denis Côté propose une œuvre de formalisme pur.

Venant d’un autre cinéaste, Bestiaire passerait peut-être inaperçu, mais le film s’inscrit à merveille dans la démarche qui est celle de Denis Côté. Certains crieront au génie, d’autres au scandale. Une chose demeure certaine : le petit prince tatoué du cinéma d’avant-garde ne laissera, encore une fois, personne indifférent. Rencontre.

Sur l’affiche, on peut lire «Productions Métafilms». Comme dans supérieur ou au-delà. Est-ce que Bestiaire est un méta-film?
Contrairement à la plupart des gens dans le cinéma québécois qui disent que ça prend une bonne histoire, la narration n’est pas la chose qui m’intéresse le plus. Est-ce que je suis en réaction à quelque chose? Peut-être. Je ne veux pas utiliser le mot provocation, cela m’a valu des problèmes. Mes films ne cherchent pas à provoquer, mais ils réagissent. Les États nordiques réagissaient à ma job de critique qui devait couvrir des films en pleine période de politique de performance. J’ai toujours une impulsion un peu juvénile qui consiste à réagir à mon film précédent, à ce qui se fait au Québec et dans le cinéma en général.

D’où est venue l’idée de Bestiaire?

La direction du Parc Safari, rencontrée pour la scène de lion dans Curling, m’a invité à revenir tourner à ma guise. Je me suis dit : «On y fera quoi?» Je ne suis pas un amoureux des animaux, je ne fais pas de films de sujet, je n’ai pas d’agenda social particulier, je ne fais pas de films de cause et je n’essaie pas de vendre quelque chose. Mais je suis obsédé par les éléments constitutifs du cinéma, comme le montage et le son. Puisque je ne voulais pas faire un documentaire sur un zoo et que je n’avais pas d’argent pour une fiction, je me suis demandé : «Qu’est-ce qui reste?»

Et alors?
Généralement, lorsque l’on filme un animal, c’est pour faire rigoler sur YouTube ou en raison de l’anthropomorphisme. Mais un animal, ça ne s’ennuie pas et ça ne possède que sept ou huit secondes de mémoire. Ma question de départ était donc: «Peut-on filmer un organisme vivant de façon à la fois esthétique et frontale?» Contrairement à ceux qui avancent que je ne fais des films que pour moi-même – la pire insulte –, Bestiaire est le film absolu pour le public parce que les gens sont obligés d’y projeter leur propre personnalité et leur vie personnelle en le regardant.

Ce film ne brosse-t-il pas quand même un parallèle avec l’univers carcéral?

L’avocat du zoo m’a posé la même question. J’ai répondu : «Monsieur, on n’a pas d’argent, nous ne sommes que trois munis d’une caméra vidéo et nous filmons vos enclos pendant l’hiver!». C’est un film qui vise l’objectivité la plus totale, mais les gens veulent me prêter des intentions. J’avoue que le son, retravaillé, est assez dur, mais il ne visait pas à choquer. Je pense que, puisque nous ne sommes pas particulièrement amoureux des animaux, c’est devenu extrêmement froid, neutre et clinique. Je ne peux pas vous dire si vous avez raison ou non quant à l’univers carcéral, sauf que ce n’était pas mon impulsion. Fin de l’intellectualisation, car on pourrait le faire pendant des heures avec ce film faussement naïf. Mais quand vous me dites  «On voit ce que l’on veut bien y voir», vous me faites un très beau compliment.

Un bon départ
La première mondiale de Bestiaire, le sixième long métrage de Denis Côté, a eu lieu au prestigieux festival Sundance. L’œuvre a aussi ouvert la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois et a compté parmi la sélection de la 62e Berlinale de cette année.

Bestiaire
En salle dès vendredi

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