Suzy Poling Camella Lobo

Avec ses chansons dans lesquelles la lumière transperce l’opacité et où le romantisme noir triomphe, Camella Lobo, artiste californienne derrière Tropic of Cancer, capte les cœurs. «Le fait que tant de gens me disent que ma musique les a aidés à traverser des instants difficiles, c’est plus important pour moi que la gloire, l’argent ou les critiques dithyrambiques.» Même si ces fleurs, elle les mérite.

Synthés aux accents de cold-wave, lignes de basse obsédantes, écho fantomatique qui plonge l’auditeur dans une transe hypnotique. Certains diraient (disent souvent) que les ambiances que crée Camella Lobo, sous le nom de Tropic of Cancer, sont obscures et ténébreuses. Pourtant, derrière la noirceur, il y en a, du soleil. Même si oui, d’accord, il vient d’un endroit sombre. «J’essaye de composer des morceaux lumineux, reste que, la plupart du temps, on me dit que c’est dépressif. Lugubre. Déprimant. Et je réponds toujours : “Vraiment? Je pensais que c’était une chanson joyeuse!”»

Ces chansons qu’elle pense joyeuses, même si elles ne sont pas toujours perçues comme telles, sont imprégnées de paroles que Camella murmure presque, les rendant volontairement floues, de façon à ce qu’elles évoquent un état davantage qu’elles ne portent un message. Mais si un mot ressort, c’est «love». Qui revient souvent. Tout le temps, en fait. «Iiih, il faut que j’arrête de faire ça! s’exclame-t-elle avec entrain. Mais j’ai eu beaucoup d’amour dans ma vie. Et j’en ai perdu beaucoup aussi.»

Dans le même ordre d’idées, Camella confie que son dernier EP, Stop Suffering, paru l’an dernier sous étiquette Blackest Ever Black, est venu d’un «endroit douloureux». «La musique, pour moi, est une catharsis. Je trouve ça difficile de la séparer de ma vie personnelle. C’est plus difficile d’écrire, et plus difficile de jouer, quand je ne ressens pas quelque chose de vrai. Peut-être suis-je simplement une personne très centrée sur elle-même?» Centrée sur elle-même, non. Qui suit son instinct? Ça oui. C’est d’ailleurs cet instinct qui l’a menée à former, il y a près de 10 ans, Tropic of Cancer avec son ex-mari, qui a depuis quitté le projet. À noter : elle ne savait alors jouer d’aucun, absolument aucun instrument. «Et je ne sais toujours pas comment faire! Je ne fais qu’apprendre mes propres chansons et… c’est à peu près tout. Je ne me concentre pas sur les considérations d’ordre technique, sur l’apprentissage des accords; plutôt sur ce que je ressens à un moment précis.»

«J’ai déjà essayé de composer des pièces en partant d’un concept abstrait plutôt que de mes propres expériences, mais je me suis sentie comme un imposteur. Je ne pouvais juste pas. Je ne le sentais pas. Et je ne pense pas que ce soit près de changer!» –Camella Lobo

Jeune maman d’une petite fille de cinq mois («une expérience grandiose et magnifique»), Camella captive par son style. Et par son parcours atypique. Ayant grandi à San Pedro, ville portuaire «faite d’un mélange parfait de décors industriels, de plages, de grands escarpements» sise près de Los Angeles, elle a eu «l’éducation classique d’une fille de policier catholique». Car son père était (est encore) détective aux homicides dans la Cité des Anges. «De le voir partir tous les jours patrouiller dans les rues de la ville, ça me faisait très peur. Je craignais de le perdre. J’ai pris conscience de la mort à un très jeune âge. C’est ce qui a fait de moi la personne que je suis. Ça a influencé mes intérêts. Et ma musique.»

Cette musique a moult fois été qualifiée comme «sortie tout droit d’un film de David Lynch». Ça lui fait toujours aussi plaisir qu’à ses débuts ou est-elle un peu… ben, tannée? Camella éclate de rire. «Je pense que c’est une comparaison un tantinet trop utilisée. Pas seulement en ce qui a trait à Tropic of Cancer, mais en général. “Oh! C’est cinématographique!” “Oh! C’est lynchien!” Au départ, je me disais : “Regardez cette critique! On y écrit que je sonne comme Lynch!”» Mais le compliment a perdu un peu de son lustre quand elle l’a vu apparaître «critique après critique après critique…»

Elle-même a été journaliste musicale (et reporter aux affaires), avant de devenir une artiste au statut presque culte du milieu underground. «J’apprécie cette désignation, mais je pense que ça sonne un peu plus grandiose que ça l’est en réalité! Cela dit, c’est vrai qu’il y a plein de spectateurs que je reconnais, tournée après tournée. Ils sont là, dans la première rangée. Encore et encore. C’est incroyable.» C’est surtout ce dont elle a toujours rêvé. «Quand j’étais petite, c’est… exactement comme ça que j’imaginais ma vie d’adulte! Bon, peut-être pas aussi chaotique – j’ai plein d’animaux à la maison –, mais je rêvais de composer et de jouer des chansons, même si j’ai commencé sur le tard. Je ne pensais jamais que ça allait arriver… Jusqu’à ce que ça arrive. Je me dis que si l’enfant ou l’ado que j’étais voyait ma vie en ce moment, elle se dirait : “Oh my God! On a réussi! On a réussi! Je ne peux pas y croire!”»

Tropic of Cancer
Au Centre Phi samedi à 21 h 30

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