Tomaš Bezouska Eve Gabereau

Karlovy Vary

«Parfois, on pense qu’on peut régler tous les problèmes du monde grâce au cinéma. Ce qui n’est pas le cas. Mais ça aide! Les films peuvent avoir un effet. Donner un sens à la vie.» Quoi qu’il en soit, ils en donnent certainement un à celle d’Eve Gabereau.

Originaire de Vancouver, Eve Gabereau est une habituée des festivals. Son programme annuel ressemble habituellement à ceci: Rotterdam ou Sundance en janvier, Berlin en février, Cannes en mai, Toronto en septembre. Entre-temps, d’autres se greffent.

Cette année, elle s’est arrêtée pour la première fois au festival de Karlovy Vary. Pour y jouer un rôle majeur. Membre du grand jury. Ce qu’elle cherchait dans les films de la compétition? «L’intégrité artistique, la façon de raconter les histoires, l’originalité, le talent.»

C’est sensiblement ce qu’elle cherche aussi en tant que distributrice et productrice. Directrice générale et cofondatrice de la compagnie de distribution indépendante Soda Pictures, basée à Londres, elle sort une vingtaine de films par année en salle au Royaume-Uni. Depuis quelque temps, au Canada aussi.

Bachelière en Sciences Po à McGill, Eve Gabereau a étudié en langues, a été journaliste. «Me lancer dans la distribution de films, c’était une combinaison de tout ce que j’aime. J’adore travailler en culture et j’apprécie le côté “business” du procédé. Je rencontre des gens intéressants, je discute d’histoires captivantes.»

Celle qui a un faible pour le cinéma de Denis Villeneuve et de Guy Maddin (Soda Pictures a distribué son Forbidden Room au Royaume-Uni) est à l’affût «d’histoires offrant une conception du monde claire, originale. Des œuvres avec un message, qui proposent une autre perspective sur le monde. Par exemple, à Cannes, on a ramassé Paterson, de Jim Jarmusch.» Du même Jarmusch, elle a distribué au Royaume-Uni le brillant drame vampirique Only Lovers Left Alive. D’autres prises dont elle est particulièrement fière? «Il y en a beaucoup!» Comme Wadjda, signé par la première femme réalisatrice de l’Arabie saoudite, Haifaa Al-Mansour. «C’était un film puissant, une grande acquisition, parce qu’il a changé l’histoire du cinéma.»

Formé d’une équipe de 16 personnes, Soda Pictures a commencé à distribuer des films sur le territoire canadien en 2014. Le tout premier a été The Riot Club, de la cinéaste danoise Lone Scherfig. «On l’a présenté au TIFF, à Toronto, puis on l’a sorti en salle. Mais il n’a pas été reçu aussi bien – et vu autant – que je l’aurais espéré…» Car elle croit à toutes les œuvres qu’elle prend sous son aile. Très fort. «On n’achèterait jamais les droits d’un film si on ne pensait pas qu’il rencontrerait son public.»

Mais parfois, malgré tout l’amour, les spectateurs ne suivent pas. Comme lorsque Soda Pictures a distribué au Royaume-Uni The Face of an Angel, de Michael Winterbottom. «Les festivals l’ont reçu de façon assez positive, les ventes pour la télévision ont été bonnes. Mais, globalement, les gens ne lui ont pas laissé de chance. Ils voulaient détester ce long métrage. Et ils l’ont descendu, déplore-t-elle. Alors que, selon moi, il est puissant, autant visuellement que par son récit.»

Pour ses films, Eve dit se battre. «Parfois, il y a une lutte pour acquérir une œuvre. Ensuite, il y en a une sur le plan médiatique. Pour obtenir une couverture, des critiques. Puis, ça se transporte vers le marketing. Combien on dépense, combien fort on pousse le film, quel visuel on utilise pour le mousser, comment on le présente?»

Par exemple, pour le succès islandais Rams, de Grímur Hákonarson, elle a choisi de miser sur «le cœur du récit». «On ne voulait pas que ce soit perçu comme une comédie noire islandaise. Parce que les gens réagissent parfois à cette étiquette en disant: “J’en ai vu une, je les ai toutes vues.” On a donc diffusé le message que, si vous aimez votre famille, si la bonté vous importe, alors vous aimerez cette histoire. Et c’est ce qui a trouvé un écho auprès du public.»

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