Collaboration spéciale «La composition, pour moi, c’est de la chimie», explique Jlin.

La productrice de footwork Jerrilynn Patton, alias Jlin, déballe ses compositions arythmiques et ses vrombissements déments au festival MUTEK.

Jusqu’au 31 décembre dernier, Jerrilynn Patton travaillait dans une aciérie de Gary, dans l’État de l’Indiana, un boulot qu’elle qualifiait de purement alimentaire. La nuit, elle pratiquait ce que la langue anglaise surnomme joliment le «moonlighting», c’est-à-dire qu’elle consacrait son temps à une occupation créative qui n’avait rien à voir avec son gagne-pain. La dualité de ce train de vie mouvementé a su nourrir sa signature musicale arythmique et même abrasive, emmitouflée de synthés, qu’elle a peaufinée dans sa chambre à coucher.

La pochette de son premier album, Dark Energy (2015), est d’ailleurs un savant clin d’œil à toutes les heures qu’elle a passées à l’usine : on y voit une simple tranche de roche noire fumante. «J’ai dû quitter cet emploi pour me concentrer sur la musique», m’explique Jerrilynn, alias Jlin, au cours d’un entretien en vue de ses multiples prestations au festival MUTEK ce week-end. «Cet équilibre entre mes deux vies était trop difficile à maintenir. Je travaillais parfois jusqu’à 95 heures par semaine. Au final, j’ai choisi de suivre ma passion.»

Cette passion, Jlin la cultive depuis son plus jeune âge. C’est qu’elle a grandi à moins d’une heure de Chicago (le berceau de la house et de cette variante vigoureuse qu’est le footwork), dans la ville ouvrière de Gary, qui a également vu naître les Jackson Five, rien de moins. Elle se souvient des disques de Sade et d’Anita Baker que ses parents, tous deux des mélomanes avertis, écoutaient pendant qu’ils faisaient le ménage. Et elle n’a pas oublié son premier contact avec le footwork. «J’avais quatre ans, j’étais chez une voisine. Elle m’a prêté ses écouteurs, et ce que j’ai entendu là – des rythmiques tellement dures! – ne m’a jamais quittée depuis.»

«Au final, cette dualité fondamentale entre la clarté et la noirceur forme deux facettes indissociables de mon travail. La noirceur m’a permis d’aller puiser dans les tréfonds de mon âme et de me rendre vulnérable. C’est à ce moment que je suis le plus créative et que cette obscurité peut se transformer en lumière!» –Jlin

Bien que ses morceaux percussifs soient souvent classés sous l’étiquette «footwork», Jlin n’a jamais recours à l’échantillonnage, une pratique fort répandue chez les adeptes de cette house plus expérimentale et explosive. C’est sur un précieux conseil de sa maman qu’elle a d’ailleurs complètement abandonné l’utilisation de samples, mis à part des extraits vocaux. «Je lui ai fait écouter un morceau sur lequel je travaillais, et elle s’est contentée de me dire : “C’est bien, mais quel est ton son à toi?” Ce commentaire a tout changé pour moi. Depuis ce jour, je cherche à développer une signature originale.»

Repérée par le producteur anglais Mike Paradinas, de la très réputée étiquette Planet Mu, choisie par le designer Rick Owens pour ponctuer le dévoilement de ses collections ainsi que par l’artiste multidisciplinaire (et ancienne artiste invitée de MUTEK) Holly Herndon pour une collaboration rythmique de haute voltige, Jlin a le vent dans les voiles. Cela ne semble pas tracasser la principale intéressée, qui ne perd jamais de vue sa passion première pour la création. «La composition, pour moi, c’est de la chimie. Je n’ai aucune idée de ce vers quoi je me dirige au moment de le faire, car tout commence avec une feuille vierge. Tu t’y lances, tu produis quelque chose et tu te vides le cœur au passage. C’est beau, non?»

Jlin à Mutek
Dans le cadre de Nocturne 3, au Musée d’art contemporain vendredi soir de 21 h 30 à 3h
Dans le cadre d’Expérience 3, au parterre du Quartier des spectacles samedi de 15 h à 23 h

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